Article de revue

La pratique constitutionnelle française

1er janvier - 31 mars 2001

Pages 573 à 613

Citer cet article


  • Maus, D.
(2001). La pratique constitutionnelle française 1er janvier - 31 mars 2001. Revue française de droit constitutionnel, 47(3), 573-613. https://doi.org/10.3917/rfdc.047.0573.

  • Maus, Didier.
« La pratique constitutionnelle française : 1er janvier - 31 mars 2001 ». Revue française de droit constitutionnel, 2001/3 n° 47, 2001. p.573-613. CAIRN.INFO, droit.cairn.info/revue-francaise-de-droit-constitutionnel-2001-3-page-573?lang=fr.

  • MAUS, Didier,
2001. La pratique constitutionnelle française 1er janvier - 31 mars 2001. Revue française de droit constitutionnel, 2001/3 n° 47, p.573-613. DOI : 10.3917/rfdc.047.0573. URL : https://droit.cairn.info/revue-francaise-de-droit-constitutionnel-2001-3-page-573?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfdc.047.0573


Notes

  • [1]
    La Chronique consacrée au premier trimestre 2001 est présentée avec retard ; celle relative au 2e trimestre le sera également. Le retard sera rattrapé grâce au trimestre d’été qui sera traité en même temps que la période avril-juin dans le prochain numéro. Que les lecteurs veuillent bien excuser ces perturbations.
  • [2]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2278 (proposition de loi constitutionnelle) ; n° 2854 (rapport de M. Émile Blessig, UDF ) ; AN, 16 janvier 2001, p. 353 et s. ; Le Monde, 16 janvier 2001. Il est évident que les discussions qui ont lieu autour de cette proposition ne peuvent rester sans lien, d’une part, avec les débats sur la Corse, d’autre part, avec les perspectives de la décentralisation.
  • [3]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 222.
  • [4]
    La Ve République, permanence et mutation, Les Cahiers français n° 300, janvier-février 2001, La Documentation française.
  • [5]
    Le Monde, 8 février 2001.
  • [6]
    Le Monde, 14 février, 15 février 2001. Rappelons que le recours à l’article 11 pour réviser la Constitution ne manquerait pas de susciter à nouveau de belles controverses. Indépendamment des prises de position de 1962 et 1969, le Conseil d’État, dans l’arrêt Sarran, a bien précisé que l’article 11 était réservé au référendum législatif ( CE, Ass. 30 oct. 1998 ; GAJA, Dalloz, 13e éd., p. 818 et s.).
  • [7]
    Cf. infra, § 164.
  • [8]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2931 ; Le Monde, 10 février, 14 février, 15 février, 17 février, 22 février, 23 février, 27 mars, 30 mars 2001.
  • [9]
    Le Monde, 27 janvier 2001.
  • [10]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2932 et n° 2967.
  • [11]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 197.
  • [12]
    JO, 18 janvier 2001, p. 928. Voir également La lettre du CSA, février 2001, n° 137.
  • [13]
    JO, 24 février 2001, p. 3027 ; Le Monde, 25-26 mars 2001.
  • [14]
    Le Monde, 24 janvier, 25 janvier 2001. Voir également les prises de position de Robert Badinter et Roland Rappoport, Le Monde, 23 janvier 2001.
  • [15]
    Précieuses archives orales, Le Monde, 26 janvier 2001.
  • [16]
    Cette Chronique, n° 46, § 26. Le Monde, 4 janvier, 5 janvier, 11 janvier, 12 janvier, 13 janvier, 14-15 janvier 2001.
  • [17]
    Le Monde, 10 mars, 11-12 mars 2001.
  • [18]
    Le Monde, 17 février 2001.
  • [19]
    Le Monde, 20 février 2001. Le Monde y consacre quatre colonnes à la une et un cahier spécial.
  • [20]
    Voir Le Monde, 21 février, 27 février, 24 mars 2001 ; Voir également « Le premier sommet européen » tenu à Paris le 10 février 1961 ; Le Monde, 11-12 février 2001.
  • [21]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2880.
  • [22]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 220.
  • [23]
    Le Monde, 9 mars 2001.
  • [24]
    Le Monde, 21 février 2001.
  • [25]
    Voir l’ensemble de la presse, Le Monde, 13 mars, 20 mars 2001.
  • [26]
    Le Monde, 27 février 2001 ; CE (ord. de référé), 24 février 2001, Tibéri, RFDA, 2001 (3), p. 629, note Bernard Malignier ; Dalloz, 2001, J., p. 1748, note Richard Ghevontian.
  • [27]
    Le Monde, 27 mars 2001.
  • [28]
    Le Monde, 13 mars, 20 mars, 25-26 mars 2001. On remarquera que la simultanéité des élections municipales et cantonales permet à ces dernières de bénéficier d’un taux de participation, notamment dans les agglomérations urbaines, nettement supérieur à ce qu’il est d’habitude. Pour les élections cantonales, voir les résultats détaillés, Le Monde, 14 et 21 mars 2001.
  • [29]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 204 (proposition de loi organique) et 205 (loi ordinaire).
  • [30]
    JO, 16 janvier 2001, p. 784.
  • [31]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2889.
  • [32]
    JO, 3 février 2001, p. 1899,14 février 2001, p. 2490 et 20 février 2001, p. 2808 (dans les deux cas, décision du 23 janvier 2001), 6 mars 2001, p. 3516, J0,21 mars 2001, p. 4429.
  • [33]
    JO, 10 février 2001, p. 2268 ; Bulletin quotidien, 12 février 2001.
  • [34]
    Le Monde, 16 février 2001.
  • [35]
    Le Monde, 31 mars 2001.
  • [36]
    Le Monde, 2 février 2001.
  • [37]
    Le Monde, 17 janvier 2001.
  • [38]
    Le Monde, 26 janvier 2001.
  • [39]
    Le Figaro, 29 janvier 2001 ; Le Monde, 30 janvier 2001.
  • [40]
    Rec. CC, 1995, p. 139 ; 2000, p. 91 ; Les Cahiers du CC, n° 1,1995, p. 24 ; n° 9, 2000, p. 23.
  • [41]
    JO, 6 février 2001, p. 1999.
  • [42]
    JO, 9 mars 2001, p. 3772.
  • [43]
    Le Monde, 1er mars, 4 mars 2001.
  • [44]
    Le Parisien, 28 mars 2001.
  • [45]
    Le Monde, 29 mars, 30 mars 2001 ; AN, 28 mars 2001, p. 1511.
  • [46]
    Sénat, 29 mars 2001, p. 877.
  • [47]
    Le Monde, 14 février, 2 mars 2001.
  • [48]
    Didier Maus, Élection présidentielle du 23 avril et 7 mai 1995, La Documentation française, 1995, p. 200 ; L’Express, 4,10 janvier 2001 ; Le Monde, 5 janvier 2001.
  • [49]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 231.
  • [50]
    Le Monde, 18 janvier, 7 mars 2001.
  • [51]
    Le Monde, 15 février, 16 février, 21 février 2001 ; présidence de la République, service de presse, 21 février 2001 ; voir également l’article de Marie-Anne Cohendet : « Corse, Jacques Chirac n’avait pas le droit », Le Monde, 20 février 2001, article dans lequel l’auteur estime que « le Président ne saurait abuser de ses pouvoirs pour s’opposer au libre exercice des autres pouvoirs », en l’occurrence celui du Gouvernement de déterminer et conduire la politique de la Nation, conformément à l’article 20 de la Constitution.
  • [52]
    Présidence de la République, service de presse, 4 janvier 2001 (rappelons que tous les discours du Président de la République sont disponibles sur le site « www. elysee. fr ».
  • [53]
    Présidence de la République, service de presse, 17 janvier, 18 janvier, 19 janvier, 20 janvier 2001 ; Le Monde, 19 janvier, 20 janvier, 21-22 janvier 2001.
  • [54]
    Présidence de la République, service de presse, 24 janvier, 26 janvier 2001.
  • [55]
    Présidence de la République, service de presse, 12 février 2001.
  • [56]
    Présidence de la République, service de presse, 1er mars 2001.
  • [57]
    Présidence de la République, service de presse, 5 mars 2001.
  • [58]
    Le Monde, 7 mars 2001.
  • [59]
    Présidence de la République, service de presse, 20 mars 2001.
  • [60]
    Présidence de la République, service de presse, 30 mars 2001 ; Le Monde, 31 mars 2001.
  • [61]
    Présidence de la République, service de presse, 30 mars 2001.
  • [62]
    Présidence de la République, service de presse, 29 mars 2001.
  • [63]
    Présidence de la République, service de presse, 5 janvier 2001.
  • [64]
    Présidence de la République, service de presse, 7 février 2001.
  • [65]
    Présidence de la République, service de presse, 29 janvier 2001.
  • [66]
    Présidence de la République, service de presse, 31 janvier 2001 ; Le Monde, 1er février, 2 février 2001.
  • [67]
    Le Monde, 6 février, 11-12 février 2001
  • [68]
    Présidence de la République, service de presse, 9 février 2001 ; Le Monde, 11, 12 février 2001.
  • [69]
    Présidence de la République, service de presse, 26 février 2001.
  • [70]
    Présidence de la République, service de presse, 27 février 2001.
  • [71]
    Présidence de la République, service de presse, 5 mars 2001.
  • [72]
    Présidence de la République, service de presse, 15 mars 2001.
  • [73]
    Présidence de la République, service de presse, 20 mars 2001.
  • [74]
    Présidence de la République, service de presse, 24 mars 2001 ; Le Monde, 27 mars 2001.
  • [75]
    Le Monde, 2 janvier, 4 janvier 2001 ; Présidence de la République, service de presse, 3 janvier, 4 janvier 2001.
  • [76]
    Présidence de la République, service de presse, 5 janvier 2001 ; Le Monde, 7-8 janvier 2001.
  • [77]
    Présidence de la République, service de presse, 8 janvier 2001.
  • [78]
    Présidence de la République, service de presse, 9 janvier 2001.
  • [79]
    Présidence de la République, service de presse, 13 janvier 2001 ; Le Monde, 16 janvier 2001.
  • [80]
    Présidence de la République, service de presse, 15 janvier 2001.
  • [81]
    Présidence de la République, service de presse, 25 janvier 2001 ; Le Monde, 27 janvier 2001.
  • [82]
    Le Monde, 2 février 2001.
  • [83]
    Présidence de la République, service de presse, 2 février 2001 ; Le Monde, 3 février 2001.
  • [84]
    Le Monde, 8 février 2001.
  • [85]
    Présidence de la République, service de presse, 8 février 2001 ; Le Monde, 9 février, 10 février 2001.
  • [86]
    Le Monde, 20 février 2001.
  • [87]
    Le Monde, 4-5 mars 2001.
  • [88]
    Présidence de la République, service de presse, 13 mars, 15 mars 2001.
  • [89]
    Présidence de la République, service de presse, 19 2001 ; Le Monde, 21 mars 2001.
  • [90]
    Présidence de la République, service de presse, 29 mars 2001.
  • [91]
    Le Monde, 22 mars, 31 mars 2001.
  • [92]
    JO, 7 février 2001, p.2057 ; Le Monde, 6-7 février 2001. Pour les décrets d’attribution de fonctions, JO, 8 février 2001, p. 2152,2155.
  • [93]
    JO, 28 mars 2001, p. 4807.
  • [94]
    Le Monde, 10 mars, 14 mars, 21 mars, 23 mars 2001.
  • [95]
    AN, 227 mars 2001, p. 1419.
  • [96]
    JO, 14 mars 2001, p 4054.
  • [97]
    Le Journal du dimanche, 31 décembre 2000 ; Le Monde, 2 janvier 2001.
  • [98]
    Voir Le Monde du 2 janvier 2001 : « Cohabitation, la bataille des vœux ».
  • [99]
    Le Monde, 6 janvier, 12 janvier, 20 janvier, 27 janvier, 28-29 janvier 2001.
  • [100]
    Le Monde, 6 janvier, 12 janvier, 20 janvier, 27 janvier, 28-29 janvier 2001.
  • [101]
    Le Monde, 21 mars 2001.
  • [102]
    Le Monde, 22 mars 2001.
  • [103]
    Le Monde, 21 mars 2001.
  • [104]
    JO, 8 mars 2001, pagination spéciale.
  • [105]
    Pour des raisons de place certaines rubriques parlementaires sont moins remplies que de coutume. Le lecteur pourra se reporter au BAN et au BIRS. Aucune information essentielle, selon notre point de vue, n’a été laissée de côté.
  • [106]
    JO, 6 janvier 2001, p. 304.
  • [107]
    JO, 25 janvier 2001, p. 1303.
  • [108]
    JO, 7 février 2001, p. 2108.
  • [109]
    JO, 13 février 2001, p. 2434.
  • [110]
    Le Monde, 27 mars 2001.
  • [111]
    Rapport de M. Christian Bonnet, Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 186 avec les comptes-rendus des auditions de cinq professeurs de droit ou de science politique, MM. René Raymond, Guy Carcassonne, Louis Favoreu, Didier Maus et Pierre Pactet ; Sénat, 16 janvier 2001,17 janvier 2001,23 janvier 2001,24 janvier 2001,25 janvier 2001, 30 janvier 2001,31 janvier 2001,1er février 2001,6 février 2001,7 février 2001 ; Le Monde, 17 janvier, 25 janvier, 1er février, 21 mars, 31 mars 2001 ; AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2925 (texte adopté par le Sénat), n° 2968 (rapport de la CMP ).
  • [112]
    JO, 18 janvier 2001, p. 966.
  • [113]
    JO, 17 janvier 2001, p. 906 et 18 janvier 2001, p. 977.
  • [114]
    Sénat, 30 janvier 2001, p. 414 ; JO, 31 janvier 2001, p. 1703.
  • [115]
    JO, 8 février 2001, p. 2189,9 février 2001, p. 2245.
  • [116]
    JO, 3 mars 2001, p. 3438,4 mars 2001, p. 3471.
  • [117]
    JO, 28 mars 2001, p. 4869 ; Le Monde, 21 mars, 28 mars 2001.
  • [118]
    JO, 17 février 2001, p. 2685 et 2686.
  • [119]
    JO, 9 janvier 2001, p. 400.
  • [120]
    Bulletin quotidien, 8 janvier 2001.
  • [121]
    Bulletin quotidien, 17 janvier 2001.
  • [122]
    Le Monde, 19 janvier 2001 ; Bulletin quotidien, 19 janvier 2001.
  • [123]
    Bulletin quotidien, 26 janvier 2001.
  • [124]
    Le Monde, 4-5 février, 7 février 2001.
  • [125]
    Le Monde, 2 mars 2001.
  • [126]
    Bulletin quotidien, 30 mars 2001.
  • [127]
    Le Monde, 28-29 janvier 2001 ; AJDA, 2000 (n° 4), chr. H. Legal, Ch. Lambert et J.-M. Belorgey, p. 330.
  • [128]
    Le Monde, 22 mars 2001
  • [129]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 231.
  • [130]
    JO, 23 février 2001, p. 2995 et 13 mars 2001, p. 4014. Je remercie très sincèrement M. Xavier Roques, secrétaire général de la questure, auteur de l’article « Les irrecevabilités financières en dehors de l’article 40 de la Constitution » (cette Revue, 1993, p. 741), d’avoir bien voulu me communiquer ces informations. Pour le comm. de l’arrêt du 5 mars 1999, voir GAJA, Dalloz, 13e éd., p. 826 et s.
  • [131]
    Sénat, 23 janvier 2001, p. 77 et s.
  • [132]
    AN, 10 janvier 2001, p. 133 ; Sénat, 16 janvier 2001, p. 146 ; Sénat, 23 janvier 2001,296 ; Sénat, 30 janvier 200l, p. 434 (MM. Fréville et Badré).
  • [133]
    Qu’il me soit permis, ici, de faire référence à Quarante ans au service du Sénat de la République, ouvrage récemment publié ( à compte d’auteur) par notre ami Jacques Ollé-Laprune, secrétaire général honoraire du Sénat et membre assidu de l’Association française des constitutionnalistes. Dans une suite, très vivante et précise, de souvenirs et de notations d’un réel intérêt constitutionnel, l’auteur évoque la préparation des éloges, avec leurs difficultés (le trop-plein ou le vide) et leurs pièges (la fidélité...).
  • [134]
    AN, 23 janvier 2001, p. 677.
  • [135]
    Sénat, 27 mars 2001 p. 708.
  • [136]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2939.
  • [137]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2912.
  • [138]
    Sénat, 18 janvier 2001, p. 216 et s.
  • [139]
    Sénat, 29 mars 2001, p. 865 et s.
  • [140]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2893.
  • [141]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 234.
  • [142]
    JO, 4 janvier 2001, p. 93 ; cette Chronique, n° 46, § 95.
  • [143]
    JO, 24 février 2001, p. 30118 et s.
  • [144]
    JO, 3 mars 2001, p. 3391 et s.
  • [145]
    JO, 31 mars 2001, p. 5056.
  • [146]
    JO, 31 mars 2001, p. 5074.
  • [147]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 212.
  • [148]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 219.
  • [149]
    Cette Chronique, n° 46, § 99. AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2908, rapport de M. Didier Migaud avec, en particulier, en annexe, le très long avis du Conseil d’État ; AN, 7 février 2001, p. 1217 et s. ; 8 février 2001, p. 1319 et s. ; Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 226 ; Le Monde, 26 janvier, 2 février, 3 février, 8 février, 9 février, 10 février 2001. L’analyse détaillée de cette proposition sera effectuée au terme de son parcours législatif.
  • [150]
    Cette Chronique, n° 46, § 102. AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2855; AN, 18 janvier 2001, p. 545 et s. ; JO, 30 janvier 2001, p. 1590 ; Le Monde, 19 janvier, 31 janvier 2001.
  • [151]
    AN, 27 mars 2001, p. 1423 et s.
  • [152]
    AN, 17 janvier 2001, p. 480 ; AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2869.
  • [153]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2311 ; Le Monde, 22,23 février.
  • [154]
    Le Monde, 26 janvier 2001.
  • [155]
    AN, 9 janvier 2001, p. 47.
  • [156]
    Bulletin quotidien, 10 janvier 2001.
  • [157]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 209.
  • [158]
    AN, 24 janvier 2001, p. 783 ; Sénat, 24 janvier 2001, p. 339.
  • [159]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2862.
  • [160]
    AN, Documents parlementaires, XIe législature, n° 2919.
  • [161]
    Sénat, Documents parlementaires, 2000-2001, n° 182.
  • [162]
    JO, 8 février 2001, p. 2185.
  • [163]
    JO, 4 janvier 2001, p. 203.
  • [164]
    JO, 17 janvier 2001, p. 906.
  • [165]
    JO, 30 mars 2001, p. 5007.
  • [166]
    JO, 28 février 2001, p. 3175 ; Le Monde, 13 janvier, 17 février, 28 février, 23 mars 2001. La Revue adresse aux trois nouveaux membres du Conseil constitutionnel ses très chaleureuses et vives félicitations et forme des voeux très sincères à l’intention de la mission qui est désormais la leur.
  • [167]
    M. Louis Joxe avait été nommé le 22 octobre 1977 dans la dernière période triennale du mandat de M. Henri Rey, qui venait de décéder. De ce fait, M. Louis Joxe a été jusqu’à présent la personnalité qui a siégé le plus longtemps au Conseil constitutionnel. Il conviendra que les historiens des prochaines décennies fassent attention de ne pas confondre les prénoms de Louis et de Pierre Joxe. Chacun sait que le premier faisait partie de la grande famille gaulliste alors que le second a toujours revendiqué son appartenance au Parti socialiste et sa fidélité au président François Mitterrand.
  • [168]
    Bulletin quotidien, 4 janvier 2001 ; Le Monde, 5 janvier 2001.
  • [169]
    Le Monde, 12 janvier, 18 janvier 2001.
  • [170]
    Le Monde, 13 janvier 2001. Voir également l’article « Les excès du Conseil constitutionnel » du professeur Roger Pinto, Le Monde, 25 janvier 2001.
  • [171]
    L’auteur de cette Chronique ne fait pas partie de ce cercle restreint.
  • [172]
    Les Petites Affiches, 10 janvier 2001 ; Bulletin quotidien, 19 janvier 2001 ; Le Monde, 20 janvier ; 25 .janvier 2001.
  • [173]
    Le Monde, 23 janvier, 24 janvier, 25 janvier, 26 janvier, 27 janvier, 31 janvier, 1er février, 2 février, 3 février, 4-5 février, 6 février, 7 février, 8 février, 9 février, 13 février, 14 février, 16 février, 21 février, 6 mars, 14 mars, 15 mars, 16 mars, 21 mars, 22 mars et 23 mars 2001.
  • [174]
    JO, 16 janvier 2001, p. 784 ; cette Revue, note André Roux, n° 46, p. 371.
  • [175]
    JO, 6 février 2001, p. 2000 ; cf. supra, § 156 ; cette Revue, note Wanda Mastor, n° 46, p. 373.
  • [176]
    JO, 17 janvier 2001, p. 855 ; cette Revue, note Jérôme Tremeau, n° 46, p. 354. On relèvera que le premier signataire de la saisine sénatoriale est notre éminent collaborateur et ami Patrice Gélard. Comme la saisine ne porte que sur l’article 4 de la loi relatif à la fin du monopole des courtiers, interprètes et conducteurs de navires, on s’interroge sur le point de savoir si la qualité principale de Patrice Gélard dans cette affaire relève de sa compétence constitutionnelle ou de son département d’élection, la Seine-Maritime.
  • [177]
    JO, 18 janvier 2001, p. 931 ; cette Revue, notes Valérie Bernaud et Étienne Fatôme, n° 46, p. 360.
  • [178]
    JO, 13 janvier 2001, p. 676.
  • [179]
    JO, 17 mars 2001, p. 4260, deux décisions. On rappelle que ces décisions ne sont pas numérotées ce qui peut rendre leur signalement et leur distinction délicats.
  • [180]
    Les Petites Affiches, 23 mars 2001.
  • [181]
    JO, 13 janvier 2001, p. 676.
  • [182]
    JO, 18 janvier 2001, p. 966 ; cf. supra, § 182.
  • [183]
    Bulletin quotidien, 5 janvier 2001.
  • [184]
    Bulletin quotidien, 12 janvier 2001.

1Un trimestre électoral (les élections municipales et cantonales) qui précède celui du printemps 2002.

SECTION I – LA RÉPUBLIQUE

§ 1 – LA CONSTITUTION

I – LES PROPOSITIONS ADOPTÉES PAR UNE ASSEMBLÉE

2[123] De manière quelque peu inattendue, l’Assemblée nationale adopte, le 16 janvier 2001, dans le cadre de l’ordre du jour réservé à une initiative de l’UDF, une proposition de loi constitutionnelle de M. Pierre Méhaignerie et de plusieurs de ses collègues tendant à introduire dans la Constitution un droit d’expérimentation pour les collectivités locales. Cette proposition de révision est adoptée à main levée par les députés des groupes UDF, DL, et PS, contre les groupes RPR et PC, tandis que les députés du groupe RCV se partagent, ceux du Mouvement des citoyens en étant farouchement contre. Le texte de l’Assemblée nationale consisterait à insérer dans l’article 72 de la Constitution un nouvel alinéa 3 rédigé comme suit :

3

« A l’initiative des collectivités territoriales, leur organisation, leurs compétences ou leurs ressources, peuvent faire l’objet d’une expérimentation dans des conditions définies par la loi en vue d’une généralisation. Dans ce cadre, les collectivités territoriales peuvent être autorisées à adapter les lois et les règlements. Ces dispositions ne s’appliquent pas aux matières mentionnées aux 3e, 4e, 5e, 10e et 13e alinéas de l’article 34. Une loi organique détermine les conditions d’application des dispositions du présent alinéa ».

4Si elle était définitivement adoptée, ce qui est peu probable, cette révision ouvrirait incontestablement la voie à une très forte décentralisation puisqu’elle donnerait, de manière incontestable, la possibilité aux collectivités territoriales, sans qu’il soit fait de distinction entre les régions, les départements et les communes, la possibilité d’adapter, c’est-à-dire d’adopter des normes [2].

II – LES PROJETS ET PROPOSITIONS DE RÉVISION

5[124] Signalons la proposition de loi constitutionnelle de M. Jean-Claude Carle (sénateur, RI) tendant à compléter l’article 34 de la Constitution de manière à y inscrire le principe de sécurité juridique [3].

6Cf. également § 129 et 162.

III – LA Ve REPUBLIQUE

7[125] Signalons, à titre de document pédagogique, l’excellent numéro des Cahiers français publié sous le titre « La Ve République, permanence et mutation ». Le lecteur, spécialiste ou profane, y trouvera de très utiles développements sur le cadre institutionnel de la Ve République, ses évolutions et quelques aperçus sur les régimes politiques occidentaux [4].

8Dans un court et brillant article, M. Pierre Sudreau (ancien ministre, ministre du gouvernement du général de Gaulle en 1958) expose « L’histoire de l’usure constitutionnelle » [5].

9[126] Pour sa part, M. Jack Lang, ministre de l’Éducation nationale, indique qu’il rêve « que la nouvelle présidence se place sous le signe d’une démocratie transformée ». Il se prononce pour une généralisation du mandat de cinq ans, y compris pour le Sénat. M. Lang souhaite également « créer une véritable cour constitutionnelle » considérant que « le Conseil constitutionnel est devenu une sorte d’organe politique d’arbitrage entre la majorité et l’opposition ». A propos des transformations qu’il estime souhaitables après l’élection présidentielle de 2002, en cas de victoire de M. Lionel Jospin, M. Lang envisage un référendum : « Pourquoi ne pas envisager que l’ensemble de ces réformes fassent l’objet d’un référendum sur la base de l’article 11 qui pourrait avoir lieu en même temps que les élections législatives ? ». De manière à ce que les propos du ministre de l’Éducation nationale ne soient pas interprétés comme un ballon d’essai du candidat Lionel Jospin, le Premier ministre fait savoir le len-demain que M. Lang s’est exprimé « à titre personnel » [6].

§ 2 – LE TERRITOIRE DE LA REPUBLIQUE

I – LA CORSE

10[127] La présentation par M. Lionel Jospin lors du Conseil des ministres du 21 février du projet de loi sur la Corse, donne lieu, aussi bien avant qu’après, à la poursuite des habituelles controverses. Malgré le caractère confidentiel de ses délibérations, on apprend que, le 8 février, le Conseil d’État donne un avis sévère sur le projet en considérant que plusieurs de ses dispositions sont contraires à la Constitution, qu’il s’agisse de l’enseignement du corse, des modalités de la fin de l’exonération du paiement des droits de succession, de la délégation de pouvoirs législatifs ou de l’adaptation du pouvoir réglementaire. Compte tenu de l’importance de cet avis, le Gouvernement fait savoir qu’il a l’intention de publier ce document. Alors qu’il était prévu que le projet de loi soit présenté au Conseil des ministres du 14 février, le Président de la République en reporte la discussion d’une semaine [7].

11L’examen, par le Conseil des ministres du 21 février, donne lieu à deux déclarations, l’une du Président de la République, l’autre du Premier ministre, l’une et l’autre rendues publiques. Pour le Président de la République, « il y a un vrai besoin d’apporter à la Corse et aux corses les réformes qui leur permettent de mieux s’épanouir dans leur ensemble national, méditerranéen, européen ». En même temps, M. Chirac rappelle que « nous vivons depuis plus de deux siècles sur quelques principes qui sont notre forme de société et qui encadrent notre génie national, notamment, et cela depuis 1789, le principe selon lequel nous sommes tous égaux devant la loi et aussi, depuis 1792, sur le principe que la République est une et indivisible. Au titre de ces deux principes, on ne peut pas, je pense, accepter que des inégalités soient créées au profit de telle ou telle région, fût-ce la Corse ».

12Le Premier ministre, tout en rappelant la démarche de transparence et de dialogue ouverte par le gouvernement, estime que « rien dans le projet ne distend ses liens (ceux de la Corse) avec la République. Ce projet de loi doit être conforme à notre Constitution. Ce n’est que pour une éventuelle seconde étape de réforme en Corse qu’une révision constitutionnelle pourrait être envisagée ». M. Jospin ajoute que « rien dans le projet de loi ne contredit nos principes constitutionnels ». Il estime que la possibilité d’adapter des normes législatives à titre expérimental « peut aussi être offerte aux collectivités locales » que l’on peut élargir le pouvoir réglementaire des collectivités locales, que « l’offre généralisée d’enseignement de cette langue (la langue corse) à l’école maternelle et primaire peut être effectuée en s’inspirant de la formule validée par le Conseil constitutionnel pour la Polynésie » et qu’en matière de droits de succession, le Gouvernement prévoit un retour progressif au droit commun.

13A propos du Conseil d’État, le Premier ministre considère « qu’il ne serait pas conforme à nos institutions de prendre cet avis pour un jugement sur la conformité du projet de loi à la Constitution qui revient au Conseil constitutionnel ». M. Jospin ouvre également la voie au débat parlementaire en précisant « qu’il reviendra au Parlement, dans le débat démocratique, d’apporter les modifications qui lui paraîtront utiles à ce projet » [8].

II – L’OUTRE-MER

14[128] Bien qu’elle ne soit plus inscrite dans le projet de loi d’orientation sur l’outre-mer, la perspective de la création de deux départements à la Réunion est réaffirmée le 26 janvier à Saint-Pierre de la Réunion par le Premier ministre, M. Lionel Jospin [9].

15Dans la suite du référendum qui a eu lieu à Mayotte le 2 juillet 2000 à propos de l’avenir de l’île, le Gouvernement dépose le 28 février un projet de loi relatif à Mayotte destiné à transformer, dans le cadre de l’article 72 de la Constitution, cette collectivité territoriale à statut spécial en une nouvelle « collectivité départementale de Mayotte ». Ce texte, dont l’importance n’est pas limitée à Mayotte, mais qui s’inscrit dans la diversification du statut territorial des collectivités d’outre-mer, fait l’objet d’un très volumineux et documenté rapport de M. Jacques Floch (député, PS ) [10].

16[129] Dans une proposition de loi constitutionnelle, M. Georges Othily (sénateur, RDSE) propose de modifier la Constitution afin de rétablir un titre XIV entièrement consacré à la Guyane et un article 78 aux termes duquel « La Guyane se gouverne librement et démocratiquement au sein de la République ». Cet article définirait les transferts irréversibles, en réservant à la compétence nationale, les grandes prérogatives régaliennes ou relatives aux libertés fondamentales. Calqué de fait sur le statut de la Nouvelle-Calédonie, le statut de la Guyane serait défini par la loi organique. Sauf erreur, il s’agit de la première formulation explicite de la part d’un élu d’un département d’outre-mer pour sortir du cadre de la départementalisation mise en place en 1946 et doter la collectivité concernée d’un véritable statut d’autonomie [11].

§ 3 – LES VALEURS DE LA RÉPUBLIQUE

I – LES DROITS FONDAMENTAUX

17[130] Dans sa décision n° 2000-440 DC du 10 janvier 2001, le Conseil constitutionnel considère que « la suppression du privilège professionnel dont jouissent les courtiers, interprètes et conducteurs de navires, ne constitue pas une privation de propriété au sens de l’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789. Le Conseil constitutionnel considère que « si l’article 13 de la Déclaration de 1789 n’interdit pas de faire supporter, pour un motif d’intérêt général, à certaines catégories de personnes des charges particulières (dans le cas d’espèce, les courtiers, interprètes et conducteurs de navires), il ne doit pas en résulter de rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques ». Dans le cas d’espèce, « les modalités de réparation prévues par la loi déférée n’entraînent pas de rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques ».

18[131] Dans la décision n° 2000-439 DC du 16 janvier 2001, le Conseil constitutionnel rappelle que la liberté d’entreprendre « découle de l’article 4 de la Déclaration de 1789 (mais qu’il) est loisible au législateur de (lui) apporter des limitations liées à des exigences constitutionnelles ou justifiées par l’intérêt général; à la condition qu’il n’en résulte pas d’atteintes disproportionnées au regard de l’objectif poursuivi ». Ces conditions sont remplies dans le cas d’espèce.

II – L’AUDIOVISUEL

19[132] Le 17 janvier 2001 sont nommés les nouveaux membres du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Le Président de la République nomme M. Dominique Baudis membre et président, en remplacement de M. Hervé Bourges, et M. Yvon Lebars en remplacement de Mme Véronique Cayla, démissionnaire. Le président du Sénat procède au remplacement de M. Jean-Marie Cotteret par M.Philippe Levrier, tandis que le président de l’Assemblée nationale remplace M. Philippe Labarde par M. Francis Beck [12].

III – LA LAÏCITÉ

20[133] Le Journal officiel du 24 février fait mention d’un décret du 19 février 2001 portant reconnaissance de la congrégation dénommée « Provinces de France de la congrégation et de la Compagnie de Jésus ». Il s’agit, depuis 1901, de la première reconnaissance officielle, selon les dispositions du titre III de la loi du 1er juillet 1901, de la Compagnie de Jésus en France. Selon le provincial des jésuites « Il y avait une espèce d’anachronisme dans la situation de la province de France. C’était une congrégation de fait mais qui n’avait pas de personnalité civile ». On apprend, à cette occasion, qu’il y a actuellement en France 627 congrégations reconnues dont 7 bouddhistes, 4 orthodoxes, 2 protestantes et une hindouiste [13].

IV – LA MÉMOIRE

A – LE RÉGIME DE VICHY

21[134] La situation tout à fait exceptionnelle de M. Maurice Papon, condamné en 1998 à dix ans de réclusion criminelle pour crimes contre l’humanité, fait l’objet de différentes prises de position liées à son grand âge, plus de 90 ans, et à son état de santé. Ses avocats déposent un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme au motif que son maintien en détention serait assimilable à un traitement inhumain et dégradant. La Cour fait savoir qu’elle se prononcera en urgence [14].

B – LES ARCHIVES

22[135] Dans un article pertinent, Mme Georgette Elgey insiste sur l’importance des archives orales pour la constitution de la mémoire historique [15].

C – LA PRÉSIDENCE DE FRANÇOIS MITTERRAND

23[136] Le 2 janvier 2001, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris ordonne la remise en liberté sous contrôle judiciaire de M. Jean-Chris-tophe Mitterrand. Celle-ci est subordonnée au versement d’une caution de 5 millions de francs. Le versement a lieu le 11 janvier ce qui permet à l’intéressé de quitter la maison d’arrêt de la Santé [16].

24Dans le cadre de l’enquête sur des ventes d’armes à l’Angola, signalons, d’une part, la mise en examen, le 8 mars, de M. Jacques Attali, ancien conseiller du président François Mitterrand et, le 9 mars, une perquisition des juges d’instruction au ministère des Affaires étrangères [17].

D – LA GUERRE D’ALGÉRIE

25[137] Au titre des documents à verser au dossier de la difficile reconstruction de la mémoire à propos de la guerre d’Algérie, citons Les carnets d’Algérie du sénateur Jean Faure (vice-président du Sénat, UC ) qui, en 1957, faisait partie d’une compagnie ordinaire basée en Kabylie. Ce témoignage, resté inédit et enfoui pendant plus de quarante ans, constitue un document émouvant et révélateur, tout à la fois en ce qui concerne la personnalité de son auteur et des événements de l’époque [18].

E – CHARLES TRÉNET

26[138] Faut-il inclure la mort de Charles Trénet dans une chronique constitutionnelle ? Le fait que le Président de la République et le Premier ministre aient fait assaut de communiqués élogieux et poétiques le justifie. Charles Trenet s’est éteint dans la nuit du 18 au 19 février 2001 [19].

§ 4 – L’ORDRE CONSTITUTIONNEL ET LE DROIT INTERNATIONAL

I – L’UNION EUROPÉENNE

27[139] La signature, à Nice, le 26 février du traité mis au point lors du sommet de décembre 2000, est effectuée, semble-t-il, sans enthousiasme. Des avis divergents continuent à être exprimés autour d’une trilogie assez simple : 1) Il ne va pas assez loin ; 2) Il va trop loin ; 3) On ne pouvait pas faire mieux [20].

II – LES TRAITÉS INTERNATIONAUX

28[140] Le 24 janvier 2001, le Gouvernement dépose le projet de loi autorisant la ratification de la convention pour la protection du Rhin signée à Berne le 12 avril 1999. Ce texte, d’inspiration écologique puisqu’il s’agit de prendre en compte « la richesse naturelle du fleuve, de ses rives et de ses zones alluviales », ne mériterait guère l’attention si, à côté des cinq États concernés (l’Allemagne, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse), n’était prévue comme signataire et partenaire à part entière la Communauté européenne. Celle-ci est en effet, depuis 1977, membre de la Commission internationale pour la protection du Rhin [21].

29Le Gouvernement dépose, le 7 février 2001, le projet de loi autorisant la ratification du protocole additionnel au protocole de Sangatte entre la France et le Royaume-Uni, en vue de créer des postes de contrôle conjoints dans les gares françaises et anglaises, terminus ou étapes d’Eurostar [22].

§ 5 – LA SOUVERAINETÉ DANS LA RÉPUBLIQUE

I – LA COUR DES COMPTES

30[141] Le Conseil des ministres du 7 mars procède à la nomination, comme premier président de la Cour des comptes, en remplacement de M. Pierre Joxe devenu membre du Conseil constitutionnel, de M. François Logerot, président de la première chambre de la Cour depuis 1997 [23].

II – LE DROIT ÉLECTORAL

A – LES LISTES ÉLECTORALES

31[142] Malgré l’intérêt pour des personnes habitant en France de participer aux élections municipales, il semble que peu d’européens se soient inscrits sur les listes électorales. Selon des estimations du ministère de l’Intérieur, seuls 8 à 9 % des européens concernés auraient fait les démarches nécessaires [24].

B – LES ÉLECTIONS DE MARS 2001

1 – Les élections municipales

32[143] Les élections municipales des 12 et 19 mars 2001 méritent plus des analyses de science politique que de droit constitutionnel. Elles sont dominées par le feuilleton parisien qui voit Philippe Séguin échouer dans son ambition de remplacer Jean

33Tibéri, ouvrant ainsi la porte à la victoire du socialiste Bertrand Delanoë. Alors que la plupart des commentateurs, et peut-être des instituts de sondage, envisageaient une assez large victoire de la gauche, les résultats sont plutôt décevants. Les victoires de Bertrand Delanoë à Paris et de Gérard Collomb à Lyon sont plus perçues comme des défaites de la droite que comme des victoires de la gauche, ne serait-ce qu’en raison de la domination des voix de droite dans la totalisation des suffrages.

34Pour le reste, la défaite de Mme Élisabeth Guigou, ministre des Affaires sociales et de la solidarité, dans son ambition de conquérir la mairie d’Avignon, ou la perte par

35M. Jack Lang, ministre de l’Éducation nationale, de la mairie de Blois, constituent les symptômes d’une gauche « sur la défensive ». Si l’on résume les résultats, la droite garde Toulouse avec désormais M. Philippe Douste-Blazy (président du groupe UDF à l’Assemblée nationale) et gagne 40 villes de plus de 15 000 habitants.

36L’extrême droite, malgré ses divisions, ne perd que Toulon, tandis que le communisme municipal s’effondre. Comme souvent en matière électorale, le sentiment est plus important que la réalité. La gauche n’est pas aussi conquérante qu’elle le croyait, la droite n’est pas aussi abattue qu’elle le pensait [25].

37[144] La campagne électorale qui, sur le plan juridique, est essentiellement marquée par la polémique parisienne relative à l’émission qui, sur Canal +, oppose Bertrand Delanoë ( PS ) et Philippe Séguin ( RPR ). Faisant une des premières utilisations du nouveau référé liberté, le Conseil d’État demande au Conseil supérieur de l’audiovisuel de veiller à ce que tous les candidats soient traités de façon équitable [26].

38Compte tenu des effets de la loi sur la parité, le ministère de l’Intérieur estime que, dans les communes de plus de 3500 habitants, où la loi s’applique, 47,5 % des conseillers municipaux sont désormais des femmes, alors que ce pourcentage n’était antérieurement que de 22 %. En ce qui concerne les maires, 44 femmes prennent la tête d’une ville de plus de 15 000 habitants. On peut remarquer que Mme Fabienne

39Keller ( UDF ) devient maire de Strasbourg, Mme Martine Aubry (ancien ministre, PS ) maire de Lille, Mme Brigitte Lebrethon ( RPR ) maire de Caen, et Mme Maryse JoissainsMasini (divers droite) maire d’Aix-en-Provence. En ce qui concerne l’exécutif parisien, M. Delanoë veille à ce que le premier adjoint soit une femme et à ce que le principe de parité soit respecté dans l’équipe de direction de la ville [27].

2 – Les élections cantonales

40[145] Largement occulté par les élections municipales, le renouvellement partiel des conseillers municipaux a également lieu les 12 et 19 mars 2001. A l’inverse de la tendance observée pour les élections municipales, les résultats débouchent sur une progression de la gauche qui gagne six départements (Corse du Sud, Creuse, Eure, Isère, Haute-Saône, Vaucluse) et n’en perd qu’un, l’Allier. Au total, la droite, est très largement majoritaire avec la présidence de 58 départements. Mme Anne d’Ornano (divers droite), président du conseil général du Calvados, est la seule femme à présider une assemblée départementale [28].

C – L’ADAPTATION DE LA LÉGISLATION

1 – L’éligibilité

41[146] M. Serge Mathieu (sénateur, RI), propose d’instituer un âge maximal d’éligibilité, aussi bien pour les élections locales que pour les parlementaires, et de le fixer à 70 ans [29].

2 – La sincérité des élections

42[147] La décision du Conseil constitutionnel du 10 janvier 2001 relative à l’élection à l’assemblée de la Polynésie française confirme deux éléments importants du droit électoral :

  • une assemblée élue au suffrage universel direct doit l’être sur des bases essentiellement démographiques, en application de l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et des articles 1er et 3 de la Constitution et il ne peut y être dérogé « dans une mesure limitée que pour tenir compte d’impératifs d’intérêt général qui (en l’occurrence) s’attachent à la représentation effective des archipels les moins peuplés et les plus éloignés » ;
  • il est accepté que les listes n’ayant pas obtenu au moins 5 % du nombre des suffrages exprimés ne soient pas admises à la répartition des sièges à la proportionnelle [30].

3 – Le vote par procuration

43[148] Dans une proposition de loi, MM. Claude Birraux et autres (députés, UDF ) proposent d’étendre les modalités du vote par procuration pour tenir compte tout à la fois de l’accroissement du nombre des retraités et de l’élévation du niveau de formation de la population [31].

III – LE FINANCEMENT DE LA VIE POLITIQUE

A – LES AGRÉMENTS ET RETRAITS DE LA COMMISSION NATIONALE DES COMPTES DE CAMPAGNE ET DES FINANCEMENTS POLITIQUES

44[149] La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques procède aux décisions suivantes :

  • 9 janvier 2001, agrément de 19 associations départementales, dont 17 pour le Parti communiste ;
  • 23 janvier 2001, retrait de l’agrément de 5 associations et agrément de 2 associations départementales ;
  • 6 février 2001, retrait de l’agrément de 2 associations et agrément d’une association nationale et de 7 associations départementales, toutes liées au Parti communiste ;
  • 27 février 2001, agrément de 3 associations départementales dont 2 pour le Parti communiste [32].

B – LE FINANCEMENT PUBLIC

45[150] Le décret n° 2001-124 du 9 février 2001 porte répartition de l’aide publique aux partis et groupements politiques au titre de 2001. Rappelons que le crédit global fixé par la loi de finances est de 526,5 millions de francs et qu’il est réparti en deux parts égales, la première au bénéfice des formations ayant présenté des candidats dans au moins 50 circonscriptions ou exclusivement outre-mer, la seconde aux formations représentées au Parlement. Dans la mesure où les candidats et élus socialistes et radicaux de gauche sont regroupés dans une même association et qu’il en est de même pour les élus de l’UDF (y compris Démocratie libérale), il est difficile de calculer la part exacte qui revient à chaque parti ou groupement. On relève néanmoins que l’ensemble Parti socialiste/Parti radical de gauche reçoit 168 millions de francs, le RPR 111,2, le Groupement des élus de l’UDF 103,72, le Parti communiste 40,38, et le Front national 41,18 millions de francs [33].

IV – LA VIE POLITIQUE

A – LES PARTIS POLITIQUES

1 – Les Verts

46[151] Le 15 février, Mme Dominique Voynet, ministre de l’environnement et de l’aménagement du territoire, annonce qu’elle renonce à se présenter à l’élection présidentielle, qu’elle quittera le Gouvernement et qu’elle préfère devenir secrétaire nationale des Verts [34].

2 – Le RPR

47[152] Le 29 mars, M. Serge Lepeltier, sénateur du Cher, est nommé secrétaire général du RPR [35].

3 – Le Parti communiste

48[153] En raison de difficultés financières, le Parti communiste ouvre un plan social prévoyant le départ de 42 collaborateurs. Dans le même temps, le Parti préconise un doublement de l’aide de l’État aux partis politiques et met sur pied des associations départementales de financement [36].

B – POLITIQUE ET ARGENT

49[154] Le 15 janvier 2001, la cour d’appel de Paris annule pour la troisième fois la procédure visant le rapport de Mme Xavière Tibéri établi au profit du conseil général de l’Essonne sur la francophonie [37].

50Le 8 février, M. Jérôme Monod, ancien président de la Lyonnaise des eaux, conseiller du président de la République, est entendu comme témoin assisté dans une affaire de financement du RPR [38].

51[155] Le 29 janvier, l’ancien député, Jean-Pierre Destrade, met en cause la direction du Parti socialiste à propos de financements illicites pour la période postérieure à 1990. M. Destrade aurait été chargé de récolter des fonds auprès de la grande distribution [39].

SECTION II – « LE GOUVERNEMENT PRÉSIDENTIEL »

§ 1 – LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

I – LA PRÉPARATION DE L’ÉLECTION DE 2002

52[156] La loi organique n° 2001-100 du 5 février 2001 modifie la loi du 6 novembre 1962 relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel. Dans le prolongement des observations du Conseil constitutionnel de 1995 et de 2000 [40], elle procède, outre aux nécessaires adaptations techniques, à quelques modifications. La liste des personnes susceptibles de parrainer les candidats à l’élection présidentielle est non seulement mise à jour pour tenir compte de l’évolution des structures des départements, territoires et collectivités d’outre-mer, mais également pour ajouter les maires délégués des communes associées, les maires des arrondissements de Lyon et de Marseille, les membres élus du Conseil supérieur des français de l’étranger, les présidents des organes délibérants des communautés urbaines, des communautés d’agglomérations ou des communautés de communes, ainsi que les « ressortissants français membres du Parlement européen élus en France ». Pour les besoins de la cause, ces derniers sont réputés être les élus d’un même département. Diverses dispositions tendent, d’une part, à fixer en euros les plafonds de dépenses électorales autorisées pour le premier et le second tour (respectivement 13,7 millions d’euros et 18,3 millions d’euros) et, d’autre part, à préciser certains éléments relatifs aux comptes de campagne et à ses modalités d’examen.

53De manière à renforcer l’égalité des chances et à faciliter le financement des campagnes électorales, le remboursement forfaitaire accordé par l’État aux candidats ayant obtenu plus de 5 % des suffrages exprimés est désormais fixé à la moitié du plafond et non plus au quart. Il est également confirmé que ce remboursement forfaitaire n’est pas accordé aux candidats qui n’ont pas respecté les prescriptions sur les comptes de campagne ou dont le compte de campagne a été rejeté, sauf, disposition nouvelle, « décision contraire du Conseil constitutionnel dans les cas où la méconnaissance de dispositions applicables serait non intentionnelle et de portée très réduite » [41]. Compte tenu de cette loi nouvelle, un décret n° 2001-213 du 8 mars 2001 porte application de la loi du 6 novembre 1962 modifiée et, dans un souci de visibilité, réécrit complètement le décret antérieur du 14 mars 1964 qui est ainsi explicitement abrogé [42].

54Cf. infra, § 217.

II – LE STATUT

A – LA RESPONSABILITÉ PÉNALE

55[157] Dans le prolongement des péripéties des mois précédents, il convient de noter que M. Arnaud Montebourg (député, PS ) demande au procureur de la République de Nanterre, de lui communiquer deux pièces relatives à l’enquête sur le financement du RPR, lesquelles constitueraient des indices relevés contre M. Jacques Chirac et seraient nécessaires à la rédaction d’une résolution de mise en accusation du Président de la République devant la Haute Cour de justice. Très rapidement, M. Yves Bot, procureur de la République de Nanterre, lui répond qu’il n’est pas nécessaire que la résolution visant le renvoi du Président de la République devant la Haute Cour de justice soit appuyée sur des documents précis. M. Bot estime que le Parlement « se contente pour cela d’un exposé sommaire des faits qui ne nécessite aucun emprunt à une procédure en cours ». De manière assez explicite, le procureur de la République offre au député de Saône-et-Loire le mode d’emploi d’une résolution de mise en accusation devant la Haute Cour de justice [43].

56[158] Le débat rebondit de façon spectaculaire le 28 mars avec en « Une » du Parisien, sur toute la largeur de la page, « Convoqué ! » [44]. Ce titre fait référence à une lettre reçue par courrier le 27 mars, à l’Élysée, par laquelle le juge Halphen convoque « M. Chirac Jacques » comme témoin dans l’affaire des HLM de la ville de Paris. Cette convocation, parvenue par les voies les plus ordinaires, sans que le juge d’instruction tienne compte de la qualité de la personne convoquée, provoque évidemment de vives réactions chez le Président de la République, lequel estime tout à la fois qu’il n’a pas à répondre à la convocation d’un juge d’instruction et que le juge en question viole la Constitution. Dès premières heures de la matinée, les services de la présidence de la République publient le communiqué suivant :

57

« Les services de la présidence confirment qu’une convocation a été adressée en qualité de témoin au Président de la République par un juge du tribunal de grande instance de Créteil. Le Président de la République, s’il avait détenu des informations susceptibles d’éclairer l’autorité judiciaire, n’aurait pas manqué de les porter à la connaissance de celle-ci. Il s’est déjà exprimé publiquement à plusieurs reprises et ne dispose d’aucune information qu’il n’ait déjà donnée aux Français. Compte tenu des règles constitutionnelles, il ne peut déférer à une telle convocation, contraire au principe de la séparation des pouvoirs comme aux exigences de la continuité de l’État ».

58Comme il s’agit d’un mercredi, le Président de la République demande, avant la réunion du Conseil des ministres, au Premier ministre, de « tirer toutes les conséquences de la violation du secret de l’instruction » et de prendre «  toutes les mesures utiles relevant de sa compétence pour faire respecter la Constitution ». Interrogé l’après-midi, lors de la séance de questions au Gouvernement, par Mme Michèle Alliot-Marie (ancien ministre, présidente du groupe RPR ) de la manière suivante : « Monsieur le Premier ministre, entendez vous clairement condamner ces manœuvres et rappeler à chacun son devoir de respect de la Constitution ? », le Premier ministre rend publique la lettre qu’il a fait tenir au Président de la République en tout début d’après-midi :

59

« Monsieur le Président de la République, Vous m’avez remis ce matin une lettre relative à une convocation qui vous a été adressée par un juge d’instruction du tribunal de grande instance de Créteil et aux conditions dans lesquelles elle a été divulguée. Pour ce qui concerne la violation de la Constitution que vous invoquez, il n’appartient, en vertu même de celle-ci, ni au Gouvernement ni au garde des Sceaux, de porter d’appréciation sur un acte de procédure judiciaire émanent d’un magistrat du siège. Pour ce qui concerne la révélation des faits couverts par le secret de l’instruction, j’ai demandé à la Garde des Sceaux, ministre de la justice, de faire diligenter sans délai une enquête par l’Inspection générale des services judiciaires. Les résultats de cette enquête vous seront immédiatement communiqués et les conséquences en seront tirées. Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération » [45].

60[159] De manière quelque peu surprenante sur le plan politique, mais parfaitement compréhensible compte tenu du contexte, le Président de la République trouve un soutien assez net au Sénat auprès de M. Michel Charasse (ancien ministre, PS ). Tout en considérant qu’un juge a le droit de convoquer le Président de la République comme simple témoin, M. Charasse estime que les menaces de sanction dont est assortie la convocation constituent une violation de la Constitution : « Le fait qu’un juge de base menace, pour poursuivre le Président de la République, de substituer sa propre appréciation à celle qui relève des seuls représentants du peuple et de se substituer aux députés et sénateurs, membres de la Haute Cour de justice pour sanctionner le Président de la République, constitue à l’évidence une violation de la Constitution et plus particulièrement du principe de la séparation des pouvoirs, ainsi que de la Déclaration de 1789, qualifiée de forfaiture par les articles de la loi des 16 et 24 août 1790 que je viens de citer (il s’agit des articles 10 et 13 de cette loi) ». Le sénateur du Puy-de-Dôme demande au président du Sénat de convoquer le bureau du Sénat pour « examiner la situation ainsi créée » [46].

B – LE STATUT PERSONNEL

1 – Mme Chirac

61[160] De manière assez inattendue, Mme Bernadette Chirac est considérée « comme l’envoyée très spéciale du Président de la République » à l’occasion de plusieurs réunions électorales en vue des élections municipales. Qu’il s’agisse de son soutien à Philippe Séguin, à Paris, ou à Mme Marie-Josée Roig en Avignon, Mme Chirac reçoit un accueil très chaleureux et veut ainsi de manière implicite apporter le soutien de son mari [47].

2 – Le train de vie

62[161] D’après des estimations concordantes de L’Express et du Monde, les revenus mensuels de M. Chirac seraient les suivants : 44 000 francs en tant que Président de la République ; 35 000 francs de retraite de l’Assemblée nationale ; 15 000 francs de retraite de la mairie de Paris ; 14 000 francs comme ancien conseiller général de la Corrèze et 19 000 francs comme ancien conseiller référendaire à la Cour des comptes, soit un total mensuel de 127 000 francs avant impôts. Chacun sait en outre que la déclaration de situation patrimoniale de M. Jacques Chirac publiée à la suite de son élection au Journal officiel du 14 mai 1995 se montait à 8,3 millions de francs [48].

C – LA CRÉATION D’UN SERMENT

63[162] Dans une originale proposition de loi constitutionnelle, MM. Hubert Haenel et autres (sénateurs, RPR ) proposent de compléter l’article 6 de la Constitution pour instituer une prestation de serment pour le Président de la République. Ce serment serait rédigé comme suit : « Je jure comme Président de la République de loyalement remplir mes fonctions avec dignité, simplicité, exactitude et fidélité aux valeurs fondamentales de notre République. Respectueux de la Constitution dont je suis le gardien, je resterai toujours dans le rôle qu’elle m’assigne. Je le promets librement, solennellement et sur mon honneur » [49].

III – LES FONCTIONS

A – LA COHABITATION

1 – Les relations Président/Premier ministre

64[163] On apprend au milieu de janvier qu’un important mouvement de magistrats est bloqué en raison de désaccords entre le Président de la République et le Premier ministre concernant certains postes sensibles de la haute magistrature, comme celui de procureur général de Paris. Cet important mouvement trouve une solution début mars [50].

2 – Le Conseil des ministres

65[164] De manière inédite sous la Ve République, le Président de la République s’oppose de manière publique à l’inscription, le 14 février, à l’ordre du jour du Conseil des ministres, du projet de loi sur la Corse. Le 13 février après-midi, le Président de la République fait publier le communiqué suivant :

66

« Ayant pris connaissance du projet de loi sur la Corse arrêté par le Gouvernement, après avis du Conseil d’État, le Président de la République a décidé de reporter l’inscription de ce texte à l’ordre du jour d’un prochain Conseil des ministres. Il a demandé au Gouvernement de réexaminer les difficultés constitutionnelles soulevées par le Conseil d’État afin que le Conseil des ministres puisse délibérer d’un texte permettant la poursuite du processus de réforme en Corse dans le respect des principes fondamentaux de notre pacte républicain ».

67Quelques instants plus tard, le Premier ministre fait diffuser en réponse le communiqué suivant :

68

« Le Président de la République a fait connaître au Premier ministre sa décision de ne pas inscrire le 14 février à l’ordre du jour du Conseil des ministres le projet de loi sur la Corse. Ce projet de loi marque une étape décisive de la politique que le Gouvernement conduit pour la Corse, en étroite concertation avec les élus, et dans une totale transparence, afin de rechercher pour cette île, après vingt-cinq années de désordres, un chemin vers la paix civile et le développement. L’Assemblée de Corse, à laquelle le projet a été soumis pour avis l’a approuvé à une très large majorité. Le Gouvernement estime que c’est maintenant au Parlement qu’il revient de débattre de l’ensemble des dispositions de ce projet de loi, notamment de celles qui ont fait l’objet d’observations du Conseil d’État. La discussion au Parlement permettra ainsi à celui-ci de poursuivre le débat démocratique et d’adopter le texte définitif qui devra être conforme à nos principes constitutionnels, ce qu’aura, le cas échéant, à contrôler le Conseil constitutionnel. Dans cette perspective, le Premier ministre souhaite que le projet de loi sur la Corse soit inscrit rapidement à l’ordre du jour du Conseil des ministres afin que le Parlement puisse en commencer l’examen ».

69Cette passe d’armes s’inscrit évidemment dans le climat quelque peu tendu des relations entre le Président de la République et le Premier ministre. Chacun savait d’ailleurs que le projet de loi sur la Corse serait de nature à provoquer un conflit.

70En fin de compte, le projet sera inscrit à l’ordre du jour du Conseil des ministres de la semaine suivante, le 21 février. A cette occasion, le Président de la République fait une courte déclaration publique dans laquelle il se prononce tout à la fois pour d’indispensables transferts de compétences et sur la nécessité de maintenir les principes de la République « une et indivisible ». Il souhaite que « le Parlement, dans sa sagesse, comprenne l’importance de ces enjeux et apporte les modifications qui permettront au Conseil constitutionnel de considérer que le texte ainsi amendé sera constitutionnel » [51].

B – LA POLITIQUE INTERNATIONALE

71[165] Au cours des premiers mois de 2001, il convient de relever les activités suivantes du Président de la République. Le 4 janvier, il présente ses vœux au corps diplomatique et profite de cette circonstance pour brosser un panorama de la situation internationale [52]. La tenue à Yaoundé, au Cameroun, les 18 et 19 janvier, du traditionnel Sommet France-Afrique, est marquée avant tout par l’assassinat, juste avant l’ouverture de cette réunion, du Président Laurent-Désiré Kabila, Président de la République démocratique du Congo. Pour le reste, cette réunion réunissant désormais 54 pays est la réaffirmation de la traditionnelle amitié entre la France et les pays d’Afrique. Cette réunion est, selon le Président Chirac, l’occasion d’exprimer la solidarité entre le nord et le sud [53]. Les 24 et 26 janvier, le Président Chirac reçoit à Paris M. Heydar Alirezaoglou Aliev, Président de la République d’Azerbaïdjan et M. Robert Kotcharian, Président de la République d’Arménie. Les recevant individuellement, puis ensemble, le Président français se réjouit de la qualité des relations entre la France et ces deux pays, se félicite de leur entrée au Conseil de l’Europe et souhaite que les discussions directes puissent permettre d’avancer dans le règlement du conflit du Haut-Karabagh [54]. Le Président arménien est de retour en France deux semaines plus tard, à l’occasion d’une visite d’État, le 12 février. Avec une prudence toute diplomatique, le Président Chirac évoque la toute récente loi sur la reconnaissance du génocide arménien en ces termes : « Ce sont les représentants du peuple qui ont récemment souhaité marquer leur recueillement devant le martyr arménien » [55]. Le 1er mars, le Président français s’entretient avec M. Boris Trajkovski, Président de la République de Macédoine avec lequel, bien évidemment, il évoque les problèmes du Kosovo et les troubles dans la région nord de la Macédoine [56]. Les Présidents d’Azerbaïdjan et d’Arménie sont de retour à Paris le 5 mars, la France souhaitant exercer de manière active la co-présidence du groupe de Minsk qu’elle partage avec la Russie et les États-Unis. C’est de nouveau la question du Haut-Karabagh qui est au centre des discussions [57]. Dans le cadre de la politique africaine de la France, le Président Chirac reçoit le 6 mars, M. Robert Mugabe, Président du Zimbabwe, pour évoquer avec lui la paix au Congo-Kinshasa [58].

72[166] Le 20 mars, à la Sorbonne, le Président français inaugure le colloque « Trois espaces linguistiques face au défi de la mondialisation » qui tente de réunir les efforts des francophones, des lusophones et des hispanophones : « Nous engageons le rapprochement naturel, évident et fraternel de nos communautés hispanophones, lusophones, francophones, et même italophones... ». S’appuyant sur les communautés linguistiques des traditions latines, le Président français estime que « préserver la diversité des langues et des cultures, comme la diversité des espèces vivantes, sera l’une des grandes tâches de ce siècle » [59]. Le 30 mars, le Président français se rend devant la Commission des droits de l’homme des Nations-Unies à Genève. Il s’agit du premier déplacement d’un Président français. Il plaide de manière vigoureuse en faveur des droits de l’homme et rappelle que « la Nation française s’est toujours voulue aux avant-postes du combat pour la liberté ». Il considère que « quand un pays bafoue massivement les valeurs universelles, la communauté internationale se doit de le condamner et d’exercer dans le respect de la charte (des Nations-Unies) des pressions ciblées pour faire évoluer la situation ». M. Chirac profite de ce déplacement pour rencontrer, outre le Président yougoslave Kostinica, le nouveau Président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila [60]. A l’occasion d’un bref passage à Paris, le Président égyptien, Hosmi Moubarak, évoque avec le Président Chirac la crise du Moyen-Orient. L’un et l’autre font part de leur inquiétude face à l’escalade de la violence [61].

73Le 29 mars, le Président de la République apporte son soutien entier à la candidature de la ville de Paris pour l’organisation des Jeux olympiques de 2008. Il confirme au président de la commission d’évaluation « l’engagement total, à la fois des autorités françaises, qu’il s’agisse de la ville, de la région, de l’État, mais aussi du mouvement sportif français unanime et également des Français... » [62].

C – LE CHEF DES ARMÉES

74[167] Dans les vœux qu’il adresse aux armées à l’Élysée, le 5 janvier 2001, le Président de la République confirme les grandes orientations relatives à la construction de la défense : la préparation de la programmation militaire et la consolidation de la professionnalisation des armées. Il prend soin à plusieurs reprises de souligner que, dans le domaine de la défense, les décisions sont prises conjointement par le Gouvernement et lui-même [63]. Devant le Conseil supérieur de la réserve, le 7 février, le Président de la République souligne que la professionnalisation des armées et la suppression du service national ne conduisent pas, bien au contraire, à minimiser le rôle de la réserve : « Les réserves, par ailleurs indispensables à la gendarmerie et aux armées dans l’accomplissement de leur mission, demeurent et doivent rester un secteur privilégié de cohésion entre la société civile et la communauté militaire » [64].

D – LA POLITIQUE EUROPÉENNE

75[168] Après les très lourdes activités liées à la présidence de l’Union européenne, au cours du deuxième semestre de l’an 2000, les premiers mois de 2001 paraissent presque calmes. Ils sont néanmoins ponctués des traditionnels sommets entre la France et ses principaux partenaires et de quelques rencontres bilatérales. Le 29 janvier, a lieu à Turin le sommet franco-italien. En plus de différents échanges de vues sur l’Union européenne, les gouvernements italien et français se mettent d’accord pour la construction d’une ligne ferroviaire Turin-Lyon et sur la réouverture du tunnel sous le Mont-Blanc [65]. Le 31 janvier a lieu à Blaeshein, dans le Bas-Rhin, une rencontre informelle entre le Chancelier allemand, le Président et le Premier ministre français. Après les relatifs désaccords survenus au Sommet de Nice, il s’agit de refaire le point et de relancer la coopération politique entre les deux pays [66]. En diverses occasions, aussi bien en Alsace qu’à l’occasion du Sommet franco-britannique de Cahors, le Président Chirac relance l’idée d’une constitution européenne et se rallie au concept développé par Jacques Delors de « fédération d’États-nations » en Europe [67]. Les traditionnelles rencontres franco-britanniques ont lieu à Cahors le 9 février 2001. Il s’agit tout à la fois d’évoquer le débat sur l’avenir de l’Europe mais également des questions bilatérales comme la maîtrise de l’immigration clandestine à travers Eurostar [68]. Le 26 février a lieu solennellement à Nice la signature du traité négocié lors du Sommet du mois de décembre. Dans une allocution relativement classique, le Président français tente d’imposer sa version optimiste du traité : « Bien sûr, les chefs d’États et de gouvernements ont veillé dans les débats à leurs intérêts nationaux et il n’y a rien de choquant à cela puisque nul ne remet en cause l’existence de nos nations ». D’une manière générale, le Président Chirac estime que « c’est le meilleur traité possible compte tenu des contraintes qui existaient. Il permettra à l’Europe demain de continuer à fonctionner avec efficacité ». De plus, il permet évidement l’ouverture du dialogue sur l’élargissement [69].

76[169] Le 27 février a lieu à Neustadt, en Allemagne, le 3e sommet du triangle de Weimar qui réunit le Président français, le Président polonais et le Chancelier allemand. Pour le Président français, il est important que l’Allemagne, la Pologne et la France soient « tous les trois les éléments essentiels de cette Europe (celle de l’élargissement) » [70]. Le 5 mars, à Paris, un entretien avec M. Goran Persson, Premier ministre suédois, est tout simplement l’occasion de faire le point de la présidence suédoise de l’Union européenne [71]. Au titre des relations francoallemandes, il faut signaler l’inauguration conjointe par le Président français et le Chancelier allemand Gerhard Schroeder, du 21e salon du livre, le 15 mars 2001 [72]. Un nouveau dîner informel a lieu entre responsables français et allemand à Herxheim le 20 mars. Il s’agit en réalité de préparer le sommet européen qui a lieu quatre jours plus tard à Stockholm [73]. Ce sommet est largement consacré aux affaires économiques et sociales et à la réaffirmation, par les responsables français, de l’importance qu’ils attachent à la politique agricole commune [74].

E – LA POLITIQUE INTÉRIEURE

77[170] Il devient de plus en plus difficile de distinguer dans les activités intérieures du Président Chirac ce qui relève de l’exercice classique de la fonction présidentielle de ce qui appartient, probablement, à la pré-campagne d’un candidat au renouvellement de son mandat en 2002. Les traditionnelles allocutions de vœux de début d’année sont l’occasion de souligner que l’année 2001 doit être « une année de travail, un année utile pour la France et les Français » [75]. Dans ses vœux aux corps constitués le 5 janvier, le Président de la République insiste sur la notion d’indivisibilité de la République et souligne que nous ne devons pas « laisser la République se dissoudre dans une mosaïque de privilèges et de statuts dérogatoires » [76]. Devant les forces vives de la nation, M.Chirac insiste à la fois sur le rôle de l’État « garant de notre ordre public social » et sur le rôle des acteurs de la société civile, notamment les partenaires sociaux, pour conduire le changement [77]. Le discours prononcé le 9 janvier, à l’occasion de la remise de la galette des rois par la Confédération nationale de la boulangerie, pourrait peut-être servir de modèle à ceux qui sont à court d’idée pour des allocutions protocolaires : « Cette coutume vivante est pleine de sens, elle symbolise le partage et l’amitié, elle conforte les liens sociaux dont une société a besoin... Le partage du pain incarne les valeurs fondatrices de notre société. Ce geste qui nous rassemble exprime notre vision humaniste de l’avenir à un moment où chacun prend conscience de la fragilité de notre environnement... Le pain a toujours été considéré comme quelque chose de sacré. Il est le fruit de la coopération entre l’homme et la nature, du travail noble et du temps laissé au temps. Sa qualité est donc primordiale » [78].

78[171] Les traditionnels vœux à la Corrèze, à Tulle, le 13 janvier, sont l’occasion d’exalter le rôle des responsables locaux ou professionnels et, à la veille des élections municipales, de vanter les mérites de la démocratie locale. Le président y rôde également son discours sur la sécurité et, implicitement, prend ses distances par rapport au projet de loi sur la Corse [79]. L’inauguration, le 15 janvier 2001, après sa rénovation complète, du musée national des arts asiatiques Guimet, est l’occasion pour M. Chirac de manifester une joie personnelle. Il s’agit, selon l’expression de M. Chirac, « d’un lieu magique » [80]. A l’occasion d’un voyage à Dreux, le 25 janvier, le Président de la République évoque longuement les problèmes de sécurité. Il estime qu’une voie française en matière de lutte contre l’insécurité « peut et doit être tracée... Entre les solutions purement éducatives et les solutions punitives, nous devons élargir nos instruments d’action ». Il s’inquiète à cette occasion, comme le feront beaucoup de candidats lors des élections municipales, de l’insécurité et de l’incivilité au quotidien. Il ne faut plus, estime-t-il, « laisser l’auteur d’une agression fanfaronner sur les lieux d’une mauvaise action quelques heures seulement après l’avoir commise, comme on le voit, hélas, trop souvent » [81]. Lors du Conseil des ministres du 31 janvier, le Président Chirac souhaite une amélioration de la prime pour l’emploi proposée par le Gouvernement, de façon, dit-il, « à éviter les inégalités entre les familles selon que leur revenu provienne d’un ou de deux salaires » [82].

79[172] Le 2 février, devant le congrès de l’Union nationale des professions libérales, il n’est pas difficile pour le Président de la République, de souligner « le rôle irremplaçable » joué par les professions libérales » [83]. Le 6 février, à l’occasion d’une réunion du Haut Conseil de la mémoire combattante, le Chef de l’État demande qu’une journée nationale d’hommage aux harkis soit instituée. Il insiste sur le fait que les harkis et leurs enfants doivent se sentir comme « partie intégrante de la communauté nationale » [84]. Le 8 février, à Lyon, dans le cadre du Forum mondial des biotechnologies, le Président de la République se prononce contre le clonage thérapeutique et relance ainsi la controverse bioéthique à la veille de la présentation par le gouvernement d’un nouveau projet de loi sur ce thème [85]. Le 18 février, lors de la sa traditionnelle visite du Salon de l’agriculture, le Président de la République apporte, comme il se doit, son soutien à cette importante activité économique, mais fait part également de ce qui constitue, selon lui, des excès du principe de précaution. Il s’en prend assez vivement à l’avis assez alarmiste publié par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments à propos de la consommation des organes ovins et caprins [86]. Le 2 mars, le Président de la République anime une réunion sur le thème de l’enfance maltraitée et estime que « chaque citoyen doit se sentir personnellement investi de sa responsabilité » [87]. Les allocutions prononcées, le 13 mars, à l’occasion de la remise des médailles aux lauréats des meilleurs ouvriers de France et, le 15 mars, à l’occasion de la remise des déclarations à l’équipe de France de handball donnent évidemment l’occasion d’exalter les valeurs de l’artisanat et de l’effort sportif [88].

80Au lendemain même du deuxième tour des élections municipales et cantonales, le Président de la République se rend dans l’Orne et tente de réconforter les éleveurs touchés par la fièvre aphteuse. Il souligne que les mesures prises par le ministre de l’agriculture vont dans le bon sens [89]. Le 29mars, la traditionnelle réception en l’honneur du corps préfectoral est l’occasion à nouveau d’évoquer l’insécurité et de faire l’éloge de l’action des maires : « Les maires restent les mieux placés pour mettre en œuvre des solutions de proximité ». Il va de soi en même temps que les membres du corps préfectoral sont appelés « à jouer un rôle essentiel dans les évolutions » de la démocratie locale et de la recherche des nouveaux équilibres [90]. M. Chirac a le sentiment que les résultats des élections municipales confirment sa stratégie visant à privilégier les visites de terrain et les discours se rapportant à des questions de la vie quotidienne [91].

§ 2 – LE GOUVERNEMENT

I – LES MEMBRES

A – COMPOSITION DU GOUVERNEMENT

81[173] Le 6 février 2001, M. Bernard Kouchner, après la cessation de ses responsabilités au Kosovo, est nommé ministre délégué à la santé. De ce fait, Mme Dominique Gillot est nommée secrétaire d’État aux personnes âgées et aux personnes handicapées [92]. Le 27 mars 2001, il est pris acte, à la suite de leur élection comme maires, des démissions de Mme Dominique Gillot, secrétaire d’État et de M. Louis Besson, secrétaire d’État au logement. Mme Ségolène Royal devient ministre déléguée à la famille, à l’enfance et aux personnes handicapées, tandis que Mme Marie-Noëlle Lienemann est nommée secrétaire d’État au logement et Mme Paulette Guinchard-Kunstler secrétaire d’État aux personnes âgées. Il s’agit des 9e et 10e modifications du gouvernement Jospin [93].

B – STATUT DES MINISTRES

82[174] Dans la perspective des élections municipales, on relève que 27 membres du Gouvernement sont concernés. Seul le Premier ministre et huit d’entre eux ne sont d’aucune manière candidats. Ceci évidemment soulève la question de savoir si, en cas de victoire, ils sont susceptibles de cumuler, jusqu’au printemps 2002, des fonctions de responsables d’exécutif local et de membres du gouvernement. Compte tenu des résultats, dans l’ensemble assez médiocres, la règle du non-cumul pour les ministres élus maires est rétablie. Ils ne peuvent même pas présider des communautés de communes ou d’agglomérations. Dire que la fermeté du Premier ministre remplit de joie ceux qui ont remporté la victoire serait exagéré, le Premier ministre souhaitant que la règle de non-cumul soit effective dans un délai de deux à trois semaines. Seuls M. Louis Besson et Mme Dominique Gillot préfèrent conserver leur mandat de maire et, de ce fait, quitter le gouvernement [94].

83Dans une réponse à M. Georges Tron (député, RPR ), M. Lionel Jospin répond le 27 mars que « dans le Gouvernement, tel qu’il est devant vous, la règle de non-cumul des mandats sera appliquée comme précédemment, voire avec davantage d’ampleur encore » [95].

C – TRAVAIL GOUVERNEMENTAL

84[175] Une circulaire du Premier ministre du 12 mars 2001 met en place un dispositif interministériel de suivi des avis émis par la Commission nationale consultative des droits de l’homme. Celui-ci est calqué sur « la procédure actuellement en vigueur en ce qui concerne les avis émis par le Conseil économique et social » [96].

II – LE PREMIER MINISTRE

A – LA FONCTION

85[176] De manière inédite, le Premier ministre adresse ses vœux aux Français à travers une tribune publiée dans le Journal du dimanche du 31 décembre. Il se déclare heureux « qu’une nouvelle France se dessine sous nos yeux » et estime que « cette nouvelle France a besoin d’une République moderne ». De manière presque présidentielle, M. Lionel Jospin considère que la France « doit prendre part aussi au débat du monde, car la France n’est elle-même que lorsqu’elle participe de l’universel. C’est dans cet esprit qu’elle doit préserver la diversité culturelle, dans un monde souvent tenté par l’uniformisation » [97]. On ne peut évidemment s’empêcher de penser que ce message apparaît comme le contrepoint de celui qui sera adressé par le Président de la République à la télévision . Au fil des prises de position et des déclarations, on voit se dessiner le profil d’un Premier ministre lui aussi candidat à l’élection présidentielle. A l’occasion de la traditionnelle réunion de son gouvernement le jeudi 4 janvier, M. Jospin fixe le programme de l’année 2001, et affirme lors des vœux à la presse le 11 janvier, que « 2001 sera une pleine année de travail », réponse, semble-t-il, à peine voilée au souhait de l’année utile de M. Chirac [98].

86[177] A l’occasion d’un voyage à La Réunion, le 25 janvier, le Premier ministre réagit aux critiques sur l’insécurité : « Je réagis souvent mal quand je vois utiliser l’insécurité dans le débat politique. C’est quelque chose que l’on doit combattre, pas quelque chose que l’on doit exploiter ». A l’occasion de ce voyage, M. Jospin se déclare heureux d’être au milieu « d’un peuple fraternel » [99]. La campagne des élections municipales, un an avant celle des élections présidentielles et législatives, incite le Premier ministre à renouer avec la politique de terrain en participant à plusieurs réunions électorales et en réfléchissant à ce que pourraient être des réformes constitutionnelles après l’élection présidentielle [100]. Au lendemain des élections municipales, considérées comme décevantes par la majorité gouvernementale, un sondage Ipsos montre les attentes contradictoires de l’électorat de gauche [101]. Pour préparer le discours qu’il doit prononcer quelques semaines plus tard sur son programme européen, le Premier ministre se rend à Bruxelles le 20 mars pour échanger des réflexions sur l’avenir de l’Union européenne. Selon le Premier ministre, la « fédération d’États-nations, c’est essayer de constituer ensemble une logique fédérale et le maintien d’États-nations », propos qui, sous cette forme, n’est très éloigné ni de la pensée de M. Jacques Delors, ni de celle de M. Jacques Chirac [102].

B – LE CABINET

87[178] En raison de leur succès aux élections municipales, deux proches collaborateurs de M. Lionel Jospin quittent son cabinet. Il s’agit de M. Manuel Valls et de M. Pierre-Alain Muet [103].

III – LA RÉFORME DE L’ÉTAT

88[179] Tous les acteurs publics savent ce que représente la procédure des marchés publics. Signalons donc, à ce titre, la publication du décret n° 2001-210 du 7 mars 2001 portant code des marchés publics. Dans cette importante réforme, très largement conditionnée par le droit communautaire, le Gouvernement a pris soin de ne pas modifier les dispositions d’ordre législatif, de façon à ne pas avoir à passer devant le Parlement [104].

SECTION III – LE PARLEMENT [105]

§ 1 – L’INSTITUTION PARLEMENTAIRE

I – LES PARLEMENTAIRES

A – LA COMPOSITION DU PARLEMENT

1 – L’Assemblée nationale

a) Composition

89[180] M. André Capet ( PS ) décède le 31 décembre 2000. Il est remplacé par M. Gilles Cocquenpot ( PS ) [106].

90Le 24 janvier, M. Dominique Baudis (député, UDF ) démissionne en raison de sa nomination à la présidence du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Une élection partielle sera organisée [107]. Mme Louise Moreau (députée, UDF ) décède le 5 février 2001. Une élection partielle devra être organisée [108]. En vue de permettre, si les électeurs le souhaitent, le retour à l’Assemblée nationale de M.Dominique Strauss-Kahn (ancien ministre, PS ), Mme Raymonde Letexier (députée, PS ) démissionne le 12 février 2001 [109].

91Les trois premiers tours des élections législatives partielles qui ont lieu le 25 mars à Sarcelles, Toulouse et Cannes, une semaine après le deuxième tour des élections municipales, sont marqués par un très fort taux d’abstention, partout compris entre 63 et 66 % [110].

b) Le calendrier électoral

92[181] Sur le rapport de M. Christian Bonnet (ancien ministre, sénateur, RI ) le Sénat aborde, le 16 janvier, la discussion sur la date d’expiration des pouvoirs de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire la modification du calendrier électoral du printemps 2002. Pour faire valoir son opposition à cette réforme, le Sénat estime indispensable de prendre son temps et consacre de nombreuses séances à la discussion générale. Ce n’est en fin de compte que le 7 février que le Sénat adopte, après l’avoir considérablement modifiée, la proposition de loi. Parmi les amendements adoptés, figurent plusieurs amendements relatifs aux inéligibilités, lesquels sont, par définition, applicables aussi bien aux sénateurs qu’aux députés. De ce fait, le président de la commission des lois, M. Jacques Larché, estime que la proposition de loi organique ainsi modifiée « entre dans le cadre des dispositions du quatrième alinéa de l’article 46 de la Constitution et, par voie de conséquent, nécessite un vote conforme des deux assemblées ». Il en déduit qu’il n’y a pas lieu de réunir une commission mixte paritaire.

93Cette position n’est évidemment pas partagée par le Gouvernement qui estime qu’il convient de tenir compte du texte dans sa version originale. La lenteur de cette discussion est un véritable cas d’école, puisqu’il s’agit d’un allongement par la multiplication des orateurs dans la discussion générale et non comme d’habitude par la multiplication du nombre des amendements. Elle oblige le Gouvernement à reporter, au-delà des élections municipales, la suite de la procédure. Lors de la réunion de la commission mixte paritaire le 29 mars 2001, le président Jacques Larché confirme sa position concernant l’impossibilité de réunir une CMP sur ce texte en raison de la nécessité qu’il soit adopté conforme par les deux assemblées, en application de l’article 46, alinéa 4, de la Constitution et « a réaffirmé “solennellement” qu’il contestait le bien-fondé de la réunion d’une commission mixte paritaire à ce stade de la navette ». Les représentants de la majorité de l’Assemblée nationale, M. Gérard Gouzes, président de la CMP, et M. Bernard Roman, président de la commission des lois, rapporteur de l’Assemblée nationale, ont « considéré que c’était au stade de la dernière lecture, lorsque le texte est devenu définitif, qu’il convenait d’apprécier si la loi organique est oui ou non relative au Sénat ». Très rapidement, il est constaté qu’en raison de la volonté des représentants de la majorité sénatoriale de ne pas participer aux travaux de la commission, il n’était pas possible de parvenir à l’adoption d’un texte commun sur les dispositions restant en discussion [111].

2 – Le Sénat

94[182] Le Conseil constitutionnel prononce, le 16 janvier 2001, la déchéance de M. Xavier Dugouin (sénateur, RPR ) au motif que la décision de la cour d’appel de Paris du 5 novembre 1989 le condamnant notamment à la privation du droit d’éligibilité pour une durée de deux ans est devenue définitive par un arrêt de la Cour de cassation du 18 octobre 2000 [112]. Il est remplacé par M. Laurent Bestiale ( RPR ) [113].

95M. René Ballayer ( UC ) décède le 26 janvier 2001. Une élection partielle aura lieu en même temps que le prochain renouvellement partiel du Sénat [114]. A la suite du décès de M. Pierre Jeambrun ( RDSE ), M. Pierre Guichard devient sénateur ( RDSE ) [115]. M. François Abadie (ancien ministre, RDSE ) décède le 2 mars 2001. Il est remplacé par M. François Fortassin ( RDSE ) [116].

96A la suite de son élection comme maire de Paris, M. Bertrand Delanoë ( PS ) démissionne de son mandat de sénateur. Il est remplacé par M. Jean-Yves Mano ( PS ), M. Jean-Marie Le Guen ( PS ), qui précède M. Mano sur la liste socialiste de 1975 étant indisponible, au motif qu’il est député et que, de ce fait, il a perdu sa qualité de remplaçant d’un sénateur [117].

B – LE STATUT DES PARLEMENTAIRES

1 – Les parlementaires en mission

97[183] Mme Dinah Dericke (sénatrice, PS ) est nommée parlementaire en mission le 16 février 2001. Il en est de même, le même jour, pour M. Jean-Claude Daniel (député, PS ) et M. Didier Chouat (député, PS ) [118]. M. Louis Le Pensec (ancien ministre, sénateur, PS ) est nommé parlementaire en mission le 8 janvier 2001 [119].

2 – Les parlementaires et la justice

98[184] Début janvier 2001, un non-lieu est délivré au bénéfice de MM.Gérard Bapt et Jean-Claude Idiart (députés, PS ) dans une affaire concernant l’attribution de fonds départementaux des associations [120]. Le 16 janvier 2001, la cour d’appel de Douai confirme le principe de la condamnation infligée à M. Jean-Luc Bécart (sénateur, PC ) et lui inflige trente mois de prison dont quatre fermes pour de multiples délits liés à la mauvaise gestion de sa commune [121]. Le 18 janvier 2001 la cour d’appel de Paris relaxe Mme Lucette Michaux-Chevry (ancien ministre, sénateur, RPR ). Elle avait été condamnée en première instance à 50 000 francs d’amende pour usage de faux lors d’un procès en diffamation [122]. Le 25 janvier 2001, M. Louis Souvet (sénateur, RPR ) est condamné de manière symbolique par la cour d’appel de Besançon à la suite d’une plainte pour diffamation déposée par M. Pierre Moscovici, ministre délégué chargé des Affaires européennes. M. Souvet est condamné avec sursis à 3 000 francs d’amende et 1 franc symbolique de dommages et intérêts [123].

99[185] Le 2 février, le tribunal correctionnel de Lyon condamne M. Henri Chabert (député, RPR ) à un an de prison avec sursis, 100 000 F d’amende et deux ans d’inéligibilité pour recel d’abus de biens sociaux [124]. Le 28 février, M.Michel Giraud (ancien ministre, député, RPR ) est mis en examen pour complicité et corruption dans l’instruction sur les lycées d’Ile de France [125]. Le 28 mars 2001, la Cour de cassation confirme l’arrêt rendu par la cour d’appel de la Réunion le 6 juillet 2000 condamnant M. Elie Hoarau (député, RCV ) à un an de prison avec sursis, 50 000 F d’amende et trois ans de privation de droits civils et civiques pour une affaire de fraude électorale. Cette décision devrait conduire à la déchéance du mandat parlementaire de l’intéressé [126].

3 – Les anciens parlementaires et la justice

100[186] De façon assez imprévue, le tribunal de première instance de la Cour de justice des communautés européennes ordonne, le 26 janvier, le sursis à exécution de la mesure par laquelle M. Jean-Marie Le Pen ( FN ) avait été déchu de son mandat européen le 23 octobre 2000 [127].

101Signalons le décès de M. Maurice Arreckx (ancien sénateur, RI ) qui avait été condamné en 1997 à quatre ans de prison dont deux ans avec sursis puis de nouveau en juin 2000 à trois ans de prison ferme pour recel d’abus de biens sociaux et d’abus de confiance [128].

II – LES ASSEMBLÉES

A – LES INSTANCES

102[187] De même qu’ils proposent un serment pour le Président de la République, MM. Hubert Haenel et autres proposent un serment pour le président de l’Assemblée nationale et du Sénat. Son texte serait le suivant : « Je jure de loyalement remplir mes fonctions avec dignité, simplicité, exactitude et fidélité aux valeurs fondamentales de notre République » [129].

B – LE DROIT ADMINISTRATIF PARLEMENTAIRE

103[188] L’Assemblée nationale vient de franchir un grand pas dans la transparence de ses règles de fonctionnement en publiant au Journal officiel, sous la dénomination « Actes réglementaires », d’une part, l’arrêté du bureau du 8 février 2001 n° 92/XI portant règlement intérieur sur les marchés publics de l’Assemblée nationale et, d’autre part, l’arrêté des questeurs du 2 mars 2001, portant application de l’arrêté du bureau précité. Selon les informations transmises par M. Xavier Roques, secrétaire général de la questure, ces innovations s’expliquent avant tout par la volonté de rendre publique une réglementation qui a vocation à s’appliquer à des tiers par rapport à l’Assemblée. En outre, ces deux arrêtés s’inscrivent dans le droit fil de l’arrêt du Conseil d’État du 5 mars 1999 qui évoquait la possibilité pour l’Assemblée nationale d’adopter une réglementation particulière en matière de marchés publics [130].

III – LE TRAVAIL PARLEMENTAIRE

A – L’ORGANISATION DU TRAVAIL PARLEMENTAIRE

1 – L’ordre du jour

104[189] Une intéressante passe d’armes a lieu au Sénat le 23 janvier entre les représentants de la majorité sénatoriale et le ministre chargé des relations avec le Parlement, M. Jean-Jacques Queyranne, à propos de la lenteur de l’examen de la proposition de loi organique relative au calendrier électoral de 2002. Connaissant l’intérêt de nombreux sénateurs, dont le président du Sénat, pour les problèmes de la forêt, M. Queyranne explique qu’il conviendrait de terminer la discussion sur le calendrier électoral au plus vite, de manière à pouvoir entamer à la suite, et dès que possible, la discussion du projet de loi sur la forêt. De manière quelque peu humoristique, M. Jacques-Richard Delong ( RPR ) lui répond : « Il ne faut tout de même pas exagérer les choses, il faut 180 ans pour faire un chêne et 140 pour un hêtre, par conséquent, soyez assuré, M. le ministre... que nous n’en sommes pas à quelques instants près ! » [131].

105Cf. infra, § 194.

2 – Les rappels au règlement

106[190] Parmi les traditionnels rappels au règlement, signalons ceux de :

  • M. Jean-Pierre Foucher (député, UDF ) protestant contre le dépôt tardif d’amendements du Gouvernement à la loi de modernisation sociale ;
  • de Mme Odette Terrade (sénateur, RCV ) protestant contre les licenciements du groupe Danone ;
  • de M. Jean-Jacques Hyest (sénateur, UC ) protestant contre les déclarations d’un responsable syndical de la police mettant indirectement en cause le Parlement ;
  • de M. Yves Fréville (sénateur, UC ) faisant part de son regret à la suite du report d’un débat sur la décentralisation ;
  • de M. Denis Badré (sénateur, UC ) à propos de désordres et d’affrontements dans le centre commercial de La Défense [132].

3 – L’éloge funèbre

107[191] Chacun sait que l’éloge funèbre des députés et sénateurs décédés est un genre très particulier de l’éloquence parlementaire [133]. A propos de M. André Capet, le président Forni salue « l’extraordinaire parcours exemplaire de la méritocratie républicaine de cet autodidacte qui, à la fin de sa vie, n’en avait pas oublié les débuts » [134]. Évoquant la carrière de René Ballayer, le président Christian Poncelet s’exprime de la sorte : « Fort de son enracinement local, René Ballayer était en outre un européen convaincu. Promoteur de l’idée européenne sur le plan national, il s’efforçait de la rendre concrète dans son département » [135].

§ 2 – LES FONCTIONS PARLEMENTAIRES

I – LA LOI

A – LE CONTENU DE LA LOI

1 – Le domaine de la loi

108[192] Dans sa décision n° 2000-439 DC du 16 janvier 2001, le Conseil constitutionnel confirme l’interprétation classique de l’article 34 relative à la création d’une catégorie d’établissements publics en considérant que « l’établissement public national chargé des diagnostics et opérations de fouilles d’archéologie préventive constitue à lui seul une catégorie particulière d’établissement public sans équivalent avec les catégories d’établissements publics existantes ».

2 – Le domaine de la loi organique

109V. supra § 181.

3 – Les projets de loi

110[193] Signalons, pour son intérêt juridique et culturel, le projet de loi relatif aux musées de France déposé le 21 mars 2001. L’ambition du Gouvernement est, à travers ce texte, de mettre au point un véritable cadre juridique susceptible de s’appliquer aux musées relevant de l’État d’une autre personne morale de droit public ou d’une personne de droit privé à but non lucratif [136].

111Il convient de noter que le projet de loi portant réforme des tribunaux de commerce déposé par le Gouvernement fait très directement suite au rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’activité et le fonctionnement de ces mêmes tribunaux. Dès le premier paragraphe de son rapport, M.François Colcombet ( PS ) fait ce constat positif selon lequel « le projet de loi tendant à la réforme des tribunaux de commerce illustre parfaitement que l’exercice de son pouvoir de contrôle par l’Assemblée nationale peut conduire à une réforme législative d’envergure » [137].

4 – Les propositions de loi

112[194] Dans le cadre de l’ordre du jour réservé, le Sénat adopte le 18 janvier 2001, les conclusions de la commission des lois relatives à plusieurs propositions de loi concernant le statut des élus [138]. Le 29 mars, dans le cadre de l’ordre du jour réservé, le Sénat adopte une proposition de résolution de l’article 88-4 concernant la création d’Eurojust, discute deux questions orales européennes avec débat concernant la politique du fret ferroviaire et la politique européenne en matière de transports ainsi qu’une question orale avec débat sur la politique énergétique de la France [139].

113Parmi les diverses propositions de lois, signalons les deux suivantes :

  • la proposition de M. Armand Jung (député, PS ) tendant à adapter le droit local relatif à la chasse dans les zones périurbaines des départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle [140];
  • la proposition de loi de M. Michel Dreyfus-Schmidt (sénateur, PS ) tendant à la suppression du régime de l’offense à chef d’État étranger [141].

5 – L’article 38 de la Constitution

114[195] La loi n° 2001-1 du 3 janvier 2001 habilite le Gouvernement à transposer par ordonnances un nombre impressionnant de directives communautaires et à mettre en œuvre certaines dispositions de droit communautaire. Il s’agit certainement de la loi d’habilitation la plus importante, au moins par les textes concernés, jamais votée [142]. Dès la deuxième partie de février, les premières ordonnances prises en application de cette loi sont publiées :

  • ordonnance n° 2001-173 du 22 février 2001 : amélioration de la sécurité et de la santé des travailleuses enceintes, accouchées ou allaitantes, au travail ;
  • ordonnance n° 2001-174 du 22 février 2001 : protection des jeunes au travail ;
  • ordonnance n° 2001-175 du 22 février 2001 : amélioration de la sécurité et de la santé des travailleurs au travail ;
  • ordonnance n° 2001-176 du 22 février 2001 : comité d’entreprise européen et procédure d’information et de consultation dans les entreprises de dimension communautaire ;
  • ordonnance n° 2001-177 du 22 février 2001 : profession d’agent artistique ;
  • ordonnance n° 2001-178 du 22 février 2001 : mise en œuvre du principe d’égalité de traitement entre hommes et femmes dans les régimes professionnels de sécurité sociale [143];
  • ordonnance n° 2001-198 du 1er mars 2001 : dispositifs médicaux de diagnostic in vitro;
  • ordonnance n° 2001-199 du 1er mars 2001 : système général de reconnaissance des diplômes d’enseignement supérieur et des formations professionnelles [144];
  • ordonnance n° 2001-270 du 28 mars 2001 : protection contre les rayonnements ionisants [145];
  • ordonnance n° 2001-273 du 28 mars 2001 : taxation des poids lourds et régimes d’exploitation de certaines sociétés concessionnaires d’autoroutes [146].

115[196] Le Gouvernement dépose le 31 janvier 2001 le projet de loi portant ratification de l’ordonnance n° 2000-1249 du 21 décembre 2000 relative à la partie législative du code de l’action sociale et des familles [147]. Le 7 février 2001, le Gouvernement dépose le projet de loi portant ratification de l’ordonnance n°2000-1223 du 14 décembre 2000 relative à la partie législative du code monétaire et financier. Ce projet a non seulement pour objet de ratifier l’ordonnance, mais également de la compléter sur un certain nombre de points [148].

B – LA PROCÉDURE LÉGISLATIVE

1 – Les lois de finances : la réforme de l’ordonnance du 2 janvier 1959

116[197] La réforme de l’ordonnance du 2 janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de finances commence véritablement son parcours législatif le 7 février 2001 devant l’Assemblée nationale. Dans son rapport oral, M. Didier Migaud (rapporteur général de la commission des finances, rapporteur de la proposition, PS ) souligne le caractère exceptionnel de cet examen : « Il aura fallu lever un tabou, celui de l’intangibilité de l’ordonnance du 2 janvier 1959 ». Il souligne à cette occasion que 36 propositions de modification avaient été déposées depuis 1959 mais que seules les initiatives prises depuis 1997 ont permis de déboucher sur un examen en séance publique. De manière apparemment consensuelle, le rapporteur précise que le souci de réforme de l’ordonnance est partagé, au moins dans son principe, par la majorité sénatoriale et que le Président de la République a émis le souhait que « le travail actuellement engagé par l’Assemblée nationale et le Sénat débouche rapidement sur une réforme ambitieuse et, je n’en doute pas, consensuelle ».

117Du point de vue des objectifs, la proposition s’articule autour de deux éléments : d’une part, une amélioration de la gestion publique, en particulier « avec l’instauration de véritables programmes ministériels permettant de rompre avec la règle stérilisante de spécialisation des crédits par chapitres », d’autre part, le second aspect concerne directement le Parlement « à savoir l’exercice du pouvoir budgétaire du Parlement ». Dans ce cadre, il s’agit « de redonner toute la portée à l’autorisation budgétaire, d’accroître la lisibilité, la sincérité des lois de finances et d’établir un calendrier favorisant l’exercice, tout au long de l’année, de la fonction budgétaire du Parlement ». Dans la suite du débat, le président de la commission spéciale d’examen de la proposition de loi, qui n’est autre que M. Raymond Forni, président de l’Assemblée nationale, souligne qu’il s’agit d’une occasion historique à la célèbre trilogie des trois « L » du président Edgar Faure, léthargie, litanie, liturgie, il convient, selon le président Forni, de substituer désormais les trois « S » sincérité, stabilité, simplicité. Pour sa part, M. Henri Emmanuelli (président de la commission des finances, ancien ministre, ancien président de l’Assemblée nationale, PS ) considère que « la rénovation du travail parlementaire ne relève pas de l’incantation » et que ce débat redonne « du sens à un débat parlementaire ». Le Gouvernement, représenté par M. Laurent Fabius (ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, ancien Premier ministre, et président de l’Assemblée nationale) et M. Michel Sapin (ministre de la Fonction publique et de la réforme de l’État) encourage la réforme et le débat. Pour M. Fabius : « Nous avons décidé ensemble, après longue réflexion, de franchir le rubicond de la réforme budgétaire en modifiant profondément cette fameuse ordonnance, véritable constitution financière de la Ve République ». A la fin de son intervention, le ministre de l’Économie et des finances souligne qu’il convient que cette réforme soit votée en termes identiques par l’Assemblée nationale et le Sénat, conformément à l’article 46, alinéa 4, de la Constitution. De son côté, M. Michel Sapin considère que « la réforme de l’ordonnance de 1959 est une clé de la réforme de l’État ». La modernisation de la gestion publique repose en effet, selon lui, sur deux éléments indissociables, « l’autonomie et la responsabilité du gestionnaire des crédits publics ».

118

[198] Dans la discussion générale, les représentants des groupes de l’Assemblée nationale s’expriment de la manière suivante : M. Jacques Brunhes ( PC ) estime que « le texte de la proposition de loi paraît reposer sur un socle de principes contestables qui ont pour effet de promouvoir des avancées ambivalentes sinon contradictoires ». Il estime, en particulier, que la réforme de l’ordonnance, donc des pouvoirs financiers du Parlement, « suppose d’engager une modification préalable de la Constitution ». M. Jean-Jacques Jegou ( UDF ) considère que la proposition « constitue un réel progrès comparé à ce qui existait ». Il y manque pourtant, de l’avis de l’UDF, trois points fondamentaux : un article qui définit l’équilibre du budget de l’État ; l’application d’un plafond d’emprunt ; et enfin la non-fongibilité entre dépenses d’investissement et dépenses de fonctionnement. M. Georges Sarre (ancien ministre, RCV ) estime que la réforme de l’ordonnance « s’inscrit dans un contexte marqué par un recul très important de la souveraineté de la République française » et considère « qu’il convient d’aborder ce débat de façon constructive ». M. François Goulard ( RI ) considère que la réforme de la loi organique se situe à l’intersection de deux projets majeurs et très actuels non résolus « d’une part, l’équilibre des pouvoirs entre le Parlement et le Gouvernement qui appelle aujourd’hui une évolution en faveur du Parlement ; d’autre part, la nécessaire réforme de la manière aujourd’hui assez contestable dont l’État est géré ». M. Jean-Louis Idiart ( PS ) considère que « le moment est venu d’aboutir et de porter notre Parlement au niveau de tous les autres Parlements européens ». Il déclare que le groupe socialiste « votera la proposition de loi organique parce qu’il souhaite que la dépense publique soit plus efficace et mieux contrôlée ». M. Philippe Auberger (ancien rapporteur général du budget, RPR ) considère que « la proposition de loi présente des aspects tout à fait positifs, tant en ce qui concerne l’examen et le vote des lois de finances qu’en ce qui concerne l’amélioration de la gestion de l’État ». Il considère, par contre, que certains aspects fondamentaux ne sont pas pris en compte, tels la sincérité des prévisions de recettes, la notion d’équilibre, le niveau de la dette ou les modalités du droit d’amendement et d’adoption des crédits de la fonction publique. Au total « le travail qui a été fait n’est pas inutile, il est intéressant et constitue un progrès. Celui-ci est encore beaucoup trop insuffisant à nos yeux. Il s’agit en quelque sorte d’une symphonie inachevée. On souhaiterait la voir plus aboutie ». Le débat se poursuit le 8 février et se termine par l’adoption, à main levée, en première lecture, de la proposition de loi. Il appartient ensuite au Sénat d’examiner cette proposition et de se déterminer sur le point de savoir si sa majorité recherche le consensus ou, à l’inverse, bloque, pour des raisons politiques, cette réforme [149].

2 – Le génocide arménien

119[199] Après l’adoption par le Sénat, le 7 novembre 2000, de la proposition de loi tendant à déclarer que « la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915 », le texte vient en discussion à l’Assemblée nationale le 18 janvier 2001 dans le cadre de l’ordre du jour réservé à l’initiative parlementaire. Le débat reprend les thèmes connus. Le Gouvernement fait preuve de son habituelle prudence, M. Jean-Jacques Queyranne, ministre chargé des relations avec le Parlement, précisant : « Le vote que vous allez émettre aujourd’hui se prononce sur un passé douloureux. Il ne vaut ni pour le présent ni pour l’avenir. Il ne peut être un acte d’accusation pour aujourd’hui. Je le réaffirme au nom du Gouvernement. Notre amitié, tant avec le peuple arménien qu’avec le peuple turc est profonde ». En fin de compte, la proposition de loi est adoptée conforme à main levée, la présidente de séance constatant « que le vote est acquis à l’unanimité ». Le Journal officiel précise : « Tous les députés et les représentants du Gouvernement se lèvent et applaudissent très longuement ». Malgré le caractère non normatif de ce texte et les difficultés diplomatiques qu’il est susceptible d’entraîner avec la Turquie, le Président de la République choisit de le promulguer ne faisant usage ni de son droit de saisine du Conseil constitutionnel ni de la possibilité de demander au Parlement une deuxième délibération. La loi n° 2001-70 du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 est publiée au Journal officiel du 30 janvier 2001. Il s’agit peut-être, pour la première fois sous la Ve République, de la promulgation d’une loi qui n’a à aucun moment reçu le soutien actif du Gouvernement, même si celui-ci, à l’inverse, n’a pas fait usage des moyens dont il disposait pour s’y opposer [150].

3 – La discussion commune

120[200] La réforme des tribunaux de commerce et de la justice commerciale nécessite trois projets de loi (un projet organique et deux projets de loi ordinaire). La discussion qui commence le 27 mars 2001 à l’Assemblée nationale consiste en une discussion commune des trois textes à la fois [151].

II – LE CONTROLE PARLEMENTAIRE

A – LES DÉCLARATIONS DU GOUVERNEMENT

121[201] Le 17 janvier 2001, le Gouvernement prononce à l’Assemblée nationale une déclaration sur la décentralisation. Il s’agit pour lui de tirer les conséquences du rapport de la commission présidée par M. Pierre Mauroy. Dans l’esprit du Premier ministre, il s’agit « de lancer une nouvelle étape de décentralisation, une décentralisation citoyenne et solidaire » [152].

B – COMMISSIONS ET MISSIONS

122[202] La mission commune sur ce qui fait obstacle au contrôle et à la répression de la délinquance financière et au blanchiment des capitaux en Europe, après avoir publié ses monographies sur la Principauté du Liechtenstein et la Principauté de Monaco, s’intéresse à la Suisse. Sous le titre « La lutte contre le blanchiment des capitaux en Suisse : un combat de façade », le rapport présente des observations assez critiques, présentant la Suisse comme un prédateur de la finance mondiale et ses banques comme peu impliquées dans la lutte anti-blanchiment [153].

123La mission d’information sur les événements de Srebrenica entend les principaux responsables politiques et militaires français de 1995, certains à huis clos comme le général Bernard Janvier à la demande du ministère de la Défense [154].

C – LES QUESTIONS

124[203] De façon à ce que les députés et les ministres ne soient pas trop longs lors des séances de Questions au Gouvernement, un nouveau dispositif lumineux clignotant vient d’être mis en place. Le président de séance est habilité à le déclencher au bout de deux minutes 15 secondes [155]. A compter du 16 janvier 2001, l’ordre d’appel des questions au Gouvernement le mardi et le mercredi est modifié de façon à ce qu’il y ait, en alternance, un député de la majorité et un député de l’opposition [156].

D – LES OFFICES ET DÉLÉGATIONS PARLEMENTAIRES

125[204] La délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances du Sénat publie son rapport d’activités pour l’an 2000. Elle y fait part de ses observations à propos des textes examinés et consacre une deuxième partie à un important dossier sur la prostitution [157].

E – LES RELATIONS AVEC LA COUR DES COMPTES

126[205] M. Pierre Joxe, premier président de la Cour des comptes, dépose devant l’Assemblée nationale et le Sénat le 24 janvier 2001, le traditionnel rapport public annuel de la Cour des comptes. Dans ses interventions, M. Joxe évoque les relations de plus en plus fréquentes entre la Cour des comptes et les assemblées parlementaires et se fait également l’écho des travaux menés par le Parlement en vue de la refonte de l’ordonnance du 2 janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de finances. Devant l’Assemblée nationale, M. Joxe souligne que, si la réforme de l’ordonnance « n’est pas encore votée, une révolution démocratique silencieuse s’est déjà produite dans les esprits ». Devant le Sénat, le premier président de la Cour des comptes s’attarde beaucoup plus sur les aspects relatifs aux collectivités territoriales et évoque, à cette occasion, le projet de réforme du statut des magistrats des chambres régionales des comptes. Il souligne, en particulier, qu’il convient de ne pas tenter l’impossible « qui consisterait à vouloir faire à la fois la réforme du statut des magistrats et la réforme des chambres régionales des comptes », allusion à peine voilée au désir de certains sénateurs de mieux encadrer les pouvoirs des chambres régionales des comptes. Dans leur réponse, MM. Henri Emmanuelli (président de la commission des finances, ancien ministre, PS ) et Alain Lambert (président de la commission des finances, UC ) soulignent également la qualité des relations entre les deux assemblées et la Cour et se félicitent de l’accord du juge des comptes dans toutes les initiatives prises par le Parlement en vue d’améliorer le contrôle de l’emploi des finances publiques [158].

III – LE PARLEMENT ET L’EUROPE

A – LES ACTIVITÉS DES DÉLÉGATIONS POUR L’UNION EUROPÉENNE

127[206] Les traditionnels rapports de l’Assemblée nationale sur la mise en œuvre de l’article 88-4 méritent d’être signalés. Celui sur la fin du quatrième trimestre 2000 n’est publié que début janvier :

  • rapport de M. Gérard Fuchs ( PS ), vice-président de la délégation pour l’Union européenne [159];
  • rapport de M. Alain Barrau ( PS ), président de la délégation [160].

128Dans un rapport très documenté, en particulier sur le plan comparatif, M.Hubert Haenel (sénateur, président de la délégation pour l’Union européenne, RPR ) s’interroge sur les causes du déficit de transposition en France des directives européennes. Bien évidemment, les causes du retard de transposition sont multiples. Selon le rapporteur, il y a tout à la fois « un dysfonctionnement administratif et un manque de courage politique ». La proposition la plus significative consisterait à prévoir une inscription automatique à l’ordre du jour des assemblées des textes de transposition des directives européennes dès lors qu’est constatée une carence du gouvernement [161].

B – LA MISE EN ŒUVRE DE L’ARTICLE 88-4 DE LA CONSTITUTION

1 – À l’Assemblée nationale

129[207]

130— 7 février 2001 : résolution sur l’organisation des marchés dans le secteur du sucre : résolution considérée comme adoptée [162].

2 – Au Sénat

131[208]

132

  • 3 janvier 2001 : résolution concernant les dispositions relatives à l’heure d’été : résolution considérée comme adoptée [163].
  • 16 janvier 2001 : résolution relative à la création du dispositif de réaction rapide : résolution considérée comme adoptée [164].
  • 29 mars 2001 : résolution relative à la création d’Eurojust : adoption en séance publique [165].

SECTION IV – LE JUGE

§ 1 – LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL

I – L’INSTITUTION

A – LES NOMINATIONS

133[209] Le 26 février, trois nouveaux membres du Conseil constitutionnel sont nommés. Le Président de la République, M. Jacques Chirac, nomme M.Olivier Dutheillet de Lamothe, conseiller d’État, ancien secrétaire général adjoint de la présidence de la République, en remplacement de M. Georges Abadie ; M. Christian Poncelet, président du Sénat nomme Mme Dominique Schnapper (directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, sociologue), en remplacement de M. Alain Lancelot ; M. Raymond Forni, président de l’Assemblée nationale, nomme M. Pierre Joxe (Premier président de la Cour des comptes, ancien ministre, ancien député), en remplacement de Mme Noëlle Lenoir [166]. Ces nominations sont dans l’ensemble bien accueillies même si jusqu’alors les carrières publiques de Mme Schnapper et de M.Dutheillet de Lamothe ont été relativement discrètes. On signalera, pour la petite histoire, que M. Pierre Joxe est le premier membre du Conseil constitutionnel a être l’enfant d’un ancien membre du Conseil constitutionnel, M. Louis Joxe, membre de 1977 à 1989 [167].

B – LES POLÉMIQUES

134[210] En raison de plusieurs décisions peu appréciées par la majorité parlementaire, ou de certains faux pas dans le domaine de la communication, le Conseil constitutionnel fait l’objet, au début de l’année 2001, de certaines polémiques. Lors de l’échange des vœux à l’Élysée le 4 janvier 2001, le président Yves Guéna justifie la réplique publique diffusée au mois d’octobre 2000 à propos de la responsabilité pénale du Président de la République par l’argument suivant : « Pour une fois nous avons répliqué au seul motif que notre compétence et notre indépendance étaient mises en cause, et par qui donc, par l’une des trois autorités qui se partagent le pouvoir de nomination des membres du Conseil ». Pour sa part, le Président de la République souligne la rigueur avec laquelle le Conseil assure ses missions et estime qu’il s’agit « d’un rouage essentiel de nos institutions » [168].

135[211] A la suite de la censure par le Conseil constitutionnel des dispositions, comme l’allégement de la CSG ou l’écotaxe, certains députés socialistes mettent en cause le statut fiscal des juges constitutionnels estimant qu’il est anormal que 50 % de l’indemnité des juges constitutionnels soient encore considérés comme représentatifs de frais professionnels et, à ce titre, exonérés d’impôt sur le revenu. Après quelques passes d’arme, le groupe socialiste décide de ne pas donner suite à ces propositions d’amendements [169]. L’écho des décisions de fin 2000, le rappel de la censure par le Conseil constitutionnel des modalités d’application de la parité pour les communes de 2500 à 3500 habitants et la perspective, le moment venu, d’une décision à propos de la Corse, font, selon Le Monde, que « le Conseil constitutionnel est plongé dans la bataille de la cohabitation » [170].

136[212] Une nouvelle polémique éclate le 18 janvier à la suite de la publication sur le site Internet du Conseil constitutionnel d’un article anonyme, mais – dit-on – à l’auteur transparent pour les initiés [171], intitulé « La jurisprudence du Conseil constitutionnel en 2000 : un décalogue à l’usage du législateur ? ». Ce texte, écrit dans le style du décalogue biblique et dont son auteur, Solon, témoigne d’une remarquable connaissance de la jurisprudence du Conseil constitutionnel, avait été publié dans Les Petites Affiches. Se présentant sous la forme de conseils au législateur pour éviter la censure du juge constitutionnel, il est mal reçu par certains de ses destinataires potentiels, en particulier parce qu’il figure sur le site Internet du Conseil constitutionnel. Il en est d’ailleurs rapidement supprimé, le principe d’égalité voulant que le site officiel du Conseil ne donne pas une publicité particulière à certains articles publiés dans les revues spécialisées [172].

C – LA SITUATION DE L’ANCIEN PRÉSIDENT, M. ROLAND DUMAS

137[213] Il n’est point dans le rôle d’une chronique constitutionnelle de tenir le journal de toutes les péripéties judiciaires des personnes privées, même lorsqu’elles ont occupé de hautes fonctions politiques ou constitutionnelles. Il importe néanmoins de signaler les points de repère les plus significatifs. Le procès de M. Roland Dumas, ancien ministre, ancien président du conseil constitutionnel, s’ouvre le 22 janvier 2001 devant la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. On sait que M. Dumas est accusé de complicité et recel d’abus de biens sociaux pour avoir bénéficié des avantages accordés par le groupe Elf Aquitaine à son ancienne compagne, Mme Christine Deviers-Joncour. Les audiences successives de ce procès, dont la presse, par la force des choses, rend compte avec assiduité, naviguent entre le secret d’État, le secret d’alcôve, le secret des affaires, et peut-être tout simplement, le secret de la vie. En tout cas, l’arrestation, le 2 février, aux Philippines, de M. Alfred Sirven, ancien directeur des affaires générales d’Elf, et considéré comme l’un des hommes clés du dossier Dumas, intervient à point nommé pour suspendre le procès en attendant de savoir quel rôle M. Sirven pourra véritablement y tenir. Le procès reprend le 12 mars. Très rapidement, l’absence de M. Sirven qui, bien qu’inculpé, décide de ne pas y assister, pèse sur les débats. Le 19 mars, le procureur de la République requiert deux ans de prison ferme, une amende de 2,5 millions de francs et cinq ans d’interdiction des droits civiques, civils et de famille, ainsi que l’interdiction d’exercer toute fonction publique à l’encontre de M. Dumas. Pour sa part, le défenseur de l’ancien président du Conseil constitutionnel, le bâtonnier Jean-René Farthouat, s’efforce de démonter un par un tous les chefs d’inculpation et termine par : « Vous n’êtes pas le tribunal du jugement dernier, vous n’êtes pas le tribunal de la morale, il n’y a pas d’éléments pour le condamner » [173].

II – LES DÉCISIONS

138Pour l’analyse de la jurisprudence, se reporter à la Chronique « Jurisprudence du Conseil constitutionnel ».

A – LE CONTROLE DE CONFORMITÉ

1 – Les lois organiques

139[214]

140— décision n° 2000-438 DC du 10 janvier 2001 (amélioration de l’équité des élections à l’assemblée de la Polynésie française), conformité [174].

141— décision n° 2001-443 DC du 1er février 2001 (loi organique modifiant la loi du 6 novembre 1962 relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel), conformité. On remarquera que parmi les visas, le Conseil constitutionnel vise ses propres observations, qu’il s’agisse de celles des 23 avril et 7 mai 1995 ou du 22 juin 2000 [175].

2 – Les lois ordinaires

142[215]

143— décision n° 2000-440 DC du 10 janvier 2001 (adaptation au droit communautaire dans le domaine des transports), conformité [176].

144— décision n° 2000-439 DC du 16 janvier 2001 (archéologie préventive), conformité [177].

145On relèvera dans la décision n° 2000-440 DC la prudence du Conseil constitutionnel dans la mesure où seul l’article de la loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine des transports spécifiquement déféré au Conseil constitutionnel fait l’objet d’un brevet de conformité. Les autres dispositions liées à l’article en question (l’article 4) sont citées dans la décision pour soutenir le raisonnement de conformité. Dans sa décision n° 2000-439 DC le Conseil constitutionnel décerne un brevet de conformité aux articles 1er à 9 de la loi relative à l’archéologie préventive alors que seuls les articles 4 et 9, directement, et 5 et 7, indirectement, font l’objet de la saisine.

146Dans les deux cas, le considérant balai est rédigé de la manière suivante : « Considérant qu’il n’y a lieu pour le Conseil constitutionnel d’examiner d’office aucune question de conformité à la Constitution ».

B – L’ARTICLE 37

147[216]

148— décision n° 2000-191 L du 10 janvier 2001 (organisation interprofessionnelle des pêches maritimes et des élevages marins et organisation de la confiviculture), article 10 de la loi n° 91-411 du 2 mai 1991 : caractère réglementaire d’une expression [178].

C – LE CONTENTIEUX ELECTORAL ET LE STATUT DES PARLEMENTAIRES

1 – Les opérations préparatoires

149[217] Par deux requêtes enregistrées le 13 mars 2001, M. Stéphane Hauchemaille, dont le renom revient souvent dans les requérants en matière électorale, défère au Conseil constitutionnel d’une part, le décret du 22 février 2001 portant convocation des électeurs pour des élections partielles dans trois circonscriptions le 25 mars 2001; d’autre part, le décret du 8 mars 2001 portant application de la loi organique modifiée du 6 novembre 1962 relative à l’élection du président de la République.

150Ces deux requêtes ont fait l’objet, dès le lendemain 14 mars, de deux décisions distinctes du Conseil constitutionnel, l’une et l’autre de rejet. Dans la première décision, celle concernant les élections partielles, le Conseil constitutionnel rejette la requête se déclarant incompétent, sans même examiner ni la recevabilité, ni le fond de la requête. Il rappelle néanmoins que « le Conseil constitutionnel peut exceptionnellement statuer sur les requêtes mettant en cause la régularité des élections à venir dans la mesure où l’irrecevabilité qui serait opposée à ces requêtes, en vertu des articles 32 à 45 de l’ordonnance du 7 novembre 1958 (portant loi organique sur le

151Conseil constitutionnel) risquerait de compromettre gravement l’efficacité du contrôle par le Conseil constitutionnel de l’élection des députés ou des sénateurs, vicierait le déroulement général des opérations électorales ou porterait atteinte au fonctionnement normal des pouvoirs publics ». Aucune de ces hypothèses n’est remplie en cas d’élections législatives partielles dans trois circonscriptions.

152Dans la seconde décision, le Conseil constitutionnel reprend le même considérant et décide que « le décret contesté n’est pas propre à un scrutin déterminé mais fixe les règles permanentes et de portée générale applicables à l’élection du Président de la République au suffrage universel ». En conséquence, il appartient au juge naturel de l’excès de pouvoir, c’est-à-dire le Conseil d’État, de statuer [179]. Dans son commentaire de ces deux décisions, M. Jean-Éric Schoettl, conseiller d’État, souligne que la compétence juridictionnelle exceptionnelle du Conseil constitutionnel pour les actes préparatoires à des consultations électorales ne concerne ni les actes de portée permanente ni les actes accessoires ou portant sur des élections partielles. Selon l’éminent auteur « Il ne devrait plus y avoir à l’avenir ni conflit positif ni conflit négatif de compétence entre les deux ailes du Palais Royal » [180].

2 – Le contentieux des élections parlementaires

153[218]

154— décision n° 2000-2588 du 10 janvier 2001 (Assemblée nationale, Haut-Rhin, 6e circonscription) : inéligibilité de M. Jean-Claude Vinel [181].

3 – La situation des parlementaires

155[219]

156— décision n° 2001-13 D du 16 janvier 2001 (déchéance de M. Xavier Dugouin de sa qualité de sénateur) : constat de la déchéance de l’intéressé [182].

§ 2 – LA JUSTICE JUDICIAIRE

157[220] Début janvier, M. Michel Charasse (ancien ministre, sénateur, PS ) demande que des sanctions sévères soient prises contre des magistrats qui commettent des fautes. Il fait allusion à la demande des avocats de M. Jean-Chris-tophe Mitterrand qui estiment que le juge d’instruction a antidaté un acte de procédure. En réponse à M. Gilbert Mitterrand (député, PS ) qui les saisissait de certains éléments de la procédure relative à son frère Jean-Christophe, le procureur de Paris, M. Jean-Pierre Dintilhac, répond à l’intervenant « en faisant part de son étonnement, au motif qu’aucune disposition législative ne confère un droit d’intervention au frère d’une personne majeure impliquée dans une procédure pénale ». Le procureur rappelle à cette occasion que les questions soulevées par la défense de M. Jean-Christophe Mitterrand doivent être réglées par les lois judiciaires normales [183].

158Lors de la rentrée solennelle de la Cour de cassation, le 11 janvier, le premier président Guy Canivet et le procureur général Jean-François Burgelin, regrettent publiquement, en présence du Président de la République, les mises en cause personnelles qui sont effectuées à l’occasion de certaines affaires à l’encontre de différents magistrats [184].


Date de mise en ligne : 01/12/2008

https://doi.org/10.3917/rfdc.047.0573