La formation, un enjeu majeur pour la filière logistique
- Par Loïc Charbonnier
Pages 100 à 102
Citer cet article
- CHARBONNIER, Loïc,
- Charbonnier, Loïc.
- Charbonnier, L.
https://doi.org/10.3917/admi.275.0100
Citer cet article
- Charbonnier, L.
- Charbonnier, Loïc.
- CHARBONNIER, Loïc,
https://doi.org/10.3917/admi.275.0100
L’AFTRAL est le principal acteur de formation en logistique, avec 280 000 personnes formées, dont 30 000 qualifiées et insérées dans l’emploi chaque année. La logistique représente aussi des métiers d’encadrement, du bac + 2 au bac + 6 en Transport, Douane, Transit aérien et maritime, et Entreposage. AFTRAL mobilise des moyens supplémentaires et des méthodes innovantes en lien avec les acteurs de l’insertion, soutenus par une large communication digitale.
1 La logistique est un formidable secteur pour accéder à l’emploi, pouvez-vous préciser les opportunités proposées ?
2 Loïc CHARBONNIER : On peut penser de prime abord que la logistique consiste principalement à manipuler des cartons. Au contraire, il est difficile de mesurer combien cette activité mobilise de compétences multiples, en termes d’organisation, de planification, de méthodes, de gestion, de management, etc. Pour qu’un colis commandé le jour J arrive chez son destinataire à J+1, pour permettre un approvisionnement en juste-à-temps de l’industrie ou de la distribution, c’est toute une chaîne de compétences qui est mobilisée, avec des outils digitaux omniprésents tout au long de la supply chain. Et, pour garantir sa fiabilité, les opérateurs devront être formés aux outils, aux méthodes et maîtriser les gestes de la prévention.
3 La logistique offre d’abord des opportunités d’emploi au niveau opérateur à un public peu qualifié, qui va pouvoir, au travers d’un CACES, d’un Titre Professionnel ou d’un Bac Pro Logistique, accéder à un premier emploi ou revenir dans l’emploi. Ainsi, selon les publics, l’emploi est accessible au bout d’une durée d’une semaine de formation (CACES), d’un mois et demi (Titres) ou plus pour les jeunes en apprentissage. La formation sera axée sur les gestes et les comportements professionnels (les softs skills), l’utilisation des outils informatiques de préparation de commande, la pratique professionnelle des différents chariots élévateurs ou encore la maîtrise des risques dans l’entrepôt. Avec près de 30 000 qualifications réalisées sur 120 villes en France, AFTRAL a voulu réduire les distances d’accès à la formation, condition nécessaire pour des publics à faibles revenus.
4 La baisse du nombre de demandeurs d’emploi conduit à accueillir des publics plus éloignés de l’emploi. Nous proposons ainsi des parcours comportant un sas préparatoire à la qualification, avec des partenaires comme les EPIDE, les Écoles de la deuxième chance, les Apprentis d’Auteuil, etc. L’objectif est de garantir la réussite de la qualification, au travers d’une « remobilisation » axée sur les soft skills et d’une vérification du projet professionnel.
5 Les publics MNA (mineurs non accompagnés) ou les réfugiés, via l’OFII avec qui nous avons signé un partenariat national, peuvent aussi bénéficier de ces parcours de préparateurs de commande, où une maîtrise minimum du français est nécessaire.
6 Des évolutions de carrière sont ensuite possibles dans plusieurs directions, comme notamment un premier niveau d’encadrement (chef de quai) ou vers la conduite routière.
7 La VAE est proposée et est désormais accessible avec un an d’expérience au lieu de trois, depuis la loi Avenir Professionnel de 2018.
8 La construction de parcours innovants d’accès à l’emploi se développe dans tous les groupes de logistique. Je citerai les démarches de VAE menées par Kuehne et Nagel, qui ont vu des collaborateurs recevoir avec émotion le tout premier diplôme de leur vie professionnelle, mais aussi des parcours de conducteurs proposés à des préparateurs de commande chez STEF, réelle opportunité d’évolution professionnelle, ou encore des élèves des Apprentis d’Auteuil qui poursuivent leur parcours chez AFTRAL pour acquérir une qualification métier en logistique, notamment pour FM ou ID Logistics.
9 Ces démarches nécessitent des partenariats construits dans la durée entre les acteurs, qui doivent se faire confiance et régler au quotidien les nombreuses difficultés de tous ordres qui peuvent se présenter (social, discipline, …), pour éviter la rupture en cours de formation. C’est aussi un engagement fort de la part des entreprises qui assurent un accompagnement de leurs futurs salariés et interviennent dans la formation avec leurs moniteurs.
10 La logistique s’inscrit donc comme un secteur offrant de réelles opportunités pour l’insertion professionnelle.
11 Le secteur offre-t-il également des opportunités pour les étudiants ?
12 Tout à fait. Aujourd’hui, de nombreuses écoles proposent des parcours allant jusqu’au Bac + 5, tant au niveau des écoles d’ingénieur que des écoles de commerce. Notre école supérieure ISTELI accueille près de 3 000 étudiants post bac sur des Titres Professionnels et BTS allant jusqu’au Bac + 6 (mastère spécialisé de l’École des Ponts et Chaussées réalisé avec AFTRAL). Nous distinguons une filière « Transport », orientée vers les métiers de l’organisation des flux de transport, de la douane et de l’overseas (flux internationaux et multimodaux, maritimes ou aériens), et une filière « Logistique » pour les activités d’entreposage de la distribution ou de l’industrie. Les profils sont divers, certains poursuivent après un enseignement universitaire pour acquérir un métier, d’autres viennent des langues avec une appétence pour l’international, d’autres encore ne trouvent pas de travail après un bac + 5 et reviennent faire un bac + 2 ou un bac + 3 à l’ISTELI, pour apprendre un métier et s’orienter vers un secteur qui recrute.
13 Là encore, l’ISTELI propose un modèle décentralisé avec 28 campus, entre 60 et 500 élèves, facilitant l’alternance dont plus de 80% de nos élèves bénéficient désormais. A l’issue, l’accès au CDI est supérieur à 95% !
14 La particularité de nos filières supérieures est de proposer à la fois une formation généraliste en gestion, management et commerce, donnant les bases nécessaires à de belles carrières, et toute la dimension métier, tant en transport qu’en logistique, qui permet d’être opérationnel très rapidement. Les cours sont soutenus par une équipe pédagogique et dispensés notamment par des professionnels en activité, garantissant des contenus adaptés à la réalité métier.
15 Quels ont été les apports de la réforme de l’apprentissage ?
16 En ouvrant l’offre de formation, et en garantissant le financement des formations au coût du contrat, elle a permis de proposer de nouvelles offres, dans plus de villes. Les CFA AFTRAL sont ainsi passés de 4 000 à plus de 8 000 apprentis en l’espace de trois ans. On perçoit aujourd’hui chez les jeunes une demande qui s’oriente de plus en plus vers l’apprentissage, compte tenu de ses avantages : obtention d’une première expérience professionnelle, gratuité de la formation et rémunération. La dimension « apprentissage, voie de la réussite » est de plus en plus présente. La baisse du chômage des jeunes, une tendance récente en France, en est une des conséquences.
17 Malgré toutes ces évolutions positives, les entreprises peinent à recruter, quelle est votre analyse sur ce point ?
18 Effectivement, nous connaissons une augmentation des volumes d’activités de transport et de logistique dans notre pays. Le développement du e-commerce et le niveau d’activité général des entreprises génèrent des besoins supplémentaires. Rien que dans la branche transport, on note un accroissement des effectifs de 3%, ce qui représente 20 000 créations d’emplois supplémentaires par an, auquel il faut ajouter 40 000 renouvellements naturels. L’accès au métier nécessite une qualification, ce qui implique pour les organismes de formation et les entreprises, de trouver des candidats au métier.
19 Force est de constater que la demande entreprise qui nous est adressée est plus forte, alors que la difficulté à trouver des candidats s’accroît.
20 Comme d’autres secteurs, ceux du transport et de la logistique ne sont pas bien connus, alors qu’ils offrent des débouchés épanouissants. Chaque jour, pour les salariés, des situations nouvelles apparaissent, de nouveaux contacts sont pris, on ne s’y ennuie jamais et la contribution à l’optimisation énergétique est une réalité. Cela correspond à ce que de nombreuses personnes recherchent. Mais la connaissance de ce fonctionnement, cette complexité, cette réalité sont mal connus. Nous avons un travail très important de présentation, d’explication à faire, à la fois en macro, auprès du grand public, mais aussi en micro, au niveau local, des villes, des quartiers, en face à face avec chaque candidat.
21 Par la force des choses, nous consacrons des moyens de plus en plus importants à cette mission de « sourcing », avec des personnels chargés du recrutement des candidats et une large communication. Nous y consacrons un budget de 8 millions d’euros par an, contre 1 million d’euros il y a cinq ans, c’est considérable. La mise en place de liens renforcés avec de nombreux acteurs tels que les missions locales, les conseillers Pôle Emploi, les Cap Emploi, les associations, etc. permet de trouver des réponses, mais pas dans les proportions attendues par les entreprises. Il y a certainement à repenser l’orientation d’une part et le marché du travail d’autre part, au regard de ce contexte d’emplois non satisfaits. L’autre défi est plus interne à l’entreprise, compte tenu des attentes des salariés en matière d’organisation du travail. Là aussi, AFTRAL pourra les accompagner dans ces évolutions avec la formation de leur encadrement !