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« L’affaire Papinien » : une controverse humaniste sur fond de guerres de religion

Pages 505 à 530

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  • Tappy, D.
(2020). « L’affaire Papinien » : une controverse humaniste sur fond de guerres de religion. Dans
  • N. Cornu-Thénard,
  • A. Mergey
  • et S. Soleil
La controverse : Études d'histoire de l'argumentation juridique (p. 505-530). Société de législation comparée. https://doi.org/10.3917/slc.cornu.2020.01.0505.

  • Tappy, Denis.
« “L’affaire Papinien” : une controverse humaniste sur fond de guerres de religion ». La controverse Études d'histoire de l'argumentation juridique, Société de législation comparée, 2020. p.505-530. CAIRN.INFO, droit.cairn.info/la-controverse--9782365170932-page-505?lang=fr.

  • TAPPY, Denis,
2020. « L’affaire Papinien » : une controverse humaniste sur fond de guerres de religion. In :
  • CORNU-THÉNARD, Nicolas,
  • MERGEY, Anthony
  • et SOLEIL, Sylvain,
La controverse Études d'histoire de l'argumentation juridique. Société de législation comparée. Colloques, p.505-530. DOI : 10.3917/slc.cornu.2020.01.0505. URL : https://droit.cairn.info/la-controverse--9782365170932-page-505?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/slc.cornu.2020.01.0505


Notes

  • [1]
    Cette qualification traditionnelle semble ne remonter qu’à la fin du Moyen Âge, mais peut s’appuyer sur de nombreux passages des codifications de Justinien qui qualifient Papinien de vir prudentissimus (C. 5, 71, 14), de vir disertissimus (C. 6, 25, 10 pr.) d’acutissimi ingenii vir et merito ante alios excellens (C. 6, 42, 30), etc. (pour un inventaire plus complet des qualificatifs élogieux de Papinien dans les codifications de Justinien, v. E. COSTA, Papiniano. Studio di storia interna del diritto romano, vol. I, Bologne, N. Zanichelli, 1894, p. 370 et s.) ainsi que sur la « loi des citations » de 426 (Code théodosien, I, 4, 3) qui donne en justice, en cas d’égalité, la prépondérance aux avis de cet homme « d’un génie supérieur » (excellentis ingenii vir).
  • [2]
    Depuis les travaux d’Hermann Dessau à la fin du xixe siècle et plus récemment d’André Chastagnol, auteur de la dernière édition critique de l’Histoire Auguste, il est tenu pour acquis que Spartien est un auteur fictif, derrière le nom duquel se cachent un ou plusieurs historiens inconnus du ive ou du ve siècle.
  • [3]
    A. CHASTAGNOL (dir.), « Vie de Caracalla », in Histoire Auguste, Paris, R. Laffont, 1994, p. 414 et s. : « Scio de Papiniani nece multos ita in litteras retulisse, ut caedis non adsciverint causam, aliis alia referentibus ; sed ego malui varietatem opinionum edere quam de tanto viri caede reticere. Papinianum amicissimum fuisse imperatori Severo […] et huic praecipue utrumque filium a Severo commendatum […] Multi dicunt Bassianum occiso fratre illi mandasse, ut et in senatu pro se et apud populum facinus dilueret, illum autem respondisse non tam facile parricidium excusare quam fieri ».
  • [4]
    Ibid., p. 416 : « Est etiam haec fabella, quod dictare noluerit orationem, qua invehendum erat in fratrem, ut causa eius melior fieret, qui occiderat ; illum autem negantem respondisse aliud esse excusare parricidium, aliud accusare innocentem occisum. Sed hoc omnino non convenit nam neque praefectus poterat dictare orationem et constat eum quasi fautorem Getae occisum ».
  • [5]
    A. VICTOR, Livre des Césars, édition P. DUFRAIGNE, Paris, Les Belles Lettres, 1975, p. 29 et s. : « Quae victoria Papiniani exitio foedior facta, ut sane putant memoriae curiosi ; quippe quem fuerunt illo temporis Bassiani scrinia curavisse, monitumque uti mos est, destinanda Romam quam celerrime componeret, dolore Getae dixisse haudquamquam pari facilitate velari parricidium, qua fieret : idcirco morte affectum. Sed haec improbe absurda sunt ».
  • [6]
    Ces autres versions de la mort de Papinien, fournies déjà par l’Histoire Auguste elle-même dans les vies de Septime Sévère et de Geta ainsi que par le presque contemporain des faits Dion Cassius, puis par l’historien du ve ou du vie siècle Zosime et enfin beaucoup plus tard par les Byzantins Xiphilin et Zonaras, qui écrivaient aux xie et xiie siècle mais disposaient peut-être de sources antiques aujourd’hui perdues, sont pour l’essentiel reproduites et analysées par E. COSTA, Papiniano. Studio di storia…, op. cit., p. 14 et s. V. aussi plus récemment O. BEHRENDS, « Papinians Verweigerung oder die Moral eines Juristen », in U. MÖLK (dir.), Literatur und Recht. Literarische Rechtsfälle von der Antike bis in die Gengenwart, Göttingen, Wallstein Verlag, 1996, p. 243 et s., spécialement p. 253 et s. ; F. FERNANDEZ DE BUJAN, « Aemilius Papinianus : analisis prosopografico y jurisprudencial », in J. L. LINARES et al. (dir.), Liber amicorum Juan Miquel. Estudios romanisticos con motivo de su emeritazgo, Barcelone, Universitat Pompeu Fabra, 2006, p. 321 et s., spécialement p. 333 et s.
  • [7]
    Sur l’image de Papinien chez les auteurs chrétiens de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen Âge, v. not. F. FERNANDEZ DE BUJAN, « Aemilius Papinianus : analisis prosopografico y jurisprudencial », op. cit., p. 341.
  • [8]
    BOETHIUS, « III : Consolatio », in The Theological Tractates ; the Consolation of Philosophy, Londres, William Heinemann Ltd, 1973, p. 250 et s. : « Papinianum diu inter aulicos potentem militum gladiis Antoninus objecit ». Sur le rôle dudit passage de Boèce pour l’image ultérieure de Papinien, v. not. H.-J. SCHINGS, « Grossmüttiger Rechts-Gelehrter Oder Sterbender Aemilius Paulus Papinianus », in G. KAISER (dir.), Die Dramen des Andreas Gryphius. Eine Sammlung von Einzelinterpretationen, Stuttgart, J. B. Metzler, 1968, p. 170 et s., spécialement p. 182 et s.
  • [9]
    On trouve dans l’Ancienne Pinacothèque de Munich un tableau représentant Papinien dans un groupe de saints chrétiens, v. F. FERNANDEZ DE BUJAN, « Aemilius Papinianus : analisis prosopografico y jurisprudencial », op. cit., p. 341.
  • [10]
    On peut considérer comme marquant l’aboutissement sur ce point des développements des romanistes médiévaux et des premiers humanistes la vie de Papinien que le juriste italien Tommaso Diplovatazio a inséré au début du xvie siècle dans son ouvrage De claris iuris consultis (édition critique par H. KANTOROWICZ et F. SCHULZ, Berlin, 1919 et 1968, II, p. 269 et s., spécialement p. 273 et s. sur la mort de Papinien, avec de nombreuses références allant de la Grande Glose à Ange Politien).
  • [11]
    G. VAN DEN BERGH, « Jurists against Tyranny. Some Reflections on the Role of Jurists in the Bourgeois Revolutions », Index, n° 22, 1994, p. 543 et s., spécialement p. 551 ; O. BEHRENDS, « Papinians Verweigerung oder die Moral eines Juristen », op. cit., p. 248.
  • [12]
    Melanchthon, qui s’est beaucoup inspiré de Papinien pour ses développements sur le droit et l’équité, a notamment repris le récit traditionnel de sa mort dans son ouvrage De dignitate legum, v. W. KÜHLMANN, « Der Fall Papinian. Ein Konfliktmodell absolutischer Politik im akademischen Schrifttum des 16. und 17. Jahrhunderts », Daphnis. Zeitschrift für mittlere deutsche Literatur, n° 11, 1982, p. 232, n° 26.
  • [13]
    V. not. ibid. ; O. BEHRENDS, « Papinians Verweigerung oder die Moral eines Juristen », op. cit., p. 551. Sur la vie et l’œuvre de Wesenbeck, v. désormais surtout R. FEENSTRA, « Matthäus Wesenbeck (1531-1586) und das römisch-holländische Recht (mit einer Bibliographie seiner juristischen Schriften) », in H. LÜCK, H. DE WALL (dir.), Wittenberg. Ein Zentrum europäischer Rechtsgeschichte und Rechtskultur, Cologne, Böhlau, 2006, p. 175 et s.
  • [14]
    Le mot « monarchomaque », péjoratif au départ, remonte à un écrit de 1600 du juriste d’origine écossaise Guillaume Barclay, dénonçant les auteurs, catholiques et protestants, qui voulaient selon lui détruire la puissance royale. Bien qu’il ait été fréquemment critiqué (en dernier lieu par J. RACINE ST-JACQUES, L’honneur et la foi. Le droit de résistance chez les réformés français (1536-1581), Genève, Droz, 2012, p. 193 et s.), ce terme s’est aujourd’hui enraciné de manière irréversible pour désigner les théoriciens du droit de résistance de la fin du xvie siècle.
  • [15]
    La Franco-Gallia est parue d’abord en latin (Francisci Hotomani Jurisconsulti Francongallia, Genève, 1573 ; édition critique moderne accompagnée d’une traduction anglaise par R. E. GIESEY et J. H. M. SALMON, Cambridge, Cambridge University Press, 1972), puis en français (F. HOTMAN, La Gaule françoise, Cologne, 1574 ; fac-similé précédé d’une introduction critique par A. LECA, Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 1991). Sur les vaines tentatives de l’ambassadeur de France en Suisse pour faire interdire l’impression de cet ouvrage à Genève, v. en dernier lieu I. JOSTOCK, La censure négociée. Le contrôle du livre à Genève. 1560-1625, Genève, Droz, 2007, p. 161 et s.
  • [16]
    Bien qu’il ait probablement été rédigé initialement en latin, Du droit des magistrats est paru d’abord en français, probablement à Heidelberg (Du droit des magistrats sur leurs sujets. Traitté tres-neccessaire en ce temps, pour advertir de leur devoir, tant les Magistrats que les subjets…, s. l., 1574 ; fac-similé avec introduction critique par M. MARABUTO, Saint-Julien l’Ars, Imprimerie Monastique, 1968, et édition critique avec texte modernisé par R. M. KINGDON, Genève, Droz, 1970), puis en latin (De Jure Magistratuum in Subditos et officio subditorum erga Magistratus. Tractatus brevis et perspicuus his turbulentis temporibus utrique ordini apprime necessarius…, Lyon, 1576 ; édition moderne avec texte modernisé par K. STURM, Neukirchen-Vluyn, Neukirchener Verlag, 1965). Sur les difficultés relatives à l’impression de cet ouvrage, là aussi en raison de démarches, celles-ci couronnées de succès, de l’ambassadeur de France en Suisse pour en faire interdire la parution à Genève, v. I. JOSTOCK, La censure négociée. Le contrôle…, op. cit., p. 163 et s.
  • [17]
    L’ouvrage est paru d’abord en latin (Vindiciae contra tyrannos sive de Principis in Populum, Populique in Principem legitima potestate Stephano Junio Bruto Celta Auctore, Edimbourg [adresse fictive], 1579 ; édition critique moderne et traduction en anglais par G. GARNETT, Stephanus Junius Brutus the Celt, Vindiciae contra tyrannos or concerning the legitimate power of a prince over the people and of the people over a prince, Cambridge, Cambridge University Press, 1994), puis en français (E. J. BRUTUS, De la puissance legitime du Prince sur le peuple, et du peuple sur le Prince, 1581 ; fac-similé précédé d’une introduction critique par A. JOUANNA et al., Genève, Droz, 1979). L’identification du ou des auteurs dissimulés sous le pseudonyme de « Brutus » est l’objet de spéculations depuis le xvie siècle jusqu’à nos jours. Même si d’autres noms ont été proposés, les chercheurs les plus récents penchent pour Duplessis-Mornay, peut-être en collaboration avec Hubert Languet, v. not. H. DAUSSY, Les Huguenots et le roi : le combat politique de Philippe Duplessis-Mornay (1572-1600), Genève, Droz, 2002, p. 228 et s. ; P.-A. MELLET, Les traités monarchomaques. Confusion des temps, résistance armée et monarchie parfaite (1560-1600), Genève, Droz, 2007, p. 9 et s.
  • [18]
    Sur ce corpus et plus spécialement sur les « Monarchomach triumvirs » v. P.-A. MELLET, ibid., p. 64 et s.
  • [19]
    V. De iure magistratuum, édition K. STURM, op. cit., p. 31 : « Edicitne magistratus ut id agas, quod Deus prohibet […] Tum recte officio fungeris, si mandatum eiusmodi non fueris executus. Sicut de clarissimo iurisconsulto Papiniano legimus, qui etsi Christianus non erat, maluit tamen a tyranno Caracalla occidi, quam fratricidium, quod patrarat, vel probare, vel suo patrocinio defendere » ; ou en version française Du droit des magistrats, édition R. M. KINGDON, op. cit., p. 6 : « Si doncques ton magistrat te commande de faire ce que Dieu te defend […] tu fais ton devoir refusant d’executer un tel acte ; comme nous lisons avoir esté fait par cet excellent jurisconsulte Papinian lequel, encores qu’il ne feust Chrestien, aima mieux estre tué par le tyran Caracalla que de maintenir et defendre le meurtre qu’icelui avoit fait de son propre frère ».
  • [20]
    Sur cet écrit, v. en dernier lieu D. TAPPY, « Un ouvrage monarchomaque peu connu : le traité de “Pierre Favre”, alias Lambert Daneau, sur le droit de prendre les armes (1575) », Mémoires de la Société pour l’Histoire du Droit et des Institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands, n° 69, 2012, p. 69 et s., spécialement p. 73 et s.
  • [21]
    Lettre du 3 mars 1573 au réformateur zurichois Henri Bullinger, traduite par R. DARESTE, « Dix ans de la vie de François Hotman (1563-1573) », Société de l’histoire du protestantisme français, Bulletin historique et littéraire, n° 25, 1876, p. 529 et s., spécialement p. 543 : « Portus et Bèze répondront à ces chiens lâchés par la Cour, qui maudiraient Dieu pour de l’argent […] Papinien disait autrefois : il est plus facile de commettre un parricide que de l’excuser, lorsque, après le meurtre de Geta par l’impie Caracalla, il refusait à ce dernier d’en faire l’apologie. Si Carpentier avait été bon jurisconsulte, il aurait mieux aimé imiter le courage de Papinien que le langage prostitué de Balaam ».
  • [22]
    F. DE LA NOUE, Discours politiques et militaires, publiés avec une introduction et des notes par F. E. SUTCLIFFE, Genève, Droz, 1967, discours X, p. 253 et s. : « Je suis encore contraint de représenter deux remarquables exemples de deux payens […] le second, qui peut servir aux particuliers, est du grand jurisconsulte Papinian, auquel l’empereur Bassian [c’est-à-dire Caracalla, surnommé ainsi mais dont l’appellation officielle était Marcus Aurelius Antoninus Bassianus] son maistre commanda de dresser un escrit pour le justifier du meurtre de Geta son frere. Mais il en fit refus, disant qu’il n’estoit pas si aisé d’excuser un parricide que de le commettre. Et combien qu’il lui en cousta la vie, si a-il laissé à la posterité un tesmoignage de son cœur magnanime, d’aimer plustot mourir que d’approuver et defendre une execrable meschanceté ». Sur ledit ouvrage, v. en dernier lieu S. TESTONI BINETTI, « Etica e politica nei Discours du François de La Noue (15311591) », in C. MALANDRINO et L. SAVARINO (dir.), Calvino e il calvinismo politico, Turin, Claudiana, 2011, p. 49 et s.
  • [23]
    Il n’y a probablement pas de juriste français du xvie siècle sur la vie et les œuvres duquel il ait été plus écrit que Bodin. Pour les écrits antérieurs au xxie siècle, on peut renvoyer à M.-D. COUZINET, Jean Bodin, Paris, Memini, coll. « Bibliographie des écrivains français », n° 23, 2001. Pour la bibliographie récente, H. A. LLOYD, The Reception of Bodin, Leyde, Brill, 2013, p. 417 et s. ou l’article de M. TURCHETTI, « Jean Bodin », Stanford Encyclopedia of Philosophy, périodiquement mis à jour (la dernière fois le 30 juillet 2018). Sur sa biographie, pour laquelle l’étude ancienne et parfois dépassée mais détaillée de R. CHAUVIRÉ, Jean Bodin auteur de la « République », Paris, 1914, reste utile, v. plus récemment M.-D. COUZINET, « Notice biographique sur Jean Bodin », in Y.-C. ZARKA (dir.), Jean Bodin. Nature, histoire, droit et politique, Paris, Presses universitaires de France, 1996, p. 233 et s. ou en anglais K. D. MACRAE, « Bodin’s career », in J. BODIN, The Six Books of a Commonweale, op. cit., p. A3 et s. L’étude de P. L. ROSE, Jean Bodin and the Great God of Nature : The Moral and Religious Universe of a Judaiser, Genève, Droz, 1980, reprend certes en détail la vie de Bodin, mais sur la base d’hypothèses selon nous aventurées au sujet de ses éventuelles vues prophétiques.
  • [24]
    Les Six livres de la République sont parus d’abord en français (J. BODIN, Les Six livres de la République, Paris, 1576) avec une épitre dédicatoire à Guy Faur de Pibrac, puis en latin (I. BODINI, Galli, De Republica libri sex, Paris, 1586) et ont tout de suite connu un très grand succès, avec en quelques décennies plusieurs dizaines de rééditions dans l’une ou l’autre de ces deux langues et des traductions en italien, en espagnol, en allemand et en anglais, v. R. CRAHAY, M.-T. ISAAC et M.-T. LENGER, Bibliographie critique des éditions anciennes de Jean Bodin, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1992, p. 93 et s. À la fin de l’Ancien Régime la notoriété de l’ouvrage diminue et il n’est plus publié que sous forme d’extraits ou d’abrégés. Des éditions critiques modernes ont paru ou sont en cours dans plusieurs langues. L’édition bilingue français-latin entreprise par Mario Turchetti et Nicolas de Araujo, avec une préface de Quentin Skinner (Les Six Livres de la République/De Republica libri sex, Paris, Classiques Garnier, 2013) n’a malheureusement pour l’instant pas dépassé le livre premier. Le passage qui nous intéresse (que nous citons d’après la première édition française de 1576, consultable aujourd’hui sur Internet), se trouve en version papier récente dans la reproduction anastatique de l’édition française parue à Lyon en 1593-1594 publiée par C. FRÉMONT, M.-D. COUZINET et H. ROCHAIS, Corpus des œuvres de Philosophie en langue française, Paris, Fayard, 1986, p. 105 et s. Le passage correspondant de la 1re édition latine de 1586 (elle aussi consultable sur Internet), p. 294, est notamment reproduit, daté par erreur de 1584, par K.-H. HABERSETZER, Politische Typologie und dramatisches Exemplum. Studien zum historischen-ästhetischen Horizont des barocken Trauerspiels am Beispiel von Andreas Gryphius Carolus Stuardus und Papinianus, Stuttgart, J. B. Metzler, 1985, p. 92.
  • [25]
    Un titre marginal en gros caractères dans la première édition de 1576 résume ce passage par « Il vaut mieux quitter l’estat que d’obeir à chose qui soit contraire à la loy de nature ».
  • [26]
    Un appel de note n° 8 dans la première édition de 1576 renvoie à cet endroit à une note marginale en petits caractères citant « Spartian », sans autre indication, par quoi il faut comprendre le passage de l’Histoire Auguste mentionné au début de la présente contribution.
  • [27]
    Selon l’Histoire Auguste toujours, Papinien était un grand ami et peut-être même un allié par sa seconde femme de Septime Sévère (amissimum fuisse imperatori Severo et, ut aliqui loquuntur, adfinem etiam per secundam uxorem), ce qui expliquerait le rôle quasi-tutélaire vis-à-vis de ses fils que ledit empereur lui aurait confié en mourant, v. E. COSTA, Papiniano. Studio di storia…, op. cit., p. 10 et s. Cela peut justifier la qualification de prince du sang retenue par Bodin, même si ce lien d’alliance, mal défini (faut-il comprendre la seconde femme de Septime Sévère, soit Julia Domna, la mère de Geta et Caracalla, ce qui ferait aussi de Papinien un allié de ces deux princes, ou la seconde femme du jurisconsulte ?) et donné pour incertain même par la source unique qui en parle, n’est généralement pas considéré comme véritable par les spécialistes modernes, v. en dernier lieu U. BABUSIAUX, Papinians Quaestiones. Zur rhetorischen Methode eines spätklassischen Juristen, Munich, Verlag C. H. Beck, 2011, p. 2 et s.
  • [28]
    Un appel de note n° 9 dans la première édition de 1576 renvoie à cet endroit à une note marginale en petits caractères citant « Tranquil. In Nerone et Tacit. Lib. 14 », par quoi il faut comprendre d’une part SUÉTONE (Caius Suetonius Tranquillus), La vie des douze Césars, « Vie de Néron », 34, et d’autre part TACITE, Annales, XIV, 3 et s. L’un et l’autre racontent que Néron, après avoir vainement tenté de faire périr sa mère Agrippine dans un naufrage pouvant passer pour un accident, dont elle réchappa cependant, la fit tuer. Tacite indique effectivement qu’après avoir appris qu’Agrippine avait survécu au naufrage précité, Néron avait demandé l’avis de ses mentors Sénèque et Burrus et que ceux-ci ne l’avaient pas dissuadé d’achever ses projets matricides, apparemment dans l’idée qu’étant allé si loin Néron ne pouvait plus reculer, voire lui auraient conseillé d’en charger Anicetus, un affranchi qui avait déjà monté la tentative précédente ; Tacite laisse entendre un peu plus loin que Sénèque aurait rédigé la lettre au Sénat par laquelle Néron avait ensuite justifié la mort de sa mère par une tentative d’assassinat qu’elle-même aurait perpétrée contre lui (ibid., XIV, 10 et 11). L’opposition à cet égard entre l’attitude de Sénèque, acceptant de justifier le parricide de Néron, et celle de Papinien, refusant d’en faire de même en faveur de Caracalla, a évidemment été constamment relevée dès la fin de l’Antiquité et il se peut même que le refus de Papinien, à supposer qu’il se soit agi d’une légende, ait été imaginé précisément par antithèse avec l’acceptation du premier.
  • [29]
    V. not. J. H. M. SALMON, « Bodin and the Monarchomachs », in H. DENZER (dir.), Jean Bodin, Verhandlungen der internationalen Bodin Tagung in München, Munich, C. H. Beck, 1973, p. 359 et s.
  • [30]
    Sur cette édition, qui n’est sauf erreur pas disponible sur Internet mais dont il existe un exemplaire à Lausanne que nous avons pu consulter, v. G. CARDASCIA, « Sur une édition genevoise de la République de Jean Bodin », Humanisme et Renaissance, n° 4, 1937, p. 212 et s. ; M. REULOS, « Sur une édition genevoise de la République de Bodin », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, n° 13, 1951, p. 342 et s. ; C. MÜLLER, « L’édition subreptice des Six livres de la République de Jean Bodin : sa genèse et son influence », Quaerendo, n° 10, 1980, p. 211 et s.
  • [31]
    J. H. M. SALMON, « Bodin and the Monarchomachs », op. cit., p. 361 et s. Les rectifications concernent notamment le droit de résistance et le tyrannicide, ainsi que des questions touchant à la Constitution politique de Genève, aux liens de cette ville avec Berne et à l’excommunication par le consistoire réformé.
  • [32]
    Vindiciae contra tyrannos, op. cit., 1579, p. 25 : « Si quem innocentem princeps occidi iubeat, si quem spoliari, si cui vim inferri, nemo cui vel tantillum conscientiae suersit, parere velit. Si scelus suum, adulterium puta, parricidium, aut quid simile, comprobari flagitet, prodibit inter ipsos Ethnicos Papinianus aliquis, qui Caracallam coram reprehenderat, et mori quam parere malit […] Falsum testimonium dicere non sustinebit. Quid vero si nos Princeps cum idolis commercium haberejubeat » ?
  • [33]
    De la puissance legitime du prince…, op. cit., 1581, p. 39 : « Si le Prince ayant commis quelque crime, comme un adultere, parricide ou autre telle meschanceté, veut qu’on l’approuve, voici d’entre les Payens le docte jurisconsulte Papinian, qui reprendra en face Caracalla, aimera mieux mourir qu’obeir, et combien que ce prince cruel luy commande de mentir et d’excuser le peché, le menaçant de mort effroyable, ne voudra pourtant estre faux tesmoin. Que sera-ce donc si le Prince nous commande d’estre idolatres […] ». La version latine comportait encore notamment deux vers de Juvénal évoquant le tyran d’Agrigente Phalaris, qui ne sont pas repris dans la version française de 1581.
  • [34]
    Sur la notion de « politique » dans le cadre des guerres de religion française, v. not. l’article de A. JOUANNA, « Politiques », in Histoire et dictionnaire des guerres de religion, Paris, Robert Laffont, 1998, p. 1210 et s. Elle peut être d’interprétation délicate, dans la mesure où ce qualificatif n’est généralement pas revendiqué positivement par quelqu’un qui se désignerait ainsi lui-même, mais plutôt décerné péjorativement, par des adversaires de la personne ainsi désignée, catholiques ou protestants engagés, qui sous-entendent qu’elle n’aurait pas un attachement très fort à la religion, v. M. TURCHETTI, « Une question mal posée : l’origine et l’identité des Politiques au temps des guerres de religion », in T. WANEGFFELLEN (dir.), De Michel de l’Hospital à l’édit de Nantes. Politique et religion face aux Églises, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2002, p. 357 et s. Il n’empêche qu’il est couramment utilisé tant au xvie siècle que par les historiens modernes, v. par ex. ibid. les contributions d’Olivier Christin, Marie-Dominique Legrand, Alain Tallon, Gilbert Schrenk, Marie-Madeleine Fragonard, Arlette Jouanna, Myriam Yardeni, Eliane Viennot et Mack P. Holt, et qu’il n’y a pas plus de raisons de renoncer à l’utiliser que par exemple de renoncer aux termes de huguenots ou de monarchomaques, eux aussi à l’origine négativement connotés.
  • [35]
    Bodin a été présenté tour à tour comme un sympathisant du judaïsme, voire un juif par sa mère, comme un crypto-protestant, voire un réformé déclaré qui aurait séjourné à Genève et s’y serait marié en 1552, comme un moine finalement relevé de ses vœux, comme un mystique à tendances prophétiques ou encore comme un simple déiste proche d’être athée. La difficulté est qu’il y a des homonymes avec qui il a pu être confondu, que ses positions religieuses ont sans doute évolué dans le temps et qu’il a pu devoir en dissimuler certaines pour des raisons de sécurité, mais aussi qu’il subsiste des doutes sur l’authenticité ou l’attribution de certains écrits utilisés pour déterminer lesdites positions, en particulier une fameuse lettre à Jean Bautru des Matras des années 1561-1563 ou 1568-1569 (publiée pour la première fois au xviie siècle, cette lettre est reproduite par R. CHAUVIRÉ, Jean Bodin auteur de la « République », op. cit., p. 521 et s. ; pour une discussion récente sur sa date et son authenticité, v. not. P. L. ROSE, Jean Bodin and the Great God of Nature…, op. cit., p. 184 et s.) et le Colloquium Heptaplomores, manuscrit qui lui a été attribué, mais n’a été publié sous son nom que longtemps après sa mort (v. not. J. BODIN, Colloque entre set sçavans qui sont de differens sentimens des secrets cachéz des choses relevees, traduction anonyme du Colloquium heptaplomores de Jean Bodin, texte présenté et établi par F. BERRIOT, Genève, Droz, 1984). Depuis l’article de L. FONTANA, « Bilan historiographique de la question du séjour de Jean Bodin à Genève », Bulletin d’Humanisme et Renaissance, n° 71, 2009, p. 101 et s., il faut sans doute tenir pour acquis que le Jean Bodin qui séjourne à Genève et s’y marie en 1552 n’est pas le futur auteur des Six Livres de la République (ce qui n’exclut pas que ledit auteur ait pu avoir un temps des sympathies protestantes, qui cadreraient bien avec sa lettre précitée à Bautru si elle est authentique, avec son incarcération à Paris pour fait de religion en 1568-1570, v. J. BOUCHER, « L’incarcération de Jean Bodin pendant la troisième guerre de religion », Nouvelle revue du XVIe siècle, n° 1, 1983, p. 33 et s., voire avec sa position favorable à la tolérance religieuse aux états généraux de Blois, v. note 38 ci-après). Pour un état récent de ces questions, v. M. TURCHETTI (éd.), Les Six livres de la République, op. cit., p. 48 et s. et p. 60 et s.
  • [36]
    Apparemment suspect aux yeux des ligueurs, Bodin prend ouvertement parti en leur faveur après l’assassinat du duc de Guise, peut-être pour éviter d’être incarcéré, et publie à ce sujet une Lettre de Monsieur Bodin, Paris, 1590, justifiant ce ralliement. Sur cet épisode tardif de la vie de Bodin, v. not. J. MOREAU-REIBEL, « Jean Bodin et la Ligue d’après des lettres inédites », Humanisme et Renaissance, n° 2, 1939, p. 422 et s. ; P. L. ROSE, « The Politique and the Prophet : Bodin and the Catholic League, 1589-1594 », The historical Journal, n° 21, 1978, p. 783 et s. Sur la lettre de 1590, v. R. CRAHAY, M.-T. ISAAC et M.-T. LENGER, Bibliographie critique des éditions…, op. cit., p. 313 et s.
  • [37]
    De nos jours encore, Bodin reste d’ailleurs souvent considéré comme un « politique » typique, v. par ex. récemment J. BROCH, L’École des « politiques » (1559-1598), La contribution des juristes et publicistes français à la construction de l’État royal, Aix-en-Provence, Presses universitaires Aix-Marseille, 2012, bien que la chose soit discutable, v. M. TURCHETTI (éd.), Les Six livres de la République, op. cit., p. 57 et s.
  • [38]
    Il publiera peu après un Recueil de tout ce qui s’est négotié en la compagnie du tiers Estat de France, en l’assemblee des trois Estats assignez par le Roy en la ville de Bloys au XV novembre 1576, 1577, paru aussi en version latine, où il justifie notamment sa position. Sur cet écrit de Bodin, v. R. CRAHAY, M.-T. ISAAC et M.-T. LENGER, Bibliographie critique des éditions…, op. cit., p. 201 et s. Sur Bodin aux états de Blois, v. O. ULPH, « Jean Bodin and the Estate General of 1576 », Journal of Modern History, n° 19, 1947, p. 289 et s. (désormais aussi in J. H. FRANKLIN (éd.), Jean Bodin, Ashgate, Ashgate Publishing Limited, 2006, p. 201 et s.) et surtout R. CRAHAY, « Jean Bodin aux États généraux de 1576 », in Assemblee di stati e istituzione rappresentativi nella storia del pensiero politico moderno (secoli XV-XX), Acte del convegno internazionale tenuto a Perugia del 16 al 18 settembre 1982, Annali della Facolta di scienze politische, n° 19, Materiali di storia, 7, 2 vol., Rimini, Maggioli Editore, 1983, vol. I, p. 85 et s.
  • [39]
    Sur la politique « médiane » du duc d’Alençon-Anjou durant les cinquième et sixième guerres de religion et le rôle de Bodin au service de ce prince, v. en particulier M. P. HOLT, The Duke of Anjou and the Politique Struggle during the Wars of Religion, Cambridge, Cambridge University Press, 1986.
  • [40]
    Avant les Six livres de la République, il n’y a pas à notre connaissance d’ouvrage pareillement critique vis-à-vis de Papinien. Dans le passage cité plus haut, Bodin se pose d’ailleurs en novateur à cet égard (« J’ai bien voulu remarquer cette faute que fit Papinien […] »). Sa manière de s’exprimer pourrait certes donner à penser que lui-même avait déjà pris position à ce sujet précédemment, mais nous ne connaissons pas d’écrit antérieur où il l’aurait fait.
  • [41]
    Le passage en cause figure en tout cas, avec quelques variantes orthographiques seulement, dans les éditions françaises de Paris 1577, Lyon 1579, Paris 1579, Paris 1587, Lyon 1593 et Lyon 1599, toutes désormais consultables sur Internet. Nous remercions ici vivement notre assistante Raquel Pochon, qui s’est astreinte pour nous à ce fastidieux travail de vérification.
  • [42]
    J. BODIN, The six Bookes of a Commonweale, réimpr. avec une introduction de K. D. MCRAE, p. 318 et s.
  • [43]
    L’édition de Gérard Mairet, périodiquement réimprimée depuis plusieurs dizaines d’années dans le Livre de Poche et qui est la version la plus couramment répandue en France, correspond à un abrégé du texte de l’édition de Paris de 1583, dans lequel le chapitre IV du livre III a fait l’objet de diverses coupures, supprimant notamment le passage critiquant l’attitude de Papinien.
  • [44]
    V. cependant note 71 ci-après.
  • [45]
    J. LIPSIUS, De Constantia, édition bilingue latin-allemand traduite et commentée par F. NEUMANN, Mayence, Dieterich’sche Verlagsbuchhandlung, 1998, p. 226 : « Papinianus a Tyranno caeditur, sed securis illa securitatem nobis imprimit pro iustitia moriendi ». Le De Constantia, qui a connu de très nombreuses rééditions et publications en d’autres langues, est paru pour la première fois en latin en 1583, alors que Lipse était encore protestant (il est revenu officiellement au catholicisme en 1591).
  • [46]
    C’est le cas notamment de Hermann Kirchner dans ses Orationes, publiées à Marbourg en 1617, qui discute les deux positions, et de Justus Reifenberg dans sa Politische Beantwortung publiée à Herborn en 1619, qui condamne avec virulence la position de Bodin, v. W. KÜHLMANN, « Der Fall Papinian… », op. cit., p. 228 et p. 246 et s. Relevons qu’il y a eu à l’université de Bâle au début du xviie siècle différents débats sur les Six Livres de la République et qu’un étudiant en philosophie originaire du Mecklembourg, Joachim Cluten, y a soutenu et imprimé en 1613 une thèse d’une vingtaine de pages dénonçant diverses erreurs contenues selon lui dans cet ouvrage (Fasciculus paradoxorum Historico-politicorum e Ioannis Bodini Andegavensis libris de Repub. colectus quem […] publicae censurae Ioachim Cluten Megalopolitanus 23. Decembr. 1613 […] Basilae), mais sans traiter de la mort de Papinien. Sur ces polémiques bâloises concernant Bodin, v. pour le surplus K. MOMMSEN, « Bodins Souveränitätslehre und die Exemption der Eidgenossenschaft », in Discordia Concors. Festgabe für Edgar Bonjour zu seinem siebzigsten Geburtstag am 21 August 1968, Bâle, Helbing und Lichtenhan, 1968, II, p. 433 et s., spécialement p. 440 et s.
  • [47]
    H. GROTIUS, De iure Belli ac Pacis Libri Tres, in quibus Jus Naturae et Gentium, item Juris Publici praecipua explicantur, The classics of international Law, J. B. SCOTT (éd.), I, reproduction de l’édition de 1646, Washington, Carnegie Institution of Washington, 1913, lib. II, chap. XXVI, note ad Aut magistratui, p. 422 : « In paganis hominibus duo sunt nobilia exempla eorum qui principibus ad inhonesta obsecuti non sunt, Papiniani satis celebratum, et alterum Helpidii apud Ammianum XXI » (Ammien Marcellin rapporte effectivement l’histoire d’un gouverneur de Paphlagonie, qui était en réalité peut-être chrétien et qui avait refusé de soumettre à la torture une personne qu’il savait innocente malgré un ordre exprès de l’Empereur Constance). Grotius fait d’ailleurs référence à l’attitude exemplaire de Papinien au moins dans un autre ouvrage, en lien avec la règle pétrienne « il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes », v. « De imperio summarum potestatorum circa sacra commentarius posthumus », in Opera omnia, III, complément de l’édition Amsterdam 1679, réédition Stuttgart 1972, p. 214 (cité par K.-H. HABERSETZER, Politische Typologie und dramatisches Exemplum…, op. cit., p. 201, n° 28).
  • [48]
    H. GROTIUS, De iure Belli ac Pacis Libri Tres…, op. cit., lib. II, chap. VII. Dans sa traduction annotée dudit ouvrage de Grotius, parue pour la première fois en 1724, Barbeyrac rend ainsi le passage en question (édition Bâle, 1746, vol. I, p. 322, n° 5) : « Je ne sais comment il est venu dans l’esprit de Bodin de soutenir qu’il n’y a rien d’injuste dans une chose comme celle-là. Mais on ne s’en étonnera plus quand on pensera que c’est le même auteur qui blâme Papinien de ce qu’il aima mieux mourir que de blesser sa conscience ». Barbeyrac lui-même ajoute dans la même note les références au passage concerné de Bodin (« l’endroit où Bodin blâme le jurisconsulte Papinien se trouve au livre III, chapitre IV, de la République, pag. 458, 459 de l’éd. Latine Francof. 1622 ») et une référence à la biographie de Papinien par Otto (« voyez le Papinien de Mr Otto Chap. XVI ° 5, 6 »), mais n’exprime pas d’opinion personnelle.
  • [49]
    Sur Pierre Charron (1541-1603), juriste et ecclésiastique catholique modéré (il sera notamment l’aumônier de la reine Marguerite de Valois), ami de Montaigne, auteur de traités de morale qui ont eu un grand succès au début du xviie siècle avant que ne s’attache à lui une réputation de libertin (au sens de personne portée à l’affranchissement des dogmes qu’avait ce terme au xviie siècle) et de plagiaire, cette dernière peut être partiellement justifiée (d’importants passages de son œuvre principale, De la Sagesse, sont en effet de simples reprises d’auteurs antérieurs, en particulier Montaigne, Lipse et Bodin, v. A. M. BATTISTA, Alle origini del pensiero politico libertino. Montaigne e Charron, Milan, Giuffre, 1966, p. 87 et s.), v. not. M. ADAM, Études sur Pierre Charron, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 1991 ; J. R. MAIA NETO, Akademic Skepticism in Seventeenth-Century French Philosophy. The Charronian Legacy 1601-1662, Cham, Springer, 2014.
  • [50]
    P. CHARRON, De la Sagesse, édition critique par B. DE NEGRONI, Corpus des œuvres de Philosophie en langue française, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1986, livre III, chap. 17, p. 721 : « Tout ceci [c’est à dire les cas où un magistrat peut ne pas devoir obéir immédiatement à un ordre du souverain] est bon pour les choses à faire ; mais après qu’elles sont faites par le Souverain, tant méchantes qu’elles soyent, il vaut mieux les dissimuler, et d’en ensevelir la mémoire, que de l’irriter, et perdre tout (comme fit Papinian) ». L’ensemble du chapitre en question est directement inspiré du livre III, chapitre IV, des Six Livres de la République.
  • [51]
    P. CHARRON, Trois Véritez, I, 11 : « Il n’y a rien en la vie de Socrate, Phocion, Sénèque, Regulus, Papian, Jésus-Christ, les Martyrs, c’est-à-dire de tous les grands personnages, qui vaille leur mort, laquelle les empesche de mourir, et les faict vivre à tousjours » (cité par C. BELIN, L’œuvre de Pierre Charron, 1541-1603. Littérature et théologie de Montaigne à Port-Royal, Paris, Honoré Champion, 1995, p. 264, n° 2).
  • [52]
    J. LECT, De vita Aemilii Papiniani et scriptis seu de officio prudentum oratio, Genève, 1594. Sur cet opuscule d’une quarantaine de pages, republié en 1615 dans les Orationes de Lect, puis au xviiie siècle dans les éditions successives du Thesaurus iuris d’Everhard Otto (nous l’avons consulté dans Thesaurus juris Romani continens rariora meliorum interpretum opuscula in quibus jus romanum emendatur, explicatur, illustratur […] cum praefatione Everardi Ottonis jurisconsulti et antecessoris, 5 vol., Bâle, 1741-1744, I, p. 42 et s.), v. D. NÖRR, « Papinian und Gryphius », Zeitschrift der Savigny-Stiftung für Rechtsgeschichte, Romanistische Abteilung, n° 83, 1966, p. 308 et s. (désormais aussi dans Historiae iuris antiqui : gesammelte Schriften, 3 vol., Goldbach, 2003, vol. I, p. 491 et s.), spécialement p. 309, n° 8 et 13. Sur Jacques Lect en général, v. M. CAMPAGNOLO, « Jacques Lect, juriste et magistrat, théologien et évêque », in A. DUFOUR et B. SCHMIDLIN (éd.), Jacques Godefroy (1587-1652) et l’humanisme juridique à Genève, Genève, Helbing et Lichtenhahn, 1991, p. 149 et s.
  • [53]
    Renvoyant faussement à Hérodien pour la seconde variante, Lect écrit que Papinien aurait répondu à Caracalla, soit non tam facile excusari parricidium quam fieri posse, soit defendere parricidium, parricidium sibi videri (éd. Bâle, 1741-1744, I, col. 48). Hérodien, un historien du iiie siècle de langue grecque, a bien relaté en détail le meurtre de son frère par Caracalla et les purges subséquentes contre les partisans de Geta, mais sans traiter expressément de la mort de Papinien.
  • [54]
    Bayle a notamment consacré de nombreuses pages à essayer d’identifier l’auteur des Vindiciae contra Tyrannos, v. D. TAPPY, « Un ouvrage monarchomaque peu connu… », art. cit., p. 71, n° 9 et les références citées.
  • [55]
    B. DE LA ROCHE-FLAVIN, Les Treze livres des parlemens de France, Bordeaux, 1617, livre III « des avocats », XVI, p. 252 : « La response de Papinien, chancellier de l’empereur Caracalla, est digne de perpétuelle mémoire ; lequel estant prié dudict empereur son maitre d’excuser le parricide par lui commis, luy respondit courageusement et en homme de bien : perpetrari a te parricidium potuit, excusari a me non potest. Ainsi l’advocat, homme de bien, pour quelque occasion qui arrive […] ne faira chose qui soit esloignée de la raison ; et en conséquent n’entreprendra de soustenir ny deffendre une cause injuste et irraisonnable ». Sur ce passage, v. aussi J. KRYNEN, L’État de Justice. France, xiii-xxe siècle, vol. I : L’idéologie de la magistrature ancienne, Paris, NRF, 2009, p. 118.
  • [56]
    [P. TAISAND], Les vies des jurisconsultes de toutes les nations, édition posthume publiée par son fils C. TAISAND, Paris, 1721, article « Aemilius Papinianos », p. 10 et s. ; C. J. DE FERRIÈRE, Histoire du droit romain, contenant son origine, ses progrès, 2e éd., Paris, 1734, p. 292 et s.
  • [57]
    A. TERRASSON, Histoire de la jurisprudence romaine, Paris, 1750, p. 274. Sur cet ouvrage, peu original mais qui a longtemps servi de référence dans les universités françaises, v. A. VERGNE, « Antoine Terrasson (1705-1782), un historien du droit romain dans la France des Lumières », in V. GAZEAU et J.-M. AUGUSTIN (dir.), Coutumes, doctrine et droit savant, Paris, LGDJ, 2007, p. 181 et s.
  • [58]
    V. not. M. STOLLEIS, « La réception de Bodin en Allemagne », Quaderni fiorentini per la storia del pensiero giuridico moderno, n° 25, 1995, p. 141 et s. ; J. H. M. SALMON, « L’héritage de Bodin : la réception de ses idées politiques en Angleterre et en Allemagne au xviie siècle », in Y. C. ZARKA (dir.), Jean Bodin. Nature, histoire, droit et politique, Paris, 1996, p. 175 et s. ; M. SENELLART, « Juris peritus, id est politicus ? Bodin et les théoriciens allemands de la prudence civile au xviie siècle », ibid., p. 201 et s. ; R. VON FRIEDBURG, « The recept of Bodin in the Holy Roman Empire and the making of the territorial state », in H. A. LLOYD (dir.), op. cit., p. 293 et s.
  • [59]
    Ce changement de localisation de la problématique s’explique sans doute au moins en partie par des évolutions politiques : les conflits religieux et politiques qui en France rendaient actuels les problèmes de l’obéissance et du témoignage illustrés par l’exemplum de Papinien dans les dernières décennies du xvie siècle s’y étaient apaisés depuis l’édit de Nantes de 1598 (ces questions y redeviendront d’une brûlante actualité après 1685 et la révocation de ce dernier, v. par ex. d’un point de vue réformé L. CERDON, « La dénonciation du nicodémisme à l’époque de la révocation de l’édit de Nantes », Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, n° 153, 2007, p. 47 et s.) ; au contraire, lesdits problèmes étaient depuis devenus aigus dans le Nord protestant de l’Europe, en particulier aux Pays-Bas déchirés au début du xviie siècle par les conflits entre gomariens et arminiens, dont même Grotius sera victime. Ils rejaillissaient dans une certaine mesure sur les États de l’Allemagne du Nord, qui n’allaient en outre pas tarder à vivre une nouvelle crise religieuse et politique avec la guerre de Trente Ans, au point qu’on a pu penser qu’il fallait mettre certains écrits du début du xviie siècle sur le thème qui nous intéresse et même la pièce de Gryphius en relation avec le procès et l’exécution en 1619 de Johann van Oldenbarnevelt aux Pays-Bas, v. G. VAN DEN BERGH, « Jurists against Tyranny. Some Reflections… », art. cit., p. 545 et s.
  • [60]
    Sur la première édition, v. not. W. BARNER, « Der Jurist als Märtyrer. Andreas Gryphius’ Papinianus », in U. MÖLK (dir.), Literatur und Recht, op. cit., p. 229 et s. La pièce a eu du succès et a été effectivement jouée jusqu’au xviiie siècle. Elle a par exemple été représentée en 1680 à Saint-Gall, probablement à titre de manifestation dirigée contre l’abbé de ladite ville, qui coexistait difficilement avec une commune et des autorités municipales gagnées à la Réforme, ibid., p. 232 et s.
  • [61]
    V. not. acte V, Hostilius : Schön ists mit einem Wort den Geist vors Rechts hingehen, Doch schöner Recht und Reich eretten durch sein Leben. Wer vor di Tugend fällt : thut wol. Der noch vilmehr, Der vor die Tudeng steht […] (dans l’édition bilingue citée à la note 64 ci-après, Raffy traduit librement ce passage par « en un mot, il est beau de s’immoler à la justice, mais il est plus beau encore de continuer à vivre afin de sauver et la justice et l’Empire. Il agit bien celui qui meurt pour la vertu, mais il agit bien mieux encore Celui qui, pour la vertu, demeure à son poste »).
  • [62]
    Le même sujet sera notamment utilisé dans une pièce du jésuite bavarois Franz Neumayr en 1733, v. not. K.-H. HABERSETZER, « Andreas Gryphius’ und Franz Neumayrs, S. J. Papinianus (1659-1733). Versuch einer rezeptionsgeschichtlichen Analyse », Dokumente des internationalen Arbeitskreises für deutsche Barockliteratur, n° 3, Hambourg, 1977, p. 261 et s. En 1712 déjà le juriste italien Gian Vincenzo Gravina avait aussi composé un Papiniano dans un groupe de cinq tragédies à thèmes antiquisants (G. VAN DEN BERGH, « Jurists against Tyranny. Some Reflections… », art. cit., p. 543 et s.), probablement sans que ces deux exemples suffisent pour qu’on puisse parler de récupération catholique du thème.
  • [63]
    E. OTTO, Papinianus sive de vita, studiis, scriptis, moribus et morte Aemilii Papiniani Jurisconsultorum Coryphae diatriba, Leyde, 1718, désormais consultable sur Internet. La mort de Papinien est traitée aux p. 366 à 403. L’opinion atypique de Bodin est citée p. 379.
  • [64]
    Dans les milieux francophones, la pièce d’Andreas Gryphius n’a guère été connue avant qu’à la fin du xxe siècle, Jean-Louis Raffy lui consacre une monographie (Le Papinianus d’Andreas Gryphius (1616-1664). Drame de martyr et sécularisation du théâtre en Allemagne au xvie siècle, Berne, Peter Lang, 1992) puis en établisse une traduction française aujourd’hui publiée dans une édition bilingue (A. GRYPHIUS, Le légiste magnanime ou La Mort d’Emilien Paul Papinien/Grosmüttiger Rechtsgelehrter oder Sterbender Aemilius Paulus Papinianus, texte original et version française par J.-L. RAFFY, Paris, Aubier, 1993). V. aussi depuis lors F. GABAUDE, « Andreas Gryphius et le renouvellement du drame de martyr dans l’Allemagne protestante au xviie siècle », in A. SCHOBER (dir.), Le Christianisme dans les pays de langue allemande, enjeux et défis, Limoges, Pulim, 1997, p. 18 et s.
  • [65]
    V. not. les études citées plus haut de W. KÜHLMANN et de K.-H. HABERSETZER et l’abondante bibliographie antérieure citée par ces deux auteurs. Plus récemment v. aussi P. J. BRENNER, « Der Tod des Märtyrers. Macht und Moral in den Trauerspielen des Andreas Gryphius », Deutsche Vierteljahrschrift für die Literaturwissenschaft und Geistgeschichte, n° 62, 1988, p. 246 et s. ; W. BARNER, « Der Jurist als Märtyrer. Andreas Gryphius’ Papinianus », op. cit., etc.
  • [66]
    V. en particulier les travaux de D. NÖRR, O. BEHRENDS et G. VAN DEN BERGH déjà cités.
  • [67]
    On a vu que Barbeyrac avait notamment cité cette biographie, à propos précisément de la controverse sur la mort de Papinien, dans sa traduction, très lue en France, du Droit de la guerre et de la paix de Grotius, v. note 48 ci-dessus. L’ouvrage d’Otto sur Papinien avait aussi été présenté par le polygraphe protestant Jean LE CLERC dans sa Bibliothèque ancienne et moderne, paraissant périodiquement en français à Amsterdam (tome IX, 1718, p. 221 et s., spécialement p. 227 et s.). Il y témoignait lui aussi de l’admiration habituelle pour Papinien, mais évoquait l’opinion contraire de Bodin en notant qu’« il [Papinien] ne voulut pas défendre l’action que Caracalla avait faite en tuant son propre frère. Il ne se peut rien de plus beau ni de plus noble que la réponse que ce jurisconsulte lui fit […] Notre auteur [Everhard Otto] applaudit, avec raison, à la grandeur d’âme de cet excellent homme et témoigne une juste indignation contre Jean Bodin, qui a accusé Papinien d’imprudence, comme s’il avait fallu dissimuler, et même mentir ».
  • [68]
    V. Essai sur la vie de Sénèque le philosophe, sur ses écrits et sur les règnes de Claude et de Néron (publié pour la première fois à Paris en 1779), in D. DIDEROT, Œuvres complètes, édition chronologique, introduction de R. LEWINTER, vol. 12, Paris, Le club français du livre, 1971, p. 501 et s., spécialement p. 741 : « Le sacrifice de la vie donne aux actions un éclat qui prouve moins la force de celui qui s’y résout, que la faiblesse de celui qui s’en étonne. Papinien montra sans doute du courage à mourir ; vous en montrerez davantage à vivre ; Papinien ne pensa qu’à lui ; Senèque se sera souvenu de ses concitoyens ; la résistance de Papinien l’illustra, votre condescendance sera blâmée […] et c’est en cela même que vous serez plus grand que lui ». Ce passage est accompagné dès l’origine par une longue note de Jacques-André NAIGEON, le disciple et éditeur de Diderot, sur l’origine du récit traditionnel de la mort de Papinien, qualifié de pure fable. V. aussi Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur les mœurs et les écrits de Sénèque pour servir d’introduction à la lecture de ce philosophe (version très remaniée du texte précédent, publiée pour la première fois à Londres en 1782), in D. DIDEROT, Œuvres complètes, op. cit., vol. 13, 1972, p. 273 et s., spécialement p. 372 et s., (v. en outre une note sur ce second texte, probablement elle aussi de Naigeon, non reproduite dans l’édition de 1972, mais disponible sur Internet dans des éditions plus anciennes : « Jean Bodin a accusé Papinien d’imprudence, comme s’il avait fallu dissimuler et même mentir plutôt que de perdre la vie et d’exposer celle des autres […] M. Otton a réfuté Bodin à ce sujet dans son ouvrage sur la vie et les écrits de Papinien, imprimé en latin à Leyde en 1718, in 8°, mais l’on pourrait répliquer de très bonnes choses en faveur de Bodin » ; en raison des similitudes d’expression qui existent avec le compte rendu de Le Clerc cité à la note 67 ci-dessus, cette note est probablement inspirée dudit compte rendu plutôt que de l’étude d’Otto elle-même). Relevons que la similarité des situations auxquelles avaient été confrontés Sénèque et Papinien a souvent été relevée et que Gryphius lui-même a sans doute trouvé certains éléments de son Papinien dans la tragédie « Octavie » du précepteur de Néron, v. not. W. WOESLEE, « Gryphius’ Papinian und Seneca », in C. CAEMMERER et al. (dir.), Das Berliner Modell der Mittleren Deutschen Literatur, Amsterdam, Brill, 2000, p. 253 et s.
  • [69]
    TACITE, Annales, XIV, 7 et s.
  • [70]
    Biographie universelle, ancienne et moderne, vol. 32, Paris, L. G. Michaud, 1822, col. 527 et 530.
  • [71]
    V. not. P.-A. MELLET, « L’ordre des droits : la position de Philippe Duplessis-Mornay dans les années 1570 », in H. DAUSSY et V. FERRER (éd.), Servir Dieu, le roi et l’État. Philippe Duplessis-Mornay (1549-1623). Actes du colloque de Saumur (13-15 mai 2004), Paris, Honoré Champion, 2006, p. 305 et s., spécialement p. 321, note 51 ; A. JOUANNA, Le pouvoir absolu. Naissance de l’imaginaire politique de la royauté, Paris, Gallimard, 2013, p. 245 ; ID., Le prince absolu. Apogée et déclin de l’imaginaire monarchique, Paris, Gallimard, 2014, p. 43.
  • [72]
    Cette attitude avait été condamnée dès les débuts de la Réforme, notamment par Zwingli à Zurich, par Oecolompade à Bâle mais aussi, avec quelques nuances, par Bucer à Strasbourg (F. HIGMAN, « Bucer et les nicodémites », in C. KRIEGER et M. LIENHARD (éd.), Martin Bucer and Sixteenth Century Europe, Actes du colloque de Strasbourg (28-31 août 1991), Leyde, Brill, 1993, p. 646 et s. ; désormais aussi in Lire et découvrir. La circulation des idées au temps de la Réforme, préface de J.-F. GILMONT, Genève, Droz, 1998, p. 637 et s.). Chez les réformés francophones, elle a donné lieu à de multiples dénonciations de Calvin (v. not. C. M. N. EIRE, War against the idols. The Reformation of worship from Erasmus to Calvin, Cambridge, Cambridge University Press, 1986, p. 234 et s. ; R. WHITE, « Calvin, the Nicodemites and the Cost of Discipleship », The Reformed Theological Review, n° 56, 1997, p. 14 et s., et en dernier lieu M. FIRPO, « Calvino e la riforma radicale : le opere contro nicodemiti, anabattisti e libertini (1544-1545) », Studi storici, n° 48, 2007, p. 97 et s. ; pour une analyse synthétique de Calvin à Bayle, v. aussi J.-P. CAVAILLÉ, « Nicodémisme et déconfessionnalisation dans l’Europe de la première modernité », in A. PIETSCH et B. STOLLBERG-RILINGER (éd.), Konfessionnelle Ambiguität. Uneindeutigkeit und Verstellung als religiöse Praxis in der Frühen Neuzeit, Gütersloh, 2013, ou sur Internet in « Les dossiers du Grihl »), mais aussi en particulier par Pierre Viret, qui lui a consacré plusieurs écrits (en dernier lieu C. EIRE, « Pierre Viret and Nicodemism », in K. CROUSAZ et D. SOLFAROLI CAMILLOCCI (éd.), Pierre Viret et la diffusion de la Réforme. Pensée, action, contextes religieux, Lausanne, Antipodes, 2014, p. 59 et s.). Pour une présentation d’ensemble de la position réformée à l’égard des nicodémites, l’étude de jeunesse C. GINZBURG, Il Nicodemismo. Simulazione e dissimulazione religiosa nell’Europa dell’500, Turin, Einaudi, 1970, reste une référence incontournable. Pour une présentation récente d’un des traités de Calvin sur ce thème, v. E. GARAVELLI, Lodovico Domenichi e i « Nicodemiana » di Calvino : storia di un libro perduto e ritrovato, avec une présentation de J.-F. GILMONT, Rome, Vecchiarelli, 2004. Pour une analyse des dénonciations répétées des hypocrites « qui biaisent », qui « cherchent des échappatoires », ou encore qui « tâchent d’accorder Christ avec Bélial », qualifiés de moyenneurs ou de temporisateurs dans les sermons de Calvin, v. R. PETER, « Genève dans la prédication de Calvin », in W. H. NEUSER (dir.), Calvinus ecclesiae genevensis custos, Francfort, Verlag Peter Lang, 1984, p. 23 et s., spécialement p. 44 et s.
  • [73]
    V. not. D. QUAGLIONI, « Jean Bodin nicodemita ? Simulazione e dissimulazione religiosa nelle aggiunte latine alla République », in Jean Bodin. Actes du Colloque Interdisciplinaire d’Angers, 24 au 27 mai 1984, Angers, Presses de l’Université d’Angers, 1985, p. 183 et s. Relevons que la note marginale de 1581 conforte l’idée que l’auteur des Six Livres de la République n’avait jamais fait publiquement profession de la foi réformée. Dans le cas contraire, cette note ne l’aurait en effet probablement pas traité seulement de « politique », mais aurait utilisé un des termes plus violents (parjures, apostats…) généralement réservés par les réformés à leurs anciens compagnons retournés au catholicisme…
  • [74]
    V. not. M.-D. COUZINET, « Notice biographique sur Jean Bodin », op. cit., p. 238 et s.
  • [75]
    Les tentatives de la Cour de France pour justifier la Saint-Barthélemy, qui ont évolué (immédiatement après le 24 août 1572, Charles IX avait présenté le meurtre de Coligny comme le résultat « de la querelle particulière entre les Guises et les Châtillon », avant de soutenir deux jours plus tard qu’il avait lui-même ordonné l’exécution sommaire des chefs huguenots comme comploteurs, mais non le massacre du commun des religionnaires, qui aurait été perpétré ensuite par le peuple indigné, v. en dernier lieu A. JOUANNA, « Le discours royal sur la Saint-Barthélemy », in J. FOA et P.-A. MELLET (dir.), Le bruit des armes. Mises en forme et désinformations en Europe pendant les guerres de Religion (1560-1610), Paris, Honoré Champion, 2012, p. 201 et s.), étaient tant à usage interne qu’externe. À l’interne, il s’agissait à la fois de soigner l’image du roi, que la propagande huguenote peignait en tyran sanguinaire, et d’essayer de maintenir dans l’obéissance une partie au moins de ceux que ce massacre aurait pu pousser à la rébellion. À l’externe, il s’agissait de convaincre la diète polonaise, qui comportait de nombreux réformés, qu’elle pouvait néanmoins accepter la candidature au trône de Pologne du duc d’Anjou, frère de Charles IX et futur Henri III, d’obtenir que les cantons suisses persistent à fournir des troupes à la monarchie française, et d’éviter que les princes protestants du reste de l’Europe, en particulier en Allemagne et en Grande-Bretagne, ne soutiennent les Huguenots, comme ils étaient sollicités de le faire par ceux-ci, dans la quatrième guerre de religion que la Saint-Barthélemy avait suscitée. On connaît par exemple, en particulier par leurs échos chez les juristes humanistes français, les écrits à ce sujet de l’évêque de Valence, Jean de Monluc, chargé des pourparlers avec les Polonais (sa tentative de justifier la Saint-Barthélemy entraîna une réponse d’Hugues Doneau, à laquelle Jacques Cujas rétorqua par une Défense de Montluc, v. X. PRÉVOST, Jacques Cujas (1522-1590) jurisconsulte humaniste, Genève, Droz, 2015, p. 58, 81, 112 et s., 126 et 220 et s.) ou le discours que l’ambassadeur extraordinaire auprès des Ligues Pomponne de Bellièvre fit à la Diète de la Confédération suisse, devant laquelle la question se compliquait d’ailleurs encore du fait de l’existence de cantons catholiques et de cantons réformés ainsi que de débats sur l’éventuelle participation aux massacres des soldats suisses au service de Charles IX (I. JOSTOCK, La censure négociée. Le contrôle…, op. cit., p. 158 ; M. BUNDI, « Zum Anteil von Schweizer Söldnern am Mordgeschehen der Bartholomäusnacht in Paris (24. August 1572) », Revue suisse d’histoire, 2015, p. 293 et s.). V. aussi sur les apologies de la Saint-Barthélemy rédigées par Charpentier et par Pibrac notes 20 ci-dessus et 77 ci-après. Du côté huguenot on rétorquait par de multiples publications dénonçant les atrocités commises et justifiant en conséquence les prises d’armes qui avaient aussitôt entraîné la quatrième guerre de religion (c’est dans ce contexte que doivent être compris les trois principaux traités monarchomaques évoqués plus haut). Sur les réactions extérieures à la Saint-Barthélemy et la guerre de propagande qu’elle suscita hors de France, v. not. R. M. KINGDON, « Reactions to the the St. Bartholomew Massacres in Geneva and Rome », in A. SOMAN (éd.), The Massacres of St. Bartolomew. Reappraisals and documents, La Haye, Martinus Nijhoff, 1974, p. 25 et s. ; ID., « Quelques réactions à la Saint-Barthélemy à l’extérieur de la France », in Actes du colloque L’amiral de Coligny et son Temps (Paris, 24-28 octobre 1972), Paris, Société de l’histoire du protestantisme français, 1974, p. 191 et s. ; ID., Myths about the St. Bartholomew’s Day Massacres, Cambridge Massachussetts, Harvard University Press, 1988, spécialement p. 70 et s. ; A. MOLNAR, « Réactions à la Saint-Barthélemy en Bohème », in Actes du colloque L’amiral de Coligny et son Temps (Paris, 24-28 octobre 1972), op. cit., p. 367 et s. ; J. TAZBIR, « La nuit de la Saint-Barthélemy, ses échos en Pologne », ibid., p. 427 et s.
  • [76]
    Leurs relations remontent au moins à 1568-1570, années où Bodin avait été incarcéré pour fait de religion et avait été alors soutenu par Pibrac ; ils sont ensuite restés en relation jusqu’à la mort de ce dernier, en 1584, v. M.-D. COUZINET, « Notice biographique sur Jean Bodin », op. cit., p. 239 et s. et 243.
  • [77]
    Ses propres explications et le libelle de Charpentier, diffusé en Pologne au début de 1573, n’y suffisant pas, Montluc avait suggéré dans une lettre à Charles IX qu’un écrivain de talent comme Pibrac soit chargé d’écrire une justification des événements qui permette de convaincre les nobles polonais que la Saint-Barthélemy ne devait pas faire obstacle à l’élection du duc d’Anjou comme roi de Pologne ; le texte de Pibrac parut quelques mois plus tard en version latine (Ornatissimi Cujusdam Viri de Rebus Gallicis ad Stanislaum Evidium Epistola, Paris, 1573) et fut suivie la même année d’une version française (Epistre d’un excellent personnage de ce Royaume, faite par la forme de discours sur aucunes choses depuis peu advenue en France, Paris, 1573), l’une et l’autre plusieurs fois rééditées par la suite ; ce texte parvenu en Pologne en avril 1573 dut atteindre son but premier, puisque le frère de Charles IX fut élu roi de ce pays le 15 mai 1573. Sur tous ces points v. A. CABOS, L’apologie de la Saint-Barthélemy par Guy du Faur de Pibrac, Paris, E. Champion, 1922, qui publie la version latine et une traduction moderne du texte de Pibrac ; M. VENARD, « La présentation de la Saint-Barthélemy aux Polonais en vue de l’élection d’Henri de Valois », in Les contacts religieux franco-polonais du Moyen Age à nos jours. Relations, influences, images d’un pays vu par l’autre, Paris, Dialogue, 1985, p. 116 et s. ; J. TAZBIR, « Les guerres de religion françaises vues par les Polonais », ibid., p. 127 et s.
  • [78]
    En particulier un violent pamphlet de Michel DE LA SERRE, Remonstrance au Roy sur les pernicieux discours contenus au livre de la République de Bodin, Paris, 1579, a tenté de faire condamner l’ouvrage en question par la censure royale. C’est essentiellement contre ces attaques que l’Apologie de René Herpin pour la République de J. Bodin, due en réalité à Bodin lui-même et publiée séparément à Paris en 1581, puis en complément de la plupart des éditions françaises depuis 1583, était dirigée, même s’il y est répondu aussi à certaines critiques protestantes. Sur ce dernier texte, v. surtout R. CRAHAY, M.-T. ISAAC et M.-T. LENGER, « Les éditions de l’Apologie de René Herpin. Contribution à la bibliographie historique des œuvres de Jean Bodin », Palaestra typographica, 1984, p. 97 et s.
  • [79]
    R. CRAHAY, « Controverses religieuses à propos de la République de Jean Bodin », in M. PÉRONNET (éd.), La controverse religieuse, Actes du 1er colloque Jean Boisset, Montpellier, Université Paul Valéry, 1980, I, p. 57 et s. ; ID., « Jean Bodin devant la censure. La condamnation de la République », Il pensiero politico, n° 14, 1981, p. 154 et s. ; E. A. BALDINI, « Jean Bodin e l’Indice dei libri prohibiti », in C. STANGO (dir.), Censura ecclesiastica e cultura politica in Italia tra conquecento e seicento, Florence, Olschki, 2001, p. 79 et s.
  • [80]
    V. en dernier lieu M. TURCHETTI, « L’assassinat de Thomas More : le tribunal d’une conscience annihilé par un tribunal tyrannique », Moreana, n° 50, 2013, p. 1 et s. Sur le parallèle entre les sorts de Papinien et de Thomas More, v. aussi F. FERNANDEZ DE BUJAN, « Aemilius Papinianus : analisis prosopografico y jurisprudencial », op. cit., p. 342 et s.
  • [81]
    Sur la diffusion de l’image de Thomas More comme martyr de la foi dans l’Europe du xvie siècle, v. not. P. BURSCHEL, Sterben und Unsterblichkeit. Zur Kultur des Martyriums in der frühen Neuzeit, Munich, R. Oldenbourg Verlag, 2004, p. 212 et les références citées ; sur l’utilisation de son personnage notamment dans les pays germanophones comme thème de représentations théâtrales à but essentiellement didactique, v. not. J.-M. VALENTIN, Le Théâtre des Jésuites dans les pays de langue allemande (1554-1680). Salut des âmes et ordre des cités, 3 vol., Berne, Lang, 1978, III, p. 1010 ; E. M. SZAROTA, Das Jesuitendrama im deutschen Sprachgebiet. Eine Periochen-Edition : Texte und Kommentar, t. I : Vita humana und Transandenz, Munich, W. Fink Cop., 1979, p. 55 et s. Thomas More a moins été utilisé par la propagande catholique en France que par celle destinée aux pays du Nord, peut-être surtout parce que le catholicisme y était resté dominant et qu’un modèle de résistance à l’oppression protestante y était donc moins utile, mais il est en tout cas cité par le monarchomaque catholique et prédicateur ligueur Jean Boucher, v. F. J. BAUMGARTNER, Radical Reactionnaries : the political thought of the French catholic League, Genève, Droz, 1975, p. 135. Relevons qu’une utilisation théâtrale en dehors d’Allemagne a aussi eu lieu, évidemment avec le Thomas More en anglais attribué à Shakespeare, mais aussi dans la France du xviie siècle, avec une pièce de Jean Puget de la Serre (v. not. C. LEROY, « Lecture de Thomas Morus ou le triomphe de la foi et de la constance (1641) : la première tragédie en prose française », Études Épistème, n° 2, 2002, p. 250 et s.).
  • [82]
    Les Vindiciae contra Tyrannos justifiaient d’ailleurs bien le refus de Papinien par l’interdiction du faux témoignage, v. notes 32 et 33 ci-dessus.
  • [83]
    Matthieu 5 : 33 à 37 : « […] il a été dit aux anciens : tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras envers le seigneur de tes serments. Mais moi je vous dis de ne point jurer du tout […] que votre parole soit oui, oui ; non, non. Ce qu’on ajoute viens du mal ». V. aussi Jacques, 5 : 12 : « Ne jurez point ni par le ciel, ni par la terre, ni par aucun autre serment, mais que votre oui soit oui et votre non, non ».
  • [84]
    C’était le cas au xvie siècle de divers groupes anabaptistes, et plus tard des Quakers, qui comprenaient les paroles précitées du Christ comme interdisant désormais tout serment, mais aussi comme exigeant qu’une simple parole ait le poids d’un serment…
  • [85]
    Savoir s’il était licite de mentir pour une bonne cause était déjà débattu par les philosophes grecs et les pères de l’Église v. P. SARR, « Discours sur le mensonge, de Platon à saint Augustin : continuité ou rupture », Dialogues d’histoire ancienne, n° 36, 2010, p. 9 et s. Parmi les auteurs que nous avons évoqués, Grotius en avait notamment traité, en admettant le mensonge pour sauver un innocent (H. BOUCHILLOUX, « Grotius et la question du droit de mentir », in L. FOISNEAU (dir.), Politique, droit et théologie chez Bodin, Grotius et Hobbes, Paris, Éd. Kimé, 1997, p. 131 et s.), ce qui n’est pas forcément très cohérent avec sa condamnation de l’opinion de Bodin sur la mort de Papinien. Dans l’Europe des Lumières, la question du « mensonge officieux » fera à nouveau couler beaucoup d’encre (en particulier avec la polémique à ce sujet créée par la « Dissertation sur le mensonge » de Jacques SAURIN, La Haye, De Hondt, 1730, v. not. B. LAGARRIGUE, Un temple de la culture européenne (1728-1753). L’Histoire Externe de la Bibliothèque Raisonnée des Ouvrages des Savants de l’Europe, Nimègue, 1993, p. 245 et s.), jusqu’à une polémique célèbre qui opposera à la fin du xviiie siècle Kant au jeune Benjamin Constant (v. not. F. BOITURAT, Un droit de mentir ? Constant ou Kant, Paris, Presses universitaires de France, 1993). Pour une bibliographie très complète sur la question du mensonge de l’Antiquité à l’époque moderne, v. J.-P. CAVAILLÉ, Secret et mensonge. Essais et comptes rendus. Bibliographie, « Les dossiers du Grihl », document électronique disponible sur Internet (consulté le 30 novembre 2015).
  • [86]
    Dans son Contra mendacium, rédigé en réponse à l’hérésie priscillienne, qui permettait à ses adeptes de se dissimuler au sein des catholiques, saint Augustin avait condamné absolument le mensonge, même proféré pour une bonne cause, mais nombre de pères de l’Église avaient été moins rigoureux, v. P. SARR, « Discours sur le mensonge, de Platon à saint Augustin… », op. cit., p. 9 et s.
  • [87]
    Il est symptomatique que, dans la guerre de pamphlets qui suivit la Saint-Barthélemy, un Italien proche de l’ambassade de France à Rome, Camille Capilupi, ait rédigé un mémoire intitulé Le stratagème de Charles IX, roi de France, contre les huguenots rebelles à Dieu, s. l., 1572, présentant le massacre des protestants comme prémédité, dans le but de liquider d’un coup les hérétiques et séditieux du royaume, et les faveurs prodiguées auparavant aux chefs protestants comme une ruse admirable pour mieux y parvenir. Il finit par paraître trop sanguinaire pour constituer une apologie satisfaisante, si bien que la papauté et la Cour de France essayèrent de le faire retirer ; de nouvelles éditions en parurent alors du côté adverse, notamment à Genève, comme illustrant l’absence de scrupules et la duplicité royale, v. P.-A. MELLET, Les traités monarchomaques…, op. cit., p. 302 ; I. JOSTOCK, La censure négociée. Le contrôle…, op. cit., p. 162 et s.
  • [88]
    Il faut probablement mettre cet incident en relation avec les débats qui avaient divisé les premiers chrétiens au sujet de l’obligation ou non de continuer à respecter les règles prescrites aux juifs par l’Ancien Testament, comme la circoncision et les interdits alimentaires du Lévitique : alors que les apôtres estimaient en principe que la venue du Christ avait aboli ces lois et que le salut était promis aux incirconcis comme aux circoncis, Jacques défendait la tendance contraire ; lors de ce qu’on appelle parfois le Concile de Jérusalem, il parviendra à faire admettre le maintien de certaines prescriptions alimentaires, v. Actes 15 : 20 et 21.
  • [89]
    V. not. P. AUVRAY, « Saint Jérôme et saint Augustin. La controverse au sujet de l’incident d’Antioche », Recherches de science religieuse, t. XXIX, 1939, p. 594 et s.
  • [90]
    Des humanistes comme Erasme ou Lefèvre d’Etaples, mais aussi les Réformateurs dès Luther (qui avait publié un commentaire de l’Épitre aux Galates en 1519 déjà) s’étaient particulièrement penchés sur ce texte, v. P. G. BIETENHOLZ, « Simulatio. Erasme et les interprétations controversées de Galates 2 : 11-14 », in J. CHOMARAT, A. GODIN et J.-C. MARGOLIN (dir.), Actes du colloque international Erasme (Tours, 1986), Genève, Droz, p. 161 et s.
  • [91]
    Sur les polémiques du xvie siècle au sujet du mensonge ou de la dissimulation, v. aussi A. BIONDI, « La giustificazione della simulazione nel cinquecento », in Eresia e Riforma nell’Italia del Cinquecento, Miscellanea 1, Florence, Sansoni, 1974, p. 5 et s. (désormais aussi dans A. BIONDI, Umanisti, eretici, streghe : saggi di storia moderna, Modène, Archivio storico, 2008, p. 15 et s.). Dans des débats de textes où il est souvent possible de retourner les paroles d’un auteur contre lui-même, les défenseurs de Pierre pouvaient invoquer notamment un passage d’une autre épître de Paul ou celui-ci expose s’être comporté avec les juifs, comme un juif et avec ceux qui sont sans la Loi comme si lui-même était sans la Loi, cela afin de gagner les uns et les autres (I Cor. 9 : 20 et 21).

Aujourd’hui encore, il est peu de juristes qui ne connaissent au moins dans les grandes lignes le récit traditionnel de la mort de Papinien. Ce « prince des jurisconsultes » de la fin du Principat, devenu préfet du prétoire sous l’empereur Septime Sévère, fut en effet exécuté sur l’ordre ou au moins avec le consentement de Caracalla, dans les purges qui accompagnèrent l’élimination par celui-ci de son frère Geta en 212 après J.-C. Un récit édifiant de cette mort est rapporté dans un passage de l’Histoire Auguste traditionnellement attribué à Spartien : alors que Papinien se serait vu confier par Septime Sévère mourant le soin de veiller à la concorde entre ses deux fils, il n’aurait pu empêcher Caracalla de faire assassiner Geta ; le premier aurait ensuite exigé de son ministre qu’il justifie ce meurtre devant le Sénat ou devant le peuple en le présentant comme une mesure préventive d’un attentat préparé par ledit Geta ; Papinien aurait opposé à l’empereur un refus accompagné d’une formule bien sentie : « Il est moins facile d’excuser un parricide que de le commettre » ; Caracalla aurait alors laissé ses soldats tuer Papinien, voire aurait commandé sa mort.
S’il n’est pas considéré comme douteux que Papinien a bien été victime des purges liées à l’élimination de Geta par Caracalla, la véracité des détails ci-dessus concernant sa mort a été discutée dès l’Antiquité. L’auteur du passage précité de l’Histoire Auguste émet déjà expressément des doutes, précisant que des récits différents circulent au sujet de cette mort, et mentionnant une autre version, dans laquelle Papinien aurait répondu : « C’est assassiner une deuxième fois un innocent que de prétendre qu’il était coupable »…


Date de mise en ligne : 09/09/2024

https://doi.org/10.3917/slc.cornu.2020.01.0505

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