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Chapitre 3. Une bourgeoisie d’État ?

Pages 75 à 107

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  • Demoli, Y.
  • et Willemez, L.
(2023). Chapitre 3. Une bourgeoisie d’État ? Sociologie de la magistrature : Genèse, morphologie sociale et conditions de travail d'un corps (p. 75-107). Armand Colin. https://droit.cairn.info/sociologie-de-la-magistrature--9782200634308-page-75?lang=fr.

  • Demoli, Yoann.
  • et al.
« Chapitre 3. Une bourgeoisie d’État ? ». Sociologie de la magistrature Genèse, morphologie sociale et conditions de travail d'un corps, Armand Colin, 2023. p.75-107. CAIRN.INFO, droit.cairn.info/sociologie-de-la-magistrature--9782200634308-page-75?lang=fr.

  • DEMOLI, Yoann
  • et WILLEMEZ, Laurent,
2023. Chapitre 3. Une bourgeoisie d’État ? In : Sociologie de la magistrature Genèse, morphologie sociale et conditions de travail d'un corps. Paris : Armand Colin. Collection U, p.75-107. URL : https://droit.cairn.info/sociologie-de-la-magistrature--9782200634308-page-75?lang=fr.

Notes

  • [1]
    La magistrature est juste évoquée à la page 546 par la citation d’un texte de 1693 sur « l’indépendance de l’avocat », mettant en lumière l’engagement aristocratique pour le service public typique des représentants des grands corps.
  • [2]
    Notons que Lucile Belda mène une recherche doctorale sur l’ENM pour comprendre à la fois la socialisation au métier de magistrat à l’ENM, mais aussi la place de l’ENM dans le champ contemporain des grandes écoles.
  • [3]
    L’intégration directe, ou recrutement latéral, concerne les personnes âgées d’au moins 35 ans, remplissant les conditions de diplôme du premier concours et justifiant d’une expérience professionnelle de sept ans (pour l’accès à un emploi du second grade) ou 17 ans (pour l’accès à un emploi du premier grade) dans des fonctions d’encadrement dans le secteur privé ou la fonction publique. Pour une description des modes de recrutement, cf. encadré 3.
  • [4]
    Malgré cette apparente distance, là encore, la chose pénale constitue la même passion. Les deux extraits nous renvoient par ailleurs à cette question, que la recherche a souvent rencontrée, sans y apporter de réponses : comment choisit-on la carrière de magistrat plutôt que celle d’avocat ?
  • [5]
    Pour un tableau général  : cf. Albouy et Wanecq 2003 ; pour les écoles de commerce  : Blanchard 2015 ; pour le cas particulier de Sciences Po  : Allouch 2022.
  • [6]
    Le recrutement social ainsi que le passé scolaire des auditeurs de l’ENM font l’objet d’un chapitre de la thèse de doctorat que réalise Lucile Belda, sous la direction des auteurs.
  • [7]
    Seul le deuxième concours, ouvert aux fonctionnaires déjà en poste, n’exige pas de conditions de diplôme. Dans les faits toutefois, tou·tes les candidat·es sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur.
  • [8]
    Cela traduit certainement une évolution de la valeur et du rôle du doctorat en droit dans le recrutement des cadres de l’État. Les concours de la catégorie 1 recrutent typiquement, pour les concours externes, des diplômés de 1er ou de 2nd cycle.
  • [9]
    Lors de plusieurs échanges avec des magistrat·es situé·es en haut de la hiérarchie, nos interlocuteurs et interlocutrices s’étonnaient de notre constat d’une faible part des diplômés de Sciences Po ; est-ce dû à un effet de loupe, dans la mesure où ces mêmes magistrat·es (ainsi que leurs condisciples aux mêmes positions) y avaient fait leurs classes ? Nos données tendent à le confirmer.
  • [10]
    Notons qu’être diplômé de Sciences Po revêt des formes très hétérogènes : un cursus en cinq années ou bien le passage par un master de droit ou bien une année de préparation au concours de la fonction publique permettent la diplomation mais engagent des durées bien différenciées au sein de l’institution.
  • [11]
    À cet égard, il est remarquable que l’argent soit si peu présent dans les entretiens, alors même que l’enquête était présentée comme portant sur les conditions de vie - dont la rémunération peut sembler un sujet légitime ! Sur un total de 440 000 mots, le corpus de l’ensemble des entretiens contient dix-neuf occurrences du terme euro (sous sa forme entière ou abrégée), dix occurrences du terme salaire et quatorze du mot argent. Notons que dans plus de la moitié des cas, ces termes évoquent des affaires et des justiciables plutôt que les interviewé·es. Cette lacune est aussi redevable à notre guide d’entretien, qui ne comportait pas spécifiquement de questions à ce sujet.
  • [12]
    Cette simulation ne prend pas en compte les variations individuelles du traitement, qui demeurent relativement faibles : rémunération des permanences au parquet, activités de formation et d’encadrement d’auditeurs et auditrices de justice… Elle ne tient pas compte de la revalorisation du traitement des magistrat·es judiciaires, évoquée par le garde des Sceaux le 13 septembre 2022.
  • [13]
    En plus de ses positions et décisions concernant le corps.
  • [14]
    Au demeurant, cette surprise s’explique aisément : la présentation de soi des enseignant·es (et à plus forte raison des enseignant·es du supérieur, doté·es d’une légitimité importante) est dénuée de difficultés liées à l’octroi de faveurs, même si elle amène souvent la personne à évoquer son capital culturel.
  • [15]
    Cette notion désigne la conviction des policiers qu’ils sont différents et à part du reste de la société (Monjardet 1996).

La dénotabilisation de la magistrature, selon plusieurs observateurs, aurait historiquement modifié la position des magistrat·es dans l’espace social (Bodiguel 1991). Ce serait même un certain déclassement qu’aurait connu la profession, comme l’évoque Étienne, ce juge d’instance rencontré par Emmanuel Carrère dans son récit D’autres vies que la mienne :
« Dans son désir d’être juge entrait, de son propre aveu, du goût pour le pouvoir et pour une vie confortable, or il ne pouvait ignorer, lui qui a une conscience de classe aiguë, qu’il se déclassait. Les juges, autrefois, étaient des gens importants, mais l’année où il est sorti de l’ENM, en 1989, ils ont été rétrogradés par le protocole derrière les sous-préfets et, de fil en aiguille, on s’est mis à ne plus les inviter dans les réceptions officielles. […]. Étienne, qui aime ses aises et se veut un bourgeois, avait toutes les raisons de saisir la première occasion pour émigrer vers des sphères plus huppées »
Situer les magistrat·es dans l’espace social a été un défi au cours de notre enquête. Nous avons ressenti à de nombreux moments des formes de proximité sociale avec les enquêté.es. Aussi loin des rapports de l’ethnographie des grands bourgeois (Pinçon et Pinçon-Charlot 2005), des patrons (Chamboredon et al. 1994) ou des professions médicales (Darmon 2005), que d’une position dominante révélée dans de nombreux travaux sur les classes populaires (Mauger et Pouly 2019) : comme si enseignant·es du supérieur et magistrat·es partageaient une position homologue…


Date de mise en ligne : 11/05/2023

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