La nouvelle bipolarisation du monde
- Par Olivier Clochard
Pages 23 à 26
Citer cet article
- CLOCHARD, Olivier,
- Clochard, Olivier.
- Clochard, O.
https://doi.org/10.3917/pld.116.0023
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- Clochard, Olivier.
- CLOCHARD, Olivier,
https://doi.org/10.3917/pld.116.0023
Notes
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[1]
Calculé sur la base du salaire net mensuel moyen en 2014. Pour plus d’informations, voir le site NationMaster, Average monthly disposable salarywww.nationmaster.com/country-info/stats/Cost-of-living/Average-monthly-disposable-salary/After-tax.
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[2]
Pour rappel, l’Organisation des Nations unies comprend 193 États membres et de deux États invités à participer en qualité d’observateurs (le Vatican et la Palestine).
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[3]
Judith Schalansky, Atlas des îles abandonnées, Arthaud, 2010.
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[4]
Le gouvernement d’Abkhazie est reconnu par la Russie, le Nicaragua, le Venezuela, Nauru, les Tuvalu et le Vanuatu. La République turque de Chypre du Nord (RTCN) est seulement reconnue par la Turquie.
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[5]
La Transnistrie reconnaît l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, et inversement.
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[6]
Règlement (CE) n° 866/2004 du Conseil du 29 avril 2004 concernant un régime en application de l’article 2 du protocole n° 10 de l’acte d’adhésion de 2003. Voir aussi O. Clochard et M. Martin, « Enjeux migratoires à Chypre », Plein droit, n° 87, 2010, p. 16-19.
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[7]
Nicolas Hénin, « Le miracle du Somaliland », Le Point, 15 juillet 2010 [en ligne].
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[8]
Robert Wiren, Somaliland, pays en quarantaine, Karthala, 2014.
1 Faire une carte de la liberté de circulation des personnes dans le monde peut être appréhendé de différentes manières. Dans celle présentée ci-dessous, depuis une cinquantaine d’années, divers espaces ont été créés permettant à des ressortissants de quelques pays au sein d’un continent de pouvoir circuler librement. À l’échelle de la planète (voir carte au dos), les politiques migratoires dessinent de leur côté une nouvelle bipolarité du monde avec d’un côté un ensemble de pays concentrant 73 % de la richesse mondiale et seulement 28 % de la population, et de l’autre 72 % de la population qui se partagent les miettes de la mondialisation.
Libres circulations
Carte réalisée par Thomas Honoré, cartographe, Migreurop, Atlas des migrants en Europe. Approches critiques des politiques migratoires, Armand Colin, 2017, p. 161.
Carte réalisée par Thomas Honoré, cartographe, Migreurop, Atlas des migrants en Europe. Approches critiques des politiques migratoires, Armand Colin, 2017, p. 161.
2 Mais cette carte ne révèle pas les disparités économiques qui existent au sein même des États, et n’autorisent qu’une partie – plus ou moins importante – des ressortissants à circuler librement. Ainsi dans les pays dont les ressortissants peuvent circuler sans contraintes (Allemagne, Royaume-Uni, France, etc.), des personnes ne sont pas en mesure, notamment pour des raisons économiques, d’exercer cette liberté. À l’autre extrémité de l’échelle, les ressortissants d’un même pays ne sont pas confrontés aux mêmes difficultés. Par exemple, des Algériens qui ont un bon niveau social et des ressources économiques peuvent être confrontés à des obstacles administratifs pour se rendre dans un pays de l’Union européenne (UE), mais il leur est généralement plus facile de les surpasser. Les autres, plus pauvres et ne disposant pas des bons réseaux, sont bien souvent dans l’incapacité d’aller en Europe pour voir un ami ou un membre de leur famille, les autorités consulaires des États membres les soupçonnant de vouloir s’y installer.
3 Les inégalités se jouent également sur le coût de l’obtention du passeport, voire du visa pour celles et ceux qui sont dans l’obligation d’en avoir un. Par exemple, pour l’achat d’un visa Schengen court séjour (60 euros sans compter les frais de dossiers), des Afghans doivent consacrer plus du tiers de leur salaire mensuel alors que le prix du précieux sésame ne représente que près de 4 % du salaire moyen des ressortissants d’Arabie Saoudite [1]. Ainsi, les politiques migratoires soulignent-elles à leur façon des rapports de classe qui se situent tant au niveau des pays qu’à l’échelle internationale.
4 La carte fait également apparaître un fait : mieux vaut ne jamais eu maille à partir avec les États-Unis si on veut circuler plus facilement… Excepté l’Érythrée et le Népal, les huit autres pays dont les ressortissants ont toutes les peines du monde pour voyager légalement en dehors de leur territoire ont eu des soucis avec la puissance militaire américaine.
Aux marges du monde
5 Autre aspect, certains territoires restent cantonnés aux marges des États reconnus par la communauté internationale [2], du fait de particularités liées à l’histoire, à des conflits géopolitiques, etc. Ces facteurs divers ne sont pas sans conséquence sur les possibilités « offertes » à leurs habitants de circuler en dehors de leur territoire. C’est le cas notamment des possessions territoriales des anciennes puissances coloniales comme la France ou le Royaume-Uni : la Guyane, Mayotte, la Nouvelle-Calédonie, les îles Cook, etc. [3]
6 D’autres États ne sont pas mentionnés dans la liste officielle de l’ONU, mais sont reconnus par des pays membres de l’ONU [4] voire par certains de ces États [5]. C’est le cas de la Transnistrie, du Haut-Karabagh, de l’Ossétie du Sud, de l’Abkhazie, de la République populaire de Donetsk ou de la République turque de Chypre du Nord (RTCN). Par exemple, depuis l’intégration de la partie sud de Chypre au sein de l’Union européenne et l’établissement du règlement pour le franchissement de la ligne de démarcation [6], les citoyens de la RTCN sont soumis à des régimes différenciés pour voyager vers l’Union européenne. Seuls celles et ceux qui ont des origines chypriotes peuvent disposer d’un passeport européen, délivré par les autorités de la République de Chypre, les citoyens de la RTCN avec des origines turques, quand bien même ils auraient toujours vécu à Chypre, ne pourront pas disposer de cette possibilité.
7 Enfin, dans le prolongement de ce groupe de pays dont les territoires sont contestés, on trouve le Sahara Occidental et le Somaliland qui ne sont reconnus par aucun État, le premier revendique son indépendance en rappelant notamment les diverses résolutions de l’ONU, le second fonctionne de fait comme un État indépendant. Mais le passeport du Somaliland n’est accepté que par l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, le Kenya et Djibouti. Les pays occidentaux où existent des embryons d’ambassade de ce territoire (Bruxelles, Londres, Paris et Washington) tolèrent officieusement ces documents de voyage [7]. Enfin certains habitants du Somaliland disposent aussi d’un passeport émis par Djibouti, pays limitrophe, qui permet à ses détenteurs de voyager plus facilement [8].◆