Compte rendu

Compte rendu

Pages 243 à 244

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  • Dijon, X.
(2007). Compte rendu. Revue interdisciplinaire d'études juridiques, 59(2), 243-244. https://doi.org/10.3917/riej.059.0243.

  • Dijon, Xavier.
« Compte rendu ». Revue interdisciplinaire d'études juridiques, 2007/2 Volume 59, 2007. p.243-244. CAIRN.INFO, droit.cairn.info/revue-interdisciplinaire-d-etudes-juridiques-2007-2-page-243?lang=fr.

  • DIJON, Xavier,
2007. Compte rendu. Revue interdisciplinaire d'études juridiques, 2007/2 Volume 59, p.243-244. DOI : 10.3917/riej.059.0243. URL : https://droit.cairn.info/revue-interdisciplinaire-d-etudes-juridiques-2007-2-page-243?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/riej.059.0243


Philippe Gerard, L’esprit des droits Philosophie des droits de l’homme, Bruxelles, Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, 256 pages

1L’ouvrage que Philippe Gérard, professeur de philosophie du droit aux Facultés universitaires Saint-Louis, consacre à la philosophie des droits de l’homme mérite l’attention à un double titre. D’une part, l’auteur y explique en termes clairs la manière dont se présentent aujourd’hui les droits de l’homme comme fruit d’une histoire vieille de plus de deux siècles, d’autre part, il cherche à en fonder la légitimité, pour le temps présent, contre les critiques qui leur sont adressées. Bon pédagogue, Ph. Gérard explique la succession des droits. La première génération, souvent présentée comme celle des droits civils et politiques, appelle encore une analyse plus fine pour bien percevoir la différence, précisément, entre ces deux types de droits qui, d’un côté, défendent le sujet en tant quel tel (conception libérale), de l’autre, lui permettent d’accéder à l’élaboration de la norme commune (conception républicaine des droits de l’homme). Une analyse semblable s’impose à propos des droits de l’homme de la deuxième génération, car on ne peut ficeler dans le même panier les droits économiques, les droits sociaux et les droits culturels sans noter les nuances qu’ils apportent respectivement à la compréhension des droits de l’homme, tantôt comme liberté d‘entreprendre (on notera au passage que Philippe Gérard ne reconnaît pas le droit de propriété parmi les droits de l’homme), tantôt comme expression de la solidarité du groupe à l’encontre des exclusions sociales ou des isolements culturels. Ainsi, la tension habituellement reconnue entre les deux premières générations des droits se retrouve-t-elle, pour ainsi dire, en chacune d’elles. Quant à la troisième génération dite des droits de la solidarité (improprement puisque la seconde génération se plaçait déjà en partie sous ce signe), elle rassemble des droits collectifs (droits des peuples) qui, exprimant sans doute des intérêts (autodétermination, paix, développement, environnement) indispensables à la concrétisation effective des droits de l’homme, ne doivent cependant pas être confondus avec eux.

2Ph. Gérard ne se contente pas de donner la version la plus actualisée de l’état des droits de l’homme ; il veut encore en fonder la prétention de légitimité. Mais alors que Montesquieu voulait rendre compte de la diversité des lois par le milieu qui les a fait naître, l’auteur de l’Esprit des droits poursuit en quelque sorte l’effort inverse, puisqu’il cherche à montrer comment une figure juridique née dans l’Occident des Lumières, pourrait s’imposer comme une norme universelle. Sur ce sujet, l’auteur enregistre sans protestation le fait que la Modernité a évacué la référence métaphysique à une commune nature humaine. Il est vrai que les transcendances font peur aujourd’hui et que le droit naturel apparaît comme « un gros mot » (Alain Supiot). D’où les efforts présentés par Ph. Gérard pour tenter une justification post-métaphysique des droits de l’homme. Apparemment, à entendre l’auteur, l’autonomie collective de la société deviendrait possible grâce à l’indétermination quant aux principes transcendants, et les droits de l’homme se justifieraient par l’institution démocratique elle-même. Qu’il soit tout de même permis de penser que si les droits sont « de l’homme », c’est qu’ils appartiennent à cette essence humaine (cette dignité, si l’on veut) qui s’impose comme telle à autrui, qu’elle ne peut donc être soumise aux négociations du Contrat social d’aujourd’hui car cette détermination constitue précisément le fondement du vivre-ensemble des humains. En d’autres termes, ce n’est pas parce que la démocratie l’a dit que les humains sont libres et égaux. C’est parce qu’ils sont libres et égaux que la démocratie est possible. Une telle affirmation, si jusnaturaliste ou métaphysique qu’elle soit, n’enlève tout de même rien (au contraire) au poids de l’histoire et à la diversité des cultures. Si les droits de l’homme évoluent dans le temps, et s’ils se différencient selon les aires juridiques, n’est-ce pas pour tenter de rejoindre cette humanité essentielle que les humains portent en eux et qui fait leurs droits ?

3Pour prendre connaissance de la manière dont se présente aujourd’hui la figure des droits de l’homme et dont ils trouvent justification (même insatisfaisante) dans la pensée moderne, on ne peut que recommander la lecture de l’Esprit des droits et remercier son auteur de nous avoir donné là un exposé clair de sa philosophie.


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Date de mise en ligne : 16/01/2013

https://doi.org/10.3917/riej.059.0243