La dimension régionale de l’action économique et des finances publiques
- Par Frank Mordacq
Pages 73 à 80
Citer cet article
- MORDACQ, Frank,
- Mordacq, Frank.
- Mordacq, F.
https://doi.org/10.3166/gfp.2021.4.011
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- Mordacq, F.
- Mordacq, Frank.
- MORDACQ, Frank,
https://doi.org/10.3166/gfp.2021.4.011
Au cours des vingt dernières années, les compétences de la région se sont considérablement accrues tant pour la circonscription de l’État que pour la collectivité locale. Sous l’effet de la LOLF, l’échelon régional a été retenu par l’État pour la stratégie déconcentrée des politiques publiques, la programmation budgétaire et la mutualisation des fonctions supports. La collectivité régionale, forte de sa nouvelle compétence exclusive dans le domaine économique, depuis la loi NOTRé, a démontré avec l’État une forte synergie d’action lors de la crise sanitaire et du plan de relance.
1Le Général de Gaulle a fait de l’idée régionale une réalité administrative en 1964 en officialisant la région comme circonscription d’action économique de l’État avec l’institution d’un préfet de région, flanqué alors d’une mission régionale et d’une conférence administrative régionale.
2Le référendum de 1969, qui a échoué, devait poursuivre la réforme avec un organe représentatif régional et un exécutif régional confié au préfet. Après la réforme de 1972 créant des établissements publics régionaux, un autre modèle de décentralisation avec la loi du 2 mars 1982 voit la création d’une collectivité territoriale régionale à part entière, dirigée par des élus désignés au suffrage universel, tournée également vers l’action économique.
3La montée en puissance de la collectivité régionale dans le domaine économique a été rapide. Elle est dotée d’emblée d’une clause générale de compétence en matière économique, d’aménagement du territoire, d’éducation (gestion des lycées) et de formation processionnelle. Après la loi SRU (du 13 décembre 2000) qui attribue à la région l’organisation des transports express régionaux, l’acte II de la décentralisation (loi du 27 février 2002) lui transfère de nouvelles compétences dans le domaine de l’environnement, du patrimoine et des ports et aéroports. Dans le cadre de l’acte III de la décentralisation, la loi MAPTAM du 27 janvier 2014 confie aux régions la gestion des fonds structurels européens puis la loi NOTRé du 7 août 2015 lui transfère les transports interurbains et scolaires et lui attribue une compétence exclusive en matière d’aides aux entreprises.
4Enfin la loi du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions institue 13 grandes régions en métropole au lieu de 22, ce qui leur donne, à l’évidence, un poids politique grandissant.
5Les compétences de la région, circonscription d’action de l’État, se sont accrues parallèlement à la montée en puissance de la collectivité régionale notamment en définissant par la loi (du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales) les compétences du préfet de région qui « dirige les services de l’État à compétence régionale, anime et coordonne l’action des préfets de département de la région » et « met en œuvre la politique de l’État dans la région en matière d’aménagement du territoire et de développement économique, de développement rural, d’environnement et de développement durable, de culture, d’emploi, de logement, de rénovation urbaine ».
6Au cours des vingt dernières années les compétences et l’influence de la région se sont considérablement accrues. L’échelon régional est devenu pour l’État le cadre d’exercice des fonctions stratégique et financières au niveau déconcentré mais également le cadre le plus adapté pour l’action économique publique (1). La survenue de la crise sanitaire et la mise en place du plan de relance ont été révélateurs de ces développements structurants pour le couple État-région (2).
1 – La région, cadre financier déconcentré de pilotage des politiques publiques de l’État
7La LOLF, votée en 2001, entrée en vigueur en 2006, a bouleversé la gestion budgétaire déconcentrée en permettant au préfet de région via les budgets opérationnels de programme d’avoir une action globale sur l’ensemble des dépenses civiles déconcentrées avec comme conséquence un effet de levier sur l’organisation des compétences. En moins de 20 ans l’État s’est adapté en privilégiant la dimension régionale selon trois axes : la structuration d’un niveau stratégique des politiques autour du préfet de région, la mise en place de la programmation de crédits et la mutualisation des fonctions support.
A – Le niveau d’organisation de la stratégie des politiques publiques
8À la suite de l’application de la LOLF, qui modifie la gestion déconcentrée du financement des politiques publiques, le décret du 29 avril 2004 et celui du 16 février 2010 portant réforme de l’organisation territoriale de l’État (REATE) établissent une régionalisation du cadre d’action de l’État pour constituer un échelon stratégique régional public.
a – La reconnaissance de l’échelon régional pour la stratégie de l’État au niveau déconcentré
9Le décret de 2004 fait de la région l’échelon de l’organisation territoriale de l’État, consacré à la stratégie et à la mise en cohérence des politiques de l’État et renforce les pouvoirs du préfet de région. Celui-ci est le « garant de la cohérence de l’action des services de l’État dans la région », « il anime et coordonne l’action des préfets de département » et a « autorité sur les chefs de service déconcentrés » de l’échelon régional (sauf exceptions : éducation, finances, justice). Le préfet de région a seul compétence pour engager l’État vis-à-vis de la collectivité régionale et négocie à ce titre les contrats de plan État-région.
10Dans le cadre des réformes de la RGPP, la région devient le niveau territorial de droit commun du pilotage des politiques publiques. Le décret du 16 février 2010 met ainsi en place la REATE avec des réformes substantielles : le préfet de région devient « responsable de l’exécution des politiques publiques de l’État dans la région » et surtout il obtient l’ « autorité sur les préfets de département » (sauf exceptions) dans la conduite des politiques publiques, ce qui est une rupture historique dans l’histoire préfectorale. Les préfets de département sont, quant à eux, chargés explicitement de la mise en œuvre des politiques publiques au plus près des territoires.
11Pour garantir la cohérence de l’action régionale publique, le même texte fait du préfet le délégué territorial des établissements publics comportant un échelon territorial. Ceux-ci ayant pour l’essentiel des délégations régionales (ANAH, ACSé, ADEME, Agence de Service Civique) c’est le préfet de région qui bénéficie de cet accroissement de compétences.
b – La constitution d’un état-major resserré autour du préfet de région
12Des directions régionales en nombre restreint sont constituées autour du préfet de région par fusion des structures administratives préexistantes. Après le décret de 2004 qui met en place des « pôles régionaux », la REATE de 2010 étoffe l’organisation des services en réduisant à 5 le nombre de directions régionales des administrations déconcentrées sous l’autorité du préfet : les DREAL, DRAAF, DRAC, DRJCRS et DIRECCTE. En 2021 la réforme de l’organisation territoriale de l’État (OTE) issue de la circulaire du Premier ministre du 12 juin 2019 fusionne ces deux dernières directions en une DREETS (économie, emploi, travail et solidarités) ; s’y ajoute la création de la DRAJES (délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports).
13Ces directions régionales ont notamment en charge la stratégie et le pilotage budgétaire. Cependant elles n’ont plus autorité hiérarchique sur les directions départementales, devenues « interministérielles » (en 2010), et désormais placées sous l’autorité des préfets de départements.
c – Le renforcement de la collégialité régionale au sein du CAR
14La responsabilité donnée au préfet de région s’accompagne d’un renforcement du rôle du comité de l’administration en région (CAR) qui réunit les préfets de département et les directeurs régionaux.
15Si les services du rectorat et de la direction régionale des finances publiques (dont le responsable est comptable) ne sont pas juridiquement sous l’autorité du préfet de région, leurs responsables sont membres du CAR et naturellement très proches du préfet de région dans l’action régionale.
16Le directeur général de l’Agence Régionale de Santé (établissement public créé en 2009) qui pilote la politique de santé et de l’offre en région, bien que n’étant pas sous l’autorité du préfet de région, est membre de droit du CAR et le préfet de région préside le conseil de surveillance de l’ARS.
17Le CAR permet au préfet de région d’animer la communauté de l’État en région en le consultant sur un grand nombre de sujets régionaux dont les orientations stratégiques et l’utilisation des crédits.
18Sous l’autorité du préfet de région, le secrétaire général pour les affaires régionales (SGAR), nommé par le Premier ministre, coordonne l’action des services de l’État en région, avec deux pôles : l’un chargé de l’animation des politiques publiques et de la coordination interministérielle et l’autre dédié à la déconcentration, à la modernisation et à la mutualisation.
19La circulaire du Premier ministre du 12 juin 2019 élargit la mission du préfet de région qui préside « un comité interministériel régional des transformations des services publics », avec les directeurs régionaux des établissements public, afin de garantir une stratégie globale cohérente de l’ensemble des réorganisations. Chaque préfet de région est amené à présenter une revue annuelle de la mise en œuvre des politiques publiques de l’État dans sa région auprès du Premier ministre.
20Dans le même esprit, une circulaire du Premier ministre du 19 avril 2021 demande une feuille de route interministérielle aux préfets en chargeant expressément le préfet de région de s’assurer de leur cohérence et d’en faire rapport directement au Premier ministre.
B – Le niveau de la programmation financière
21La LOLF ayant créé des budgets globaux par programmes sous forme d’enveloppes par grandes natures de dépenses (personnel, fonctionnement, intervention, investissement) et fongibles en leur sein, les ministères ont privilégié l’échelon régional pour la programmation des crédits déconcentrés sous forme de budgets opérationnels de programmes (BOP), terme consacré tardivement par le décret GBCP du 7 novembre 2012.
a – Le choix de BOP régionaux
22Contrairement aux idées reçues, l’application de la LOLF favorise la déconcentration, en donnant un pouvoir budgétaire nouveau puisque les BOP offrent au préfet de région une action sur l’ensemble des crédits déconcentrés à la différence du système précédent dans lequel seuls les crédits d’investissement lui étaient soumis.
23Rappelons que le responsable de BOP a le pouvoir de programmer les activités ainsi que de répartir les crédits et éventuellement les emplois entre les unités opérationnelles (les services métiers des départements) et d’assurer la fongibilité asymétrique dans l’hypothèse où des crédits de personnel resteraient disponibles en fin d’année pour abonder les crédits de fonctionnement.
24Pour les quelques 60 programmes ministériels qui comportent une dimension territoriale, la très grande majorité a été déclinée en BOP régionaux (« académiques » pour certains programmes de l’éducation nationale), soit d’emblée en 2006, soit au bout de quelques années pour ceux qui étaient départementaux (deux programmes du ministère de l’agriculture et celui du ministère de l’intérieur en charge des préfectures).
25Ce choix s’explique par la nécessité de disposer d’une taille critique pour les enveloppes de crédits et pour nourrir un dialogue de gestion régulier. Certains programmes ont même choisi des BOP interrégionaux ou zonaux (4 programmes du ministère de la justice et les programmes police et gendarmerie). La DGFIP fait figure d’exception en étant passée de 2 BOP départementaux en 2006, avant fusion DGCP/DGI, à un BOP national.
b – L’accroissement des pouvoirs budgétaires du préfet de région
26Deux évolutions d’ampleur ont vu l’accentuation des pouvoirs de pilotage budgétaire du préfet de région en l’espace de 10 ans.
27La première évolution a fait du préfet de région le seul responsable du pilotage budgétaire des crédits des administrations civiles sous son autorité.
28Le décret de 2004 qui prépare l’entrée en vigueur de la LOLF se borne à indiquer que « les projets de budget des services déconcentrés [les futurs BOP] des administrations civiles de l’État sont soumis pour avis au préfet ». Le décret de 2010 va plus loin en disposant que le préfet de région, sans être le responsable du BOP, « arrête la répartition des crédits mis à sa disposition », le CAR étant consulté sur « l’utilisation de tous les crédits ouverts au profit des services de l’État en région ». Puis le CIMAP du 17 juillet 2013 désigne le préfet de région comme responsable des BOP des programmes des directions régionales placées sous son autorité.
2929 BOP sont ainsi à la disposition du préfet de région des Hauts de France (préfet de région et préfet de zone). Seuls les BOP dits à enjeux (hébergement d’urgence, logement social, immigration et asile, aménagement du territoire, programmes emploi) font réellement l’objet d’un avis circonstancié et sont examinés en pré-CAR.
30Bien évidemment la préparation des BOP se fait dans le cadre d’un dialogue de gestion avec l’échelon départemental et le préfet de département reste l’ordonnateur secondaire de droit des crédits des administrations civiles sous son autorité et met les crédits à la disposition des unités opérationnelles par sa délégation de signature.
31La seconde évolution a permis au préfet de région d’unifier le pilotage de ses propres moyens. Responsable en 2006 de la programmation de ses seuls crédits avec un BOP départemental, le préfet de région devient dès 2010 responsable du BOP régional du programme « Administration territoriale de l’État » en programmant ainsi les activités des préfets de département. Le ministère de l’intérieur a ensuite œuvré pour la création d’un autre programme « Mutualisation des administrations déconcentrées » avec la création de directions départementales interministérielles sous pilotage régional. Créé en LFI 2011, ce programme n’a cessé de s’étendre au fur et à mesure des lois de finances : d’abord composé des crédits de fonctionnement courant des nouvelles directions interministérielles et de l’entretien immobilier, il s’est enrichi en 2013 des crédits et emplois du SGAR, puis des emplois des services d’information en 2016 (SIDSIC) et enfin des crédits de fonctionnement des directions régionales en 2017. Formellement rattaché au Premier ministre dont le responsable de programme était le SGG, ce programme voyait le préfet de région être le responsable de BOP, chaque DDI étant unité opérationnelle.
32Ce processus de concentration des crédits régionaux sur 10 ans s’est achevé en 2020 avec la constitution d’un vaste programme commun « Administration territoriale de l’État », qui fusionne les deux programmes budgétaires précédents ; doté de 2,4 Mds € et 29.000 emplois en LFI 2021, il est sous l’autorité directe du ministère de l’intérieur avec des BOP régionaux.
33Le préfet de région est ainsi responsable unique de la programmation des crédits civils (hors éducation nationale, justice et finances) ce qui représente 1,3 Mds € dans les Hauts de France avec cependant très peu de crédits de personnel lesquels restent gérés au niveau central.
34La circulaire du 12 juin 2019 du Premier ministre rappelle cependant la répartition des missions entre région et département : « c’est à l’échelon départemental que doivent être mises en œuvre les politiques de l’État. C’est cet échelon qui sera privilégié dans la répartition des effectifs, le niveau régional devant rester celui de l’impulsion, de l’évaluation des politiques publiques et de la coordination », ce que confirme la circulaire du Premier ministre 19 avril 2021.
C – Le niveau de mutualisation des fonctions support
35La globalisation des crédits de fonctionnement issue de la LOLF et la concentration des BOP ont eu un effet de levier pour mutualiser les fonctions support.
a – Les fonctions support traditionnelles
36Compte tenu d’une taille critique jugée pertinente, l’échelon régional a été principalement retenu par l’État pour développer la mutualisation des fonctions de soutien (achats, RH) voire d’expertise.
37Le décret du 16 février 2010 dispose que le préfet arrête un schéma organisant la mutualisation des moyens et que le schéma départemental doit être conforme aux orientations du schéma régional. Le préfet de région peut constituer un service support partagé intervenant pour le compte de plusieurs ordonnateurs secondaires délégués dans le cadre d’une délégation de gestion.
38La réforme OTE de 2019 opère de fait une mutualisation à deux niveaux : d’une part au niveau départemental avec la constitution de secrétariats généraux communs aux préfectures départementales et aux directions départementales interministérielles pour leurs propres fonctions et d’autre part avec l’identification d’un échelon régional « dédié » pour les fonctions support en ce qui concerne les achats (PFRA), les ressources humaines (PFRH) et l’immobilier (RRPIE).
39Le décret de 25 mai 2009 relatif aux missions du SGAR avait déjà structuré la mutualisation de fonctions support. La plate-forme régionale des achats (PFRA) pilotée par le SGAR permet d’organiser les procédures de consultation et de conclure des marchés interministériels (accords-cadres) pour l’ensemble des administrations et d’assurer la professionnalisation et l’animation de la fonction achats avec un comité régional éponyme. Dans les Hauts de France, des marchés ont concerné la formation, la télésurveillance ou le second œuvre immobilier.
40La plate-forme régionale d’appui interministériel à la GRH (PFRH) assure un rôle d’appui d’animation et d’expertise auprès de services de l’État autour de quelques missions ; mobilité et emploi, conduite du changement et évolution des organisations de travail, formation, GRH et action sociale. Le préfet de région doit approuver un plan interministériel de gestion prévisionnelle en matière de ressources humaines au niveau régional destiné notamment à favoriser la mobilité des agents entre administrations de l’État.
41Le décret de 2010 fait du préfet de région « le responsable de la stratégie immobilière de l’État dans la région » qui approuve les schémas pluriannuels de stratégie immobilières (SPSI) des préfets de département. En 2016 ces schémas ont cédé la place à un schéma directeur immobilier en région (SDIR) qui couvre « l’ensemble des services, qu’ils soient ou non placés sous l’autorité directe des préfets ».
42La circulaire de 2019 anticipe enfin de nouvelles formes de régionalisation, les préfets de région étant incités à mutualiser des procédures au sein de plateformes interdépartementales ou créer des pôles d’expertise.
b – L’exécution financière
43Elle a été régionalisée à l’occasion du déploiement du progiciel comptable Chorus à partir de 2010. L’exercice des tâches matérielles de la fonction d’ordonnateur (engagement, certification du service fait), lié à l’attribution des licences Chorus, a été confié à des centres de services partagés positionnés au niveau régional pour des raisons de productivité. Elle s’est opérée par bloc de ministères, malgré une demande initiale du ministère de l’Intérieur d’en avoir la responsabilité entière : celui-ci forme le bloc 1, l’agriculture et l’écologie sont dans le bloc 2, les finances, les ministères sociaux et la culture dans le bloc 3. L’éducation nationale et la justice ont leur propre CSP au niveau inter-régional.
44Le gouvernement a annoncé la fusion progressive pour 2023 des centres de services partagés et des services facturiers en centres de gestion financière pour ne former qu’une seule entité de la chaîne de la dépense au niveau régional sous l’autorité du comptable.
D – La dimension régionale de la DGFIP
45La DGFIP n’a pas retenu le modèle d’une direction régionale ayant autorité sur les directeurs départementaux mais une part croissante de l’activité de la DGFIP présente une dimension régionale pour un grand nombre de missions
46La gestion immobilière de l’État est exercée par une mission régionale de politique immobilière de l’État avec un responsable éponyme, placé sous l’autorité hiérarchique du DRFIP et fonctionnel du préfet de région, qui est en charge de l’élaboration et du suivi du schéma directeur immobilier régional et des dépenses d’entretien lourd. Il travaille activement en 2021 sur le volet rénovation thermique du plan de relance. La compétence est également régionale en matière de gestion domaniale (notamment la vente des biens immobiliers dans la région), d’évaluation domaniale et de gestion des patrimoines privés en déshérence.
47Des analyses économiques et financières sont réalisées par la « mission régionale de conseil aux décideurs publics » (élargissant le champ dévolu à la MEEF) au bénéfice de l’ensemble des collectivités publiques y compris collectivités locales. Cette mission de conseil est dédiée aux sujets à forts enjeux principalement en matière d’investissement (analyse de risques financiers et fiscaux, études de projets).
48La DRFIP est également en charge de l’analyse financière des établissements publics de santé de la région, en lien avec l’ARS : animation de la qualité comptable, réseau d’alerte, veille active de la trésorerie et demandes d’autorisations d’emprunt.
49Le contrôle budgétaire régional exercé par le DRFIP a pour mission de s’assurer du caractère soutenable des BOP et d’en suivre l’exécution, de viser les engagements à enjeux des administrations départementales et d’exercer le contrôle des opérateurs de la région. Développant un rôle de conseil, le CBR anime le déploiement du contrôle interne financier, ainsi qu’un club financier régional de la gestion publique, en lien avec le SGAR, harmonisant les bonnes pratiques.
50Des tâches de gestion de la dépense de l’État ont été progressivement régionalisées pour des raisons de productivité : les services liaison rémunération pour la paye des agents publics, l’assignation de la dépense des services de l’État avec le développement des services facturiers.
51Dans le domaine fiscal le niveau régional a été jugé pertinent pour le contentieux juridictionnel, le collège d’examen de 2ème niveau des rescrits et l’accompagnement fiscal des PME dans le cadre du déploiement de la société de confiance auprès des PME de la région.
52L’accentuation de la dimension régionale de la DGFIP est toujours possible pour ses services propres en développant des fonctions support régionales (formation, gestion RH, travaux immobiliers) ou en mutualisant des fonctions métiers au niveau régional compte tenu du niveau d’expertise requis : audit, fiscalité locale, contentieux fiscal, contrôle de la paye locale, recouvrement des produits locaux…
2 – La région, cadre adapté de l’action économique
53Forte de ses compétences attribuées par le législateur en matière économique, la région mène une action déterminée en la matière nouant de nombreux partenariats avec l’État en région dont les contrats de plan État-région qui en sont à leur 7e génération. L’action économique en réponse à la violente crise de la Covid 19, le plan de relance et la sortie de crise ont révélé au grand jour les fortes capacités de réaction commune de ces deux acteurs publics.
A – La crise sanitaire : un révélateur de la dimension régionale de l’action économique
a – Des acteurs publics unis face à la crise
54L’organisation et les compétences régionales de l’État lui ont permis un pilotage stratégique de l’action économique lors de la crise sanitaire sans se substituer au niveau départemental.
55Pour assumer sa mission d’animation et de coordination des politiques de l’État, le préfet de région dispose des services de l’État régionalisés concernés par l’action économique : le commissaire au redressement productif (en charge des entreprises industrielles) et les services en charge de l’économie et de l’emploi : la DIRECCTE, devenue DREETS en avril 2021 et la direction régionale de Pôle Emploi.
56Pour coordonner l’action publique dans la période intense de la crise, le préfet de région des Hauts de France a réuni dans des « conférences de continuité économique de l’État », avec les préfets de département et les directeurs régionaux, tous les acteurs économiques qui ont quasiment tous une organisation régionale : les URSSAF, la Banque de France, les chambres consulaires (commerce et industrie, agriculture, métiers), l’ordre des experts comptables, la BPI, la Banque des territoires, la fédération bancaire et les organismes d’assurance- crédits ; la collectivité régionale et son président étaient naturellement associés.
57Pour offrir un point d’entrée unique d’accès aux aides pour les entreprises, une démarche commune de communication entre les services de l’État, le conseil régional et la CCI régionale (une régionalisation pionnière dans les Hauts de France) a pris la forme d’une plaquette et d’un numéro téléphonique unique sous l’égide de cette dernière.
58Les services des finances publiques ont pris toute leur part dans l’aide et le conseil durant cette période de crise dans chacun des départements (reports d’échéances fiscales, CCSF, fonds de solidarité, secrétariat du CODEFI). La DRFIP gagnerait à obtenir une compétence accrue en matière d’animation économique pour exercer un rôle pivot de détection, de conseil et d’accompagnement financier des entreprises en difficulté pour mieux assister le préfet de région.
59L’État aura mobilisé pour la seule année 2020 de l’ordre de 9 Md€ dans la région des Hauts de France pour soutenir les entreprises : reports de charge fiscales et sociales, fonds de solidarité, prêts garantis par l’État, prêts participatifs pour les PME….
b – L’affirmation de la compétence économique exclusive de la région
60Les compétences exclusives attribuées aux régions par la loi NOTRé de 2015 dans le domaine économique sont doubles : d’une part « pour définir les régimes d’aides et pour décider l’octroi des aides aux entreprises », sous forme de subventions, de bonifications d’intérêt de prêts ou d’avances remboursables à taux nul ou inférieur au marché et, d’autre part, « pour accorder des aides à des entreprises en difficulté …lorsque la protection des intérêts économiques et sociaux de la population l’exige ».
Les actions déterminées de la région
61L’ampleur de la crise de la Covid a permis aux régions d’aider très activement les entreprises essentiellement les TPE et PME dès le début de la crise sanitaire en mars 2020 selon plusieurs modalités.
62Les régions ont tout d’abord été formellement sollicitées par le gouvernement pour abonder, par fonds de concours, le fonds national de solidarité qu’il a mis en place comme vecteur principal d’aide aux TPE ; elles ont versé 500 M€ dont 35 M€ pour les Hauts de France.
63Les régions ont aussi déployé un arsenal complet d’aides. La région des Hauts de France a ainsi mobilisé 327 M€ au service des entreprises régionales en 2020 sous diverses formes : fonds d’urgence, avances remboursables, divers prêts (de revitalisation, croissance, rebond..), garanties diverses en lien notamment avec BPI France ou la Banque des Territoires à l’aide de mécanismes existants (Hauts de France Prévention, Fonds de premiers secours) ou nouveaux (Covid relance HDF).
64Elle a également retenu l’option nationale d’un volet complémentaire au fonds de solidarité (dit volet 2), pour les entreprises n’ayant pas obtenu de prêt, pour compléter l’aide initiale de 1500 € par un montant allant jusqu’à 5 000 €.
Le positionnement des autres collectivités territoriales
65Les autres collectivités ont souhaité mettre en place en urgence des aides aux entreprises en voulant parfois s’affranchir des nouvelles règles de compétence de la région.
66Les services de l’État et de la région ont conjugué leurs efforts pour convaincre ces autres collectivités de coopérer dans le respect de la règle de droit (l’article L.1511-2 du CGCT) c’est-à-dire recueillir l’accord formel et préalable de la région pour verser des aides directes aux entreprises en difficulté. En effet les communes et groupements de communes ne peuvent participer au financement de ces aides que « dans le cadre d’une convention passée avec la région ». Les conseils régionaux ont donc conventionné pour déléguer leurs compétences afin que le bloc communal verse des aides ou participe au financement des fonds régionaux.
67En Hauts de France les intercommunalités n’ont pas souhaité abonder le fonds national de solidarité en l’absence de territorialisation des aides, mais elles ont participé au financement d’un fonds de la région dédié « COVID Relance HDF » à hauteur de 2 euros par habitant.
68Les communes ont pu attribuer des aides, sur la base d’une convention passée avec la région, pour le commerce de proximité en abondant également le fonds régional ou bien distribuer des aides, sans convention, pour le maintien de services de commerce de proximité, interprété de façon assez souple.
69Les demandes des départements ont été plus problématiques du fait de la disparition de leurs compétences économiques, certains élus ayant même souhaité une modification législative pour les rétablir en période de crise. Certains conseils départementaux en France ont pu néanmoins décider d’attribuer des aides aux entreprises mais ces délibérations, illégales, ont été retirées ou contestées. In fine, la clause de compétence exclusive d’aides aux entreprises en faveur de la région, mise à rude épreuve à l’occasion de cette crise sanitaire, a pu être préservée et confirmée.
70La région réclame une association plus forte aux décisions en faveur des entreprises en difficulté par un siège au sein des CODEFI. Présidé par chaque préfet de département avec un secrétariat assuré par les services de la DGFIP, ces comités ont été réactivés à l’occasion de la crise pour accorder aux entreprises qui n’ont pas obtenu des prêts garantis par l’État (PGE), soit des avances ou prêts bonifiés (50 à 250 salariés) soit des prêts participatifs (moins de 50 salariés). La demande d’association paraît légitime notamment dans le cadre d’un tour de table financier voire pour bâtir une concertation régionale sur les filières stratégiques.
B – Le plan de relance : un nouvel élan de la coopération économique État-région
71Le préfet de région et le président du conseil régional définissent les relations financières en matière de développement économique et d’aménagement du territoire dans le cadre des contrats de plan État-région et élaborent ensemble une stratégie coordonnée en matière d’emploi, d’orientation et de formation professionnelle.
72Les lourdes conséquences économiques de la crise sanitaire ont prolongé et accentué cette coopération.
73Alors que le processus de négociation des CPER pour la période 2021-2027 était en cours, le gouvernement a décidé, en raison de l’intensité de la crise économique, de proposer aux régions de s’entendre sur un accord de relance afin que la collectivité régionale accompagne formellement le plan de relance de l’État de 100 Md€ figurant pour l’essentiel dans la loi de finances pour 2021. Dès lors l’accord régional pour la relance anticipe le futur contrat de plan et permet de conjuguer les efforts immédiats des deux parties.
74L’accord de relance dans les Hauts de France engage l’État et la région à concurrence de 2,4 Md€ sur la période 2021-2022 pour bâtir une action économique coordonnée. La déclinaison du plan de relance national en région Hauts-de-France estimée à 1,1 Md€ s’ajoute au plan de relance que la collectivité locale s’engage à mobiliser pour 1,3 Md€. L’enveloppe financière intégrera les fonds du plan européen pour la relance (Next Generation EU) et s’ajoute aux fonds européens FEDER, FSE et FEADER.
75Cet accord se compose de six pactes thématiques « pour la transformation industrielle, numérique et écologique et sociale ».
76Le « pacte productif régional durable » en faveur « d’une économie régionale modernisée, plus compétitive, plus décarbonée et plus résiliente » prévoit 126 M€ de crédits d’État (appels à projets) et 276 M€ de crédits de la région, destinés notamment aux filières industrielles (automobile, aéronautique…).
77Le « pacte régional pour l’emploi et l’inclusion sociale », destiné à accompagner les personnes les plus touchées par les conséquences de la crise mobilise 114 M€ pour l’État et 125 M€ pour la région notamment en faveur des jeunes au titre de la formation professionnelle et de l’apprentissage.
78Le « pacte régional pour la transition écologique » concerne la rénovation des bâtiments publics et du parc de logements anciens avec une dotation estimée à 304 M€ pour l’État et 371 M€ pour la région.
79Le « pacte territorial et social durable régional », destiné à renforcer la cohésion territoriale et sociale permet de financer les différents contrats territoriaux de rénovation urbaine (action cœur de ville, petites ville de demain..) pour un montant de 300 M€ pour l’État (notamment par les contrats de relance et de transition écologique) et de 171 M€ pour la région.
80Le « pacte pour une attractivité durable du territoire régional » permet d’aider le secteur culturel, le tourisme et le sport avec des contributions de l’État de 117 M€ et de la région de 65 M€.
81Enfin le « pacte régional pour des mobilités décarbonées et à fort impact pour l’économie et l’emploi » finance, dans le cadre du CPER, des infrastructures de transport à hauteur de 114 M€ pour l’État et de 306 M€ pour la région.
82Comme dans toutes les régions, un comité régional de pilotage et de suivi est coprésidé par le préfet de région, le président de la région et le directeur régional des finances publiques, celui-ci ayant notamment pour mission d’assurer une restitution de l’exécution financière (consommation des crédits engagés et payés).
83La dimension régionale va connaître de nouveaux développements à l’occasion du projet de loi 3DS qui conforte le rôle de chef de file de la collectivité régionale dans l’aménagement et le développement durable du territoire (transition écologique), permet de lui confier la propriété des petites lignes ferroviaires et la gestion des gares et prévoit le transfert des sites Natura 2000 des préfets de départements vers la collectivité régionale ; de son côté le rôle du préfet de région est renforcé dans le pilotage des établissements publics.
84Si l’échelon régional a trouvé sa place de pilotage stratégique économique et financier, il n’en demeure pas moins, surtout avec 13 grandes circonscriptions, notamment pour l’État, qu’il n’est pas en mesure d’assurer l’exécution de l’action publique qui se déploie naturellement dans toutes les parties du territoire au plan local selon le principe de subsidiarité.
Mots-clés éditeurs : collectivité locale, compétences économiques, crise sanitaire, décentralisation, déconcentration, DRFIP, LOLF, plan de relance, préfet de région, programmation budgétaire, région, services support
Date de mise en ligne : 13/09/2021
https://doi.org/10.3166/gfp.2021.4.011