De quoi la bâtardise est-elle le stigmate au Moyen Âge ? Réflexions partagées sur une recherche historique en cours
- Par Carole Avignon
Pages 29 à 44
Citer cet article
- AVIGNON, Carole,
- Avignon, Carole.
- Avignon, C.
https://doi.org/10.3917/droit.074.0029
Citer cet article
- Avignon, C.
- Avignon, Carole.
- AVIGNON, Carole,
https://doi.org/10.3917/droit.074.0029
Notes
-
[1]
Quelques réflexions d’ordre historiographique et méthodologique, dans Carole Avignon, Marie-Lise Fieyre, « À la recherche des filiations illégitimes dans les sources françaises (xie-xve siècle). Questions de méthode, questions de problématiques », Edad Media, Revista de Historia, 2022, no 23, p. 9-33. Cette rapide synthèse est proposée en contrepoint d’un dossier consacré à la « parenté illégitime ».
-
[2]
Sans prétendre à l’exhaustivité, quelques titres d’ouvrages de référence, en fonction de leurs choix terminologiques. Quand il s’agit de questionner la « condition juridique » des « enfants naturels » (comme Robert Génestal, Histoire de la légitimation des enfants naturels en droit canonique, Paris, Ernest Leroux, 1905 ; ou Anne Lefebvre-Teillard, « L’enfant naturel dans l’ancien droit français », Autour de l’enfant, Du droit canonique et romain médiéval au Code civil de 1804, Brill, Leiden-Boston, 2008) ou les tempéraments mis en œuvre par les autorités, le champ lexical mobilisé est surtout celui de l’illégitimité : Illegitimität im Spätmittelalter, herausgegeben von Ludwig Schmugge, München, R. Oldenburg Verlag, 1994 : les actes présentent notamment des études sur la « naissance illégitime » (illegitime Geburt) ou l’illegitimacy et interrogent la notion de defectus natalium puisque c’est la formule privilégiée dans la documentation pontificale qui traite de la dispense apostolique). L’historienne Françoise Autrand mobilise aussi cette catégorie de la naissance illégitime : « Naissance illégitime et service de l’État : les enfants naturels dans le milieu de robe parisien, xive-xve siècles », Revue historique, 1982, no 542, p. 289-303. Les études anglo-saxonnes convoquent tantôt l’illegitimacy d’approche plus juridique, tantôt la « bastardy » appréhendée sous l’angle plus social. La catégorie de l’illégitimité permet généralement d’induire une réflexion sur les incidences sur l’héritage et la capacité à succéder dans des lignages nobiliaires et royaux (comme récemment : Susan Marshall, Illegitimacy in Medieval Scotland, 1100-1500, Boydell Press, Woodbridge, 2021), ou de manière moins commune dans les milieux non nobles, le doctorat d’Helen Matthews, Illegitimacy and English Landed Society, c.1285-c.1500, Ph. D, University of London, 2013. Sensible aux questions d’agency, le travail de Thomas Kuehn est aussi placé sous les auspices de l’illégitimité : Illegitimacy in Renaissance Florence, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2002. La « bâtardise » est préférée dans l’intitulé des travaux sur l’exercice du pouvoir de groupes nobiliaires (La bâtardise et l’exercice du pouvoir en Europe du xiiie au début du xvie siècle, Éric Bousmar, Alain Marchandisse, Christophe Masson, Bertrand Schnerb [dir.], Revue du Nord, Hors-série, coll. « Histoire » no 31, 2015). L’angle politique et social, spécialement quand il s’agit de s’intéresser au fonctionnement de groupes nobiliaires mais sans réduire l’analyse à une approche généalogique, semble conduire à parler de « bâtards » : l’article pionner de Mikhaël Harsgor, « L’essor des bâtards nobles au xve siècle », Revue historique, no 514, 1975, p. 319-354 ; ou le travail sur les baastarden de la Flandre du xve siècle étudiés par Myriam Carlier dans une thèse de 2001, présentés comme des « enfants de l’amour » (Myriam Carlier, Kinderen van de minne? Baastarden in het vijftiende-eewse Vlaanderen, Bruxelles, 2001). L’angle nobiliaire invite généralement à valoriser le vocabulaire « bâtard/bâtardise » : Marie-Lise Fieyre, Bâtards de princes. Identité, parenté et pouvoir des enfants naturels chez les Bourbon (xive-milieu du xvie siècle), thèse de doctorat en histoire et civilisations de l’université de Paris Cité, dirigée par Didier Lett, soutenue en 2017). Mais c’était déjà aussi la catégorie d’analyse mise en exergue par Richard Helmholz, dans le cadre d’une histoire des pratiques sociales liées à l’exercice de la justice : « Bastardy litigation in Medieval England », The American Journal of Legal History, 13-4, 1969, p. 360-383). Cette approche typologique est perfectible et méritera de plus amples investigations. D’abord, parce qu’il conviendra de mettre en place une grille d’analyse davantage objectivée de ce que peut traduire ou induire le choix d’un bagage notionnel plutôt qu’un autre dans l’approche des sciences humaines et sociales. Ensuite parce que toutes les catégories d’analyse ne sauraient être traitées dans cette note de bas de page ; ainsi n’ai-je pas convoqué tous les travaux sur la catégorie canonique du « defectus natalium », manquent donc de nombreux travaux sur la Pénitencerie apostolique (autour de Ludwig Schmugge, ou plus récemment d’Arnaud Fossier). Mais aussi parce que des productions récentes ne manquent pas d’hybrider leurs bagages notionnels, comme l’importante publication de Sara McDougall (Royal Bastards. The Birth of Illegitimacy, 800-1230, Oxford, Oxford University Press, 2017). Le professeur de droit John Witte Jr., directeur du Center of the Study of Law and Religion de l’Emory Law School utilise « illegitimate » et « bastards » dans l’ouvrage qu’il fait paraître en 2009, avec une préférence pour le premier terme, substantivé, qui donne son titre à l’ouvrage : The Sins of the Fathers. The Law and Theology of Illegitimacy Reconsidered, Cambridge University Press, 2009. Comme c’était déjà le cas dans le collectif de 1980 : Peter Laslett, Karla Oosterven, et Richard Smith (éd.), Bastardy and its Comparative History: Studies in the History of Illegitimacy and Marital Nonconformism in Britain, France, Germany, Sweden, North America, Jamaica and Japan, London, F. Arnold, 1980.
- [3]
-
[4]
Marie-Lise Fieyre, Bâtards de princes, op. cit., p. 91 s.
-
[5]
Marie-Lise Fieyre, Bâtards de princes, op. cit., p. 98.
-
[6]
Marie-Lise Fieyre, Bâtards de princes, op. cit., p. 100-101.
-
[7]
Robert Génestal, Histoire de la légitimation des enfants naturels en droit canonique, op. cit., p. 18. Cité par Sara McDougall, Royal Bastards, op. cit., note 3, p. 1.
-
[8]
Antoine Furetière, Dictionnaire universel, édition augmentée par Basnage de La Rivière et Brutel de La Rivière, La Haye, chez Pierre Husson et autres, 1727, tome I, article « bastard ou bâtard », cité par Sylvie Steinberg, Une tache au front. La bâtardise aux xvie et xviie siècles, Paris, Albin Michel, 2016, p. 19.
-
[9]
Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises dans l’Europe médiévale et moderne, Rennes, PUR, 2016.
-
[10]
Sylvie Steinberg, Une tache au front, op. cit., p. 19.
-
[11]
Voir notamment Sylvie Ferrier, Revue d’histoire moderne et contemporaine, 64-4, octobre-décembre 2018.
-
[12]
Sylvie Steinberg, « La tache de bâtardise sous l’Ancien Régime », dans Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises dans l’Europe médiévale et moderne, op. cit., p. 439-463, ici p. 439.
-
[13]
Sylvie Steinberg, Une tache au front, op. cit., p. 21 s.
-
[14]
Sara McDougall, Royal Bastards, op. cit., p. 22-65.
-
[15]
Huguette Taviani-Carozzi, « La naissance illégitime dans la controverse anti-hérétique (xie- xiie s.) », dans Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises dans l’Europe médiévale et moderne, op. cit., p. 83-99, ici p. 84 : « Certaines nuits, ils se rassemblaient dans une maison donnée, tenant des lampes à la main et, sous forme de litanie, ils invoquaient les démons […] Les lampes éteintes, dès qu’il le pouvait, chacun saisissait la femme qui se présentait sous sa main pour abuser d’elle, sans se soucier du péché et, qu’il s’agît d’une mère, d’une sœur, ou d’une moniale, cet accouplement à leurs yeux servait la sainteté et la foi. L’enfant engendré de cet accouplement immonde (ex spurcissimo concubitu generatus), le huitième jour suivant, une fois allumé au milieu d’eux un grand feu, était sacrifié par le feu »
-
[16]
Sara McDougall, Royal Bastards, op. cit., p. 22-65.
-
[17]
Sara McDougall, Royal Bastards, op. cit., p. 64-65.
-
[18]
Quelques jalons de travail à engager collectivement ont été initiés dans l’introduction de Bâtards et bâtardises dans l’Europe médiévale et moderne, op. cit.
-
[19]
Romain Chevalier achève la rédaction d’une thèse dirigée par Guido Castelnuovo dont le titre initial est « Bâtards, bâtardises et État dans le Royaume de France xiiie-xive siècles » mais qui interroge finalement autant le rapport du pouvoir pontifical que du pouvoir royal à la filiation illégitime. En janvier 2022, il a représenté le groupe de travail Fil_IAM à la Journée d’études organisée par Antonio de Almeida Mendes (CHRIA), Baptiste Bonnefoy (Mondes Américains) et Vincent Vilmain (TEMOS), sur « Effacer la macule ? Conflits d’appartenance et communautés de foi (xiiie-xixe siècle) », programmée dans le projet ANR RelRace. Son intervention avait pour titre : « L’effacement de la macule de bâtardise dans le domaine temporel. L’émergence du pouvoir de légitimation du roi de France (xiie-xive) ». Une publication sur le carnet de recherches du programme est prévue sur le thème des « Usages théologiques de la macule de bâtardise (xie-xiiie siècles) : exclure et dispenser » (https://relrace.hypotheses.org).
-
[20]
G. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, vol. 19, col. 504 : « Ut filii presbyterorum, sive diaconorum, sive subdiaconorum, in sacerdotio, vel diaconatu, vel subdiaconatu nati nullo modo ulterius ad clericatum suscipiantur : quia tales et omnes alii qui de non legitimo conjugio sunt nati, semen maledictum in scripturis divinis appellantur, nec apud saeculares leges hereditare possunt, neque in testimonium suscipi. »
-
[21]
Dans sa version latine de la Vulgate : « Filii autem adulterorum in inconsummatione erunt, et ab iniquo thoro semen exterminabitur. ». Cité notamment par Marie Barral-Baron, « La question de la bâtardise dans la pensée érasmienne », dans Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises dans l’Europe médiévale et moderne, op. cit., p. 455-463, note 3, p. 455.
-
[22]
« Semen enim erat maledictum ab initio ; nec timens aliquem, veniam dabas peccatis ».
-
[23]
Deut. 23:2-3 : « Non intravit eunuchus, attritis vel amputatis testiculis et abscisso veretro, ecclesiam Domini. Non ingredietur mamzer, hoc est, de scorto natus, in ecclesiam Domini, usque ad decimam generationem. »
-
[24]
Ex. 20:5 : « Non adorabis ea, neque coles : ego sum Dominus Deus tuus fortis, zelotes, visitans iniquitatem patrum in filios, in tertiam et quartam generationem eorum qui oderunt me. » Cité en X., I, tit. IX De renunciatione, c. 10 : « “Ego sum”, inquit “Deus zelotes, vindicans peccata patrum in filios usque in tertiam et quartam generationem in his, qui oderunt me” [Ex. XX, 5], id est, in illis qui contra me paternum odium imitantur. »
-
[25]
Voir notamment Arnaud Fossier, « À propos du defectus natalium. Un cas paradigmatique du pouvoir de dispense pontifical (xie-xve s.) », dans Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises dans l’Europe médiévale et moderne, op. cit., p. 115-123, note 3, p. 115 et note 14, p. 116.
-
[26]
X., I, tit. IX De renunciatione, c. 10. Corpus Juris Canonici, Decretalium collectiones, E. Friedberg éd., Graz, 1955 (2e édition), col. 107-112, cité par Huguette Taviani-Carozzi, « La naissance illégitime dans la controverse anti-hérétique (xie- xiie s.) », art. cit., Annexes, p. 97 : « : Personnae vero irregularitas, ut, si forte sit bigamus vel viduae maritus, est causa, propter quam petere potest licentiam aliquis resignandi pontifici dignitatem, attestante Apostolo, qui dicit : “Oportet episcopum esse unius uxoris virum” [I Tim., 3,2]. Non tamen propter quamlibet irregularitatem personae debet ei, qui regulariter ministravit, cedendi licentia indulgeri, utpote si de legitimo matrimonio non sit natus, quia licet irregularitatem huiusmodi non potuerit subtiscere, si tamen et culpa latet et causa, cum eo, qui laudalibiter suum implevit officium, iniuncta sibi poenitentia competenti, potest non minus utiliter, quam misericorder dispensari. “Ego sum”, inquit “Deus zelotes, vindicans peccata patrum in filios usque in tertiam et quartam generationem in his, qui oderunt me” [Ex. XX, 5], id est, in illis qui contra me paternum odium imitantur. Unde patet, quod illis, qui paterna vitia non sequuntur, propriae possunt in talibus suffragari virtutes ; illo discretionis adhibito moderamine, ut inter nothos et manzeres, naturales et spurios distinguatur. »
-
[27]
Huguette Taviani-Carozzi, « La naissance illégitime dans la controverse anti-hérétique (xie-xiie s.) », art. cit., note 15, p. 87.
-
[28]
Gaius, Institutes, éd. et trad. J. Reinach, Paris, Les Belles Lettres, 2e éd. 1965, I., 58-64, p. 10-12.
-
[29]
Isidore de Séville, Etymologiarum sive Originum Libri XX, Livre IX, éd., trad., com. M. Reydellet, Paris, Les Belles Lettres, 1984, p. 195-197, cité par Huguette Taviani-Carozzi, « La naissance illégitime dans la controverse anti-hérétique (xie-xiie s.) », art. cit., Annexe, p. 96 : « Naturales autem dicuntur ingenuarum concubinarum filii, quos sola natura genuit, non honestas conjugii […] Nothus dicitur qui de patre nobili et de matre ignobili gignitur, sicut ex concubina. Est autem nomen grecum et in latinitate deficit. Huic contrarius spurius qui de matre nobili et patre ignobili nascitur. Item spurius patre incerto, matre vidua genitus, velut tantum spurii filius, quia muliebrem naturam veteres spurium vocabant […] hoc est seminis, non patris nomine. »
-
[30]
Henri de Suze dit Hostiensis, Summa aurea, IV, 17 (Qui filii sint legitimi), Quot sunt genera filiorum : les naturales et legitimi, « naturels et légitimes » se distinguent des legitimi tantum, comme sont les « adoptés » (adoptivi), des « légitimes et spirituels », les « filleuls » (filioli), qui se distinguent eux-mêmes des « spirituels » (car « nous sommes tous les fils du pape »). Trois dernières catégories sont évoquées : celles des naturales, « naturels, mais nés d’un concubinage indu », des legitimi postfactum, « d’abord naturels, puis naturels et légitimes ex postfacto […] pour ainsi dire légitimés » puis les « spurii, manzeres et nothi » qui ne sont « ni naturels, ni légitimes », mais « nés d’un adultère, ou nés d’un inceste, ou nés d’une concubine » (Carole Avignon, « Introduction », Bâtards et bâtardises, op. cit., p. 21).
-
[31]
Johannes de Janua, Summa quae vocatur Catholicon, Argentinae : J. Mentelin, 1470, fol. 526 (URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15185582/f526) : « Nothus, -thi et notha qui vel que natus vel nata est de nobili patre et ignobili matre, sicut de concubina, et dicitur nothus per hoc quia natus sit de nata in de infamia et culpa. Huic contrarius est spurius : qui scilicet natus est de nobile matre et ignobili patre. Hinc etiam nothus dicitur quidam malus et sinister ventus scilicet auster qui pluviosus est, et a calore suo etiam pisces in mari adulterantur, et corrumpuntur. Item a nothus dicitur, -tha, -thum. Unde nomnia a grecis in parte detorta dicuntur notha quia nobilem habet patrem in principium dicuntur, scilicet, grecismum, et ignobilem matrem in finem, scilicet latinitatem, sunt ergo latina nomina que principium et finem habent latinu, ut albus. […] »
-
[32]
Johannes de Janua, Summa quae vocatur Catholicon, Argentinae : J. Mentelin, 1470, fol. 526 (URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15185582/f716.item) : « Spurius, a spurcus dicitur hic spurius, rii, et hec spuria, rie, qui vel que genitus vel genita de nobile matre est et ignobili patre. Item spurius a patre incerto et matre vidua genitus appellatur quasi tamen spurce vel spurii filius, quia muliebrem naturam spurium veteres vocabant. Unde et hi qui non sunt de legitimo matrimonio matrem potius quam patrem sequuntur, et dicitur spurius quasi immundus et extra puritatem positus et hinc spurius, ria, rium in ignobilis et degenerans, unde in lit.ca.iiii. Spuria vitulamina non dabunt radices altas in degenerantia et non naturalia et hec littera est rabanis et antiquorum. Augus. In libro de doctrina christiana dicit quod melius diceretur adulterine plantationes. »
-
[33]
Il n’y a pas d’entrée à « bastardus », ni à « mamzer ».
-
[34]
On pourra remarquer que les lettres de dispenses compilées dans le titre 17 du Liber extra de 1234 « De filiis presbyterorum ordinandis vel non » ne mobilisent pas encore l’expression « defectus natalium » qu’on trouve toutefois dans les compilations de droit à partir du Sexte (à la fin du xiiie siècle). Voir Arnaud Fossier, Le bureau des âmes, Écritures et pratiques administratives de la Pénitencerie apostolique (xiiie-xive siècle), Rome, École Française de Rome, 2018, p. 251.
-
[35]
Thomas d’Aquin, Quaestio disputata de spiritualibus creaturis, XXXIX, art. 5, cité par Marie Barral-Baron, « La question de la bâtardise dans la pensée érasmienne », dans Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises, op. cit., p. 455-464, ici p. 455.
-
[36]
Après les premiers travaux d’Arnaud Fossier, je réserve à Romain Chevalier la tâche de résoudre la difficile question de savoir si « dispenser » signifie « laver » la macule. Son doctorat sera aussi l’occasion d’un approfondissement des réflexions qui ne sont ici que survolées.
-
[37]
Laurent Barry, La parenté, Paris, Gallimard, « Folio essais », 2008, spécialement, « La Una caro » (p. 511-571).
-
[38]
Marta Madero, « La nature du droit au corps dans le mariage selon la casuistique des xiie et xiiie siècles », Annales. Histoire, Sciences sociales, 2010-6, 65e année, p. 1323-1348 ; La loi de la chair. Le droit au corps du conjoint dans l’œuvre des canonistes (xiie-xve siècle), Paris, Publications de la Sorbonne, 2015.
-
[39]
Arnaud Fossier, Le bureau des âmes, op. cit., p. 252.
-
[40]
Carole Avignon, « Bâtardise, sang, chair et consanguinitas dans la pensée romano-canonique de la parenté au Moyen Âge (xie-xiiie siècles) », La sangre y el parentesco : Representaciones y practicas sociales de la consanguinidad (Edad media y Epoca moderna), coordinado por Francisco Garcia Gonzalez y Michaël Gasperoni, Revista de demografia Historica, XXXVII-II, 2019, p. 25-45.
Contribuer à la réflexion interdisciplinaire sur les rapports entre « parenté, mœurs et droit » me donne l’occasion de présenter quelques-uns des chemins d’étude qu’empruntent aujourd’hui des historiennes et historiens du Moyen Âge pour questionner la bâtardise et la place des bâtards et des bâtardes dans les sociétés de l’Occident médiéval latin.
« De quoi la bâtardise est-elle le stigmate ? » C’est à partir de cette question, dont la séduction rhétorique doit être déconstruite, que je propose de partager quelques-unes des réflexions à l’œuvre actuellement pour reconfigurer la grille de lecture de la bâtardise comme objet historique et comme état social. Ces réflexions impliquent de situer le point de vue du chercheur, son inscription dans un environnement disciplinaire et historiographique qui conditionne en grande part son questionnaire. Il serait sans doute intéressant de réfléchir à décrypter les enjeux et les biais implicites qu’il y a dans la mise en œuvre d’une analyse en fonction du lexique qu’on mobilise pour appréhender et définir l’objet d’étude : par un concept ou une montée en généralité substantivée, plutôt qu’un groupe d’acteurs au sein duquel on intègre ou non comme variables à combiner les âges de la vie, le rang dans la fratrie, le genre, l’appartenance différenciée aux genera des clercs ou des laïcs, des chrétiens ou des non-chrétiens, ou à des groupes sociaux ; par des abstractions substantivées qui traduisent ou connotent de manière générique l’écart, l’absence de conformité, la négation de la loi ou bien une expression tout autant abstraite et épistémologiquement construite mais qui procède d’un lexique documenté et assignable de manière moins aléatoire…