Compte rendu

Laurent Mucchielli et Émilie Raquet (dir.), Délinquances, police, justice. Enquêtes à Marseille et en région PACA

Pages 429d à 437d

Citer cet article


  • Normandeau, A.
(2016). Laurent Mucchielli et Émilie Raquet (dir.), Délinquances, police, justice. Enquêtes à Marseille et en région PACA. Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 2(2), 429d-437d. https://doi.org/10.3917/rsc.1602.0429d.

  • Normandeau, André.
« Laurent Mucchielli et Émilie Raquet (dir.), Délinquances, police, justice. Enquêtes à Marseille et en région PACA ». Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 2016/2 N° 2, 2016. p.429d-437d. CAIRN.INFO, droit.cairn.info/revue-de-science-criminelle-et-de-droit-penal-compare-2016-2-page-429d?lang=fr.

  • NORMANDEAU, André,
2016. Laurent Mucchielli et Émilie Raquet (dir.), Délinquances, police, justice. Enquêtes à Marseille et en région PACA. Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 2016/2 N° 2, p.429d-437d. DOI : 10.3917/rsc.1602.0429d. URL : https://droit.cairn.info/revue-de-science-criminelle-et-de-droit-penal-compare-2016-2-page-429d?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rsc.1602.0429d


1 Aix-Marseille, Les Presses universitaires de Provence, 2016, 242 pages

2 Pour un criminologue comme moi qui a été professeur invité à plusieurs reprises à l’Université d’Aix-Marseille et qui a vécu l’équivalent de quatre ans dans cette région de la France, j’étais naturellement fort intéressé à la lecture de ce livre sur la criminalité et le système de justice de la région PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur). Cette région du sud de la France va de Marseille à Nice. D’autant plus que j’ai toujours été très surpris de la « mauvaise réputation » publique en matière de criminalité de cette région, telle que décrite par les médias de Paris et d’ailleurs. Or, ce livre, précisément, jette une lumière empirique de bon aloi sur le sujet et la réponse est plus nuancée : il y a effectivement une criminalité de violence bien documentée dans la grande ville de Marseille, beaucoup moins ailleurs en région PACA, mais de fortes nuances s’imposent pour Marseille. Une partie de la réputation négative de Marseille s’appuie sur des faits divers, certes dramatiques, mais qui ne reflètent pas vraiment l’ensemble de la criminalité de Marseille qui, bon an mal an, est dans la moyenne de l’ensemble de la criminalité en France.

3 Le principal auteur, Laurent Mucchielli, dirige le Laboratoire méditerranéen de sociologie de l’Université d’Aix-Marseille. Il y dirige ce qui s’appelle en France un « observatoire » de la criminalité, dans ce cas-ci : l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS). Auparavant, il avait dirigé le Centre d’études sur le droit et les institutions pénales, le CESDIP, situé à Paris, le plus important centre d’études et de recherches en justice pénale en France et, selon la terminologie nord-américaine, en « criminologie », un centre créé au ministère français de la Justice en 1968 par Philippe Robert. L’autre auteure, Émilie Raquet, est chercheure à l’ORDCS. Ce livre propose une synthèse et une sélection de recherche réalisées entre 2011 et 2015 au sein de l’ORDCS. Ce programme de recherche original a associé pendant cinq ans l’Université d’Aix-Marseille, le Centre national de recherche scientifique (CNRS) et le Conseil régional PACA dans le but de mieux diagnostiquer les problèmes de délinquances et de mieux évaluer les politiques publiques de sécurité et de prévention. Incidemment, le terme de « délinquance » en France recouvre le plus souvent la délinquance des mineurs « et » la criminalité des adultes. En Amérique du Nord, le terme « délinquance » est le plus souvent réservé à la délinquance des jeunes alors que le terme « criminalité » recouvre à la fois la criminalité des jeunes « et » des adultes. Ce livre traite donc autant des comportements délictueux des jeunes que des adultes. Paradoxalement, tous les sujets du livre sont d’une actualité brûlante et n’avaient jamais été traités de façon systématique et collective en dehors de la région parisienne où de tels laboratoires et de tels observatoires sont monnaie courante depuis plus de 25 ans. Il était temps que d’autres régions de France saisissent la criminalité avec de tels outils. L’ORDCS fait donc une œuvre de pionnier en la matière.

4 La Provence en général, et la Ville de Marseille en particulier, sont-elles réellement ces « capitales du crime » que les médias présentent souvent ? Au-delà des règlements de compte liés aux trafics de drogues, qu’en est-il de toutes les autres formes de délinquances et en particulier de celles qui impactent le plus la vie quotidienne des habitants ? Quels types d’enquêtes et de données statistiques permettent de répondre en partie à ces questions ? Comment la police et la justice travaillent-elles sur ces problèmes ? Les zones de sécurité prioritaires et leurs effectifs de police renforcés constituent-elles une réponse efficace à la délinquance ? La justice est-elle « laxiste » comme certains le prétendent ? Toutes ces questions essentielles trouvent ici des réponses scientifiques particulièrement rigoureuses et argumentées.

5 Au-delà des statistiques officielles, le grand mérite de ce livre est l’originalité des méthodes de collecte des données de la délinquance de la région PACA. L’utilisation en particulier des méthodes d’enquêtes de « victimisation » (terme nord-américain), appelées en France de « victimation », ainsi que du sentiment d’insécurité, est d’une grande qualité. La présentation graphique des « cartes » (ex. en p. 50-52,58-64…) est impressionnante, de même que tous ces « tableaux » (une cinquantaine) qui sont précis et clairs pour le lecteur. En conclusion générale, Laurent Mucchielli souligne que d’autres laboratoires et observatoires devraient voir le jour partout en France au cours des prochaines années, d’autant plus qu’il révèle que l’ORDCS travaille avec un budget fort raisonnable. « Ceci nous incite », dit-il, « à penser que dans ce domaine comme dans d’autres, ce n’est pas d’argent public dont nous manquons en France, mais de capacité à le dépenser de façon véritablement utile et efficace pour aider les acteurs de terrain à faire face aux difficultés de la vie quotidienne » (p. 233). Tout compte fait, ce livre à portée régionale est de fait un livre de très grande qualité de niveau national et même, je dirais, de niveau international. C’est le grand mérite de l’équipe de cet observatoire d’Aix-Marseille.

6 Note / Les deux annexes sont pertinentes, à savoir, celle sur l’ensemble des publications de l’ORDCS et celle sur le réseau de l’ORDCS (p. 235-239).

7 André Normandeau

8 Université de Montréal


Date de mise en ligne : 01/04/2019

https://doi.org/10.3917/rsc.1602.0429d