MOINE-DUPUIS (Isabelle), Essai sur les fondements d’un droit international de la personne humaine, Credimi, coll. Théories et droit, LexisNexis, vol. 2, 2014, 139 pages.
Pages 981f à 992f
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- MUIR WATT, Horatia,
- Muir Watt, Horatia.
- Muir Watt, H.
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1 Le droit, plus particulièrement le droit international, peut-il développer une pensée spécifique sur la personne ? Ce petit – en termes de volume, mais non de densité, ni de sens ! – ouvrage tente de répondre à cette question, en en définissant les termes avec une remarquable hauteur de vue. En effet, une réflexion menée dans d’autres disciplines au sujet des grandes tendances économiques et politiques liées à la globalisation, nous enseigne que le concept de personne humaine « ne va pas de soi ». D’une part, les sciences cognitives et la psychanalyse ouvrent des questions sur la subjectivité. D’autre part, les frontières entre la science « dure » et la culture deviennent floues. Les doutes tendent à percer également, souvent à retardement, au sein du droit, parce que le corps humain est sujet à des interventions d’ordre technologique qui étaient inimaginables non seulement lors de la mise en place de la réflexion sur l’humain à l’époque des Lumières, mais aussi à l’ère du grand tournant épistémologique du vingtième siècle qui a vu l’essor des sciences de la société.
2 Il en va pareillement du développement des outils de la gouvernementalité numérique qui apportent autant de bienfaits à la population qu’ils comportent des risques d’intrusion dans la vie privée de chacun. De même, la prise de conscience de l’impact des activités humaines sur l’environnement naturel met en présence de choix politiques et éthiques. À ces deux égards, l’idée de marchandisation (ou de commodification) des valeurs liées à la personne, sa dignité, son intégrité, occupe les devants de la scène dans les débats de philosophie morale et politique. Elle constitue aussi le point d’entrée de cet ouvrage au sein de cette discussion. Sur ce point, le projet est de montrer comment, au-delà des incertitudes et tensions liées à l’émergence d’un ordre international autre que celui de l’égalité souveraine, le droit montre la voie en vue de construire un statut spécifique de la personne, « tourné vers un devoir-être dont l’élément essentiel est la relation au monde et à autrui ».
3 La démarche qui sous-tend cette recherche retient tout particulièrement l’attention, au moment où le débat resurgit à nouveau sur les méthodologies dans les sciences sociales et rejaillit de façon conséquente sur la discipline juridique. Celle-ci fonctionnerait en vase clos, ou interagirait-elle avec son contexte ? Et dans ce dernier cas, est-elle réceptacle passif des méthodes développées dans les sciences voisines, ou est-elle capable de contribuer plus constructivement à cette réflexion en fournissant notamment ses propres outils d’analyse, épistémologiques ou philosophiques ? Isabelle Moine-Dupuis rejoint ceux qui, développant une réflexion méthodologique à l’intérieur du droit, relèvent le défi, considérable, de la construction d’une pensée sur ses institutions et concepts fondateurs qui soit à la fois spécifiquement juridique et pleinement informée par des savoirs venus d’ailleurs. Le résultat – sous forme de questions – auquel parvient son étude au fond, invite à prolonger cette réflexion : « Le droit se limitera-t-il à accompagner une appropriation ou une marchandisation du monde, ou bien orientera-t-il, parallèlement et par tous les moyens possibles, chaque homme vers une communion avec ce même monde, et avec les autres ? ».
4 Horatia Muir Watt