Article de revue

La logistique, une activité stratégique en mutation

Pages 13 à 14

Citer cet article


  • Idrac, A.-M.
(2022). La logistique, une activité stratégique en mutation. Administration, 275(3), 13-14. https://doi.org/10.3917/admi.275.0013.

  • Idrac, Anne-Marie.
« La logistique, une activité stratégique en mutation ». Administration, 2022/3 N° 275, 2022. p.13-14. CAIRN.INFO, droit.cairn.info/revue-administration-2022-3-page-13?lang=fr.

  • IDRAC, Anne-Marie,
2022. La logistique, une activité stratégique en mutation. Administration, 2022/3 N° 275, p.13-14. DOI : 10.3917/admi.275.0013. URL : https://droit.cairn.info/revue-administration-2022-3-page-13?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/admi.275.0013


La filière transports de marchandises et logistique considère que la France doit et peux mieux utiliser les chaînes logistiques comme levier de performances économiques et écologiques. La première étape est que les pouvoirs publics, à tous les niveaux géographiques, reconnaissent cette activité comme stratégique pour l’économie et les territoires.

1 Est-ce parce que la palette ne vote pas, contrairement aux voyageurs, ou parce que les transporteurs et logisticiens sont si efficaces que les rayons de magasins sont toujours garnis, que la logistique n’est historiquement pas un objet politique en France ?

2 Ce numéro démontre, au contraire, le caractère stratégique de la mobilité des marchandises, et incite l’administration territoriale de l’Etat à plus s’intéresser à ces enjeux, indispensables à la réussite de toutes les autres politiques publiques concernant des produits.

1 – Une activité stratégique pour l’économie et les territoires

3 Les crises sanitaires et géopolitiques récentes ont démontré, s’il en était besoin, que l’efficacité et l’agilité de la filière transports de marchandises et logistique sont stratégiques pour les performances de toute notre économie, en France, en Europe et à l’international :

  • La résilience de notre société et l’équité de nos territoires dans l’accès aux biens, passe par la solidité de son organisation logistique nationale
  • Ces activités créatrices d’emplois contribuent à la souveraineté économique et au développement des territoires : l’industrie (pour se relocaliser et exporter), le commerce et la distribution (pour se moderniser), l’économie circulaire (pour se développer), ont besoin de plus en plus de services logistiques performants.
  • L’accélération de la décarbonation des chaînes d’approvisionnement et de distribution mérite de nouvelles impulsions : pour les stocks, la clé est un maillage maîtrisé des entrepôts ; pour les flux, c’est l’accélération du verdissement intermodal des transports.

4 L’ensemble des acteurs privés de la filière, réunis au sein de France Logistique, ont fait 12 propositions pour porter à haut niveau d’ambition et de performance une stratégie logistique globale, au service de leurs clients et de la société, dans le Livre Blanc téléchargeable sur le site internet de l’association.

2 – Une activité à considérer, à tous les échelons territoriaux

5 Mieux utiliser la logistique comme levier de performances économiques, sociales et écologiques, nécessite une vision stratégique d’ensemble, de l’international au local. Cette vision relève des politiques publiques diverses : développement économique et compétitivité, transition écologique, transports et aménagement du territoire… et nécessite des coopérations public-privé à tous les niveaux.

6 Au niveau international, force est de constater que les pays qui ont misé sur la logistique dans leurs choix stratégiques en ont tiré les fruits, notamment au service de leur industrie. C’est bien sûr la Chine avec les routes de la Soie, maritimes et ferroviaires mais aussi l’Allemagne dont la puissance industrielle est largement fondée sur l’importation de composants et l’export de produits finis, via des chaînes logistiques très performantes.

7 Le niveau national doit garantir la qualité et l’accessibilité des grandes infrastructures, les conditions d’exercice réglementaires, fiscales et sociales équitables avec nos voisins européens, la défense des positions françaises en Europe et à l’international…

8 Le niveau local est particulièrement impliqué pour la planification de l’aménagement du territoire (SRADDET, SCOT, PLU), au service du développement économique et de la transition écologique. A ce titre, les conférences régionales de la logistique en cours de déploiement dans toutes les régions, en association préfecture/conseil régional, sont un outil à pérenniser pour faire travailler, sur la durée, l’ensemble des acteurs locaux à une logistique toujours plus efficace. Au niveau encore plus fin, le programme CEE Interlud, vise à accompagner les intercommunalités pour la mise en place de stratégies locales de logistique urbaine durable, intégrant la partie marchandises des ZFE.

3 – La planification logistique du territoire pour optimiser tant les surfaces d’entrepôts que les kilomètres et volumes de transports

9 Le principal enjeu territorial des années à venir est la planification de l’espace, dans le contexte du ZAN, tant pour les flux que pour les stocks.

10 Concernant les infrastructures de transport pour les marchandises, une priorité importante devrait être donnée à la bonne desserte de l’hinterland des ports et aux travaux ciblés permettant d’améliorer l’efficacité des segments du ferroviaire et du transport combiné.

11 Plus nouvelle dans le débat public, la nécessaire planification de l’implantation des entrepôts vise plusieurs objectifs : une plus grande massification des flux (fleuve, rail, taux de remplissage des camions, mutualisation) et une limitation du mitage du territoire (par la densification ou l’utilisation de friches). Pour la logistique de proximité, les entrepôts de distribution urbaine proches des centres réduisent les distances parcourues et facilitent l’optimisation des tournées. Enfin, tout projet industriel implique des capacités de stockage en amont et aval de la production. C’est donc à toutes les échelles territoriales que doit être assurée la prise en compte des besoins croissants en surfaces logistiques, et leur bon maillage.

M. Jean-Baptiste Djebbari, Mme Agnès Pannier Runacher et Mme Anne-Marie Idrac

Description de l'image par IA : Trois personnes en réunion, masquées, autour d'une table avec des documents.

M. Jean-Baptiste Djebbari, Mme Agnès Pannier Runacher et Mme Anne-Marie Idrac

© France Logistique

4 – La décarbonation du transport pour tous les modes, notamment le routier majoritaire

12 La levée des freins au développement du fret ferroviaire sur ses segments de pertinence passe en priorité par la disponibilité et la fiabilité des sillons ferroviaires (aujourd’hui très majoritairement dédiés aux voyageurs et aux travaux), ainsi que la bonne localisation des plateformes multimodales, en lien avec la localisation des flux actuels des produits susceptibles d’utiliser ces modes. Le transport par voie d’eau pourrait se développer à partir de nos ports, sous réserve de passage fluide (exemple du projet de chatière au Havre) et de disponibilité de foncier logistique en bord de fleuves.

13 Même avec le doublement espéré de ces modes lourds, le transport routier restera dominant à plus de 75%. La définition d’une trajectoire technique (véhicules, énergies, bornes) et économique de transition des flottes de transport routier de marchandises et l’accompagnement des entreprises dans sa mise en œuvre relève actuellement majoritairement des acteurs nationaux. Une fois la trajectoire établie, la déclinaison territoriale concernera essentiellement le déploiement des énergies et réseaux d’avitaillement. Dans l’attente du déploiement effectif et en nombre suffisant de solutions alternatives au diesel fossile, qui prendra plus de 10 ans, il convient de continuer d’accepter, notamment dans le cadre des ZFE, les véhicules aux dernières normes (Euro6, CRIT’AIR 2).

5 – Une filière d’avenir innovante et aux métiers nombreux

14 Le secteur investit très fortement dans des outils numériques et solutions innovantes : automatisation des entrepôts, digitalisation des flux d’informations, équipements écologiques pour les véhicules, les bornes ou la production d’énergie, innovations organisationnelles, … L’accompagnement de cette modernisation passe souvent par des écosystèmes locaux favorables à l’innovation que les acteurs territoriaux peuvent favoriser (axes portuaires, évènements comme les JO,…). Afin d’accompagner un secteur innovant en prise avec les grands enjeux actuels, il est indispensable de se donner les moyens de créer un écosystème français favorable dédié à l’innovation en transports et logistique.

15 Enfin, transports de marchandises et logistique représentent plus de 1,8 million d’emplois et des recrutements « pour tous » en grand nombre : plus de 200 000 offres en CDI en 2020 réparties dans toute la France et pour tout niveau de formation. Alors que les emplois à pourvoir vont continuer de croître pour répondre à la croissance de la population, à la résilience de l’économie et à la relocalisation industrielle, il est indispensable d’engager un profond travail pour revaloriser l’image de la filière et dynamiser l’attractivité de ses métiers. Au niveau local, l’administration territoriale de l’Etat doit contribuer à cette revalorisation, notamment par des paroles rappelant le sens et l’utilité de ses activités.


Date de mise en ligne : 30/11/2022

https://doi.org/10.3917/admi.275.0013