Dans une économie qui se transforme, l’Occitanie relocalise et se diversifie
- Par Étienne Guyot
Pages 75 à 77
Citer cet article
- GUYOT, Étienne,
- Guyot, Étienne.
- Guyot, É.
https://doi.org/10.3917/admi.274.0075
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https://doi.org/10.3917/admi.274.0075
La région Occitanie a bénéficié au cours des 25 dernières années d’une croissance remarquable tant du point de vue de la démographie, que de l’économie.
Elle connait pour autant des disparités infra-territoriales fortes.
1 La région Occitanie constitue un ensemble de 6 millions d’habitants, doté d’un PIB de 150 milliards d’euros. La région a connu au cours des 25 dernières années, une croissance remarquable tant du point de vue de la démographie, que de l’économie. Elle est surtout celle dont le poids a le plus progressé, après l’Île-de-France. Elle est ainsi passée, en termes de revenu, du 7e rang hexagonal au 5e rang. Mais l’Occitanie est précisément la région de France qui connaît les disparités infra-territoriales les plus fortes en termes d’emploi, de production et de revenu parmi les 13 régions métropolitaines. Ainsi les zones d’emploi de l’arc méditerranéen connaissent les taux de chômage les plus élevés de l’Hexagone, tandis que les départements du Nord ont des taux parmi les plus faibles.
2 L’économie de l’Occitanie se caractérise par de profondes disparités. Elles sont sectorielles, la filière aéronautique et spatiale pesant très lourd dans l’industrie régionale. Elles sont aussi territoriales avec une concentration de l’activité autour des métropoles toulousaine et montpelliéraine. Cela peut se traduire dans les autres zones de la région par d’importants problèmes économiques autour d’anciens pôles industriels en difficulté. De belles réussites industrielles sont nées en Occitanie, comme celle de Pierre Fabre dans la chimie et la pharmacie ou de Perrier dans l’eau gazeuse. Mais la spécialisation industrielle de l’Occitanie dans la construction aéronautique et spatiale demeure forte avec 17 % des emplois industriels en Occitanie. À côté de l’aérospatial, d’autres secteurs tels que l’agroalimentaire, le tourisme, la santé, le numérique, les nouvelles formes d’énergie et le nucléaire constituent des filières d’excellence porteuses d’innovations et de développement économique pour la région.
Une désindustrialisation avec des causes multiples qui varient selon les secteurs
3 Ces dernières années et avant même la crise due à la Covid, l’économie de la région a connu dans certains secteurs des restructurations qui se sont traduites par de la perte d’emplois industriels. Ces restructurations affectent certaines filières soumises à d’importantes mutations et transformations qui déstabilisent le marché et fragilisent les entreprises qui n’ont pas pu ou pas su les anticiper. C’est le cas dans l’industrie parapétrolière autour de Béziers et du site Cameron spécialisé dans la fabrication de vannes et d’obturateurs de puits et qui draine tout un écosystème local lié à l’« oil & gaz ». Le secteur souffre depuis plusieurs années de la volatilité des cours du pétrole et des variabilités de la demande conduisant à une variabilité importante de la charge de travail.
4 C’est aussi le cas parmi les entreprises de la filière automobile confrontée à d’importantes mutations. Ainsi, la désaffection pour les moteurs diesel a-t-elle impacté directement l’usine Bosch à Rodez spécialisée dans la production d’injecteurs pour moteurs diesel de véhicules particuliers. De façon plus générale, les transformations de la filière, liées notamment au passage au moteur électrique, impactent toutes les entreprises du secteur comme pour la fonderie de la SAM en Aveyron récemment mise en liquidation judiciaire.
5 La perte d’emploi industriel a pu exister aussi, dans une certaine mesure, dans la filière aéronautique. C’est le phénomène bien connu des délocalisations compétitives de certains sites de production vers des pays à plus bas coût de main-d’œuvre, avec l’installation de sites industriels de la « supply chain » dans des pays du Maghreb, ou avec le recours à des sociétés d’ingénierie étrangères. Cette tendance a été cependant rendue moins visible en raison de la croissance globale de la production et des montées en cadence demandées par Airbus avant la pandémie.
6 De façon plus large, les entreprises industrielles sont fragilisées actuellement sur le plan financier par les crises qui se succèdent (Covid et Ukraine). Leur taux d’endettement, lié aux PGE et aux investissements précédemment réalisés, risque de leur poser des problèmes à court terme avec en conséquence des difficultés à accéder aux financements bancaires.
Une réindustrialisation qui nécessite une approche globale
7 La crise de la Covid a remis au premier plan les notions de souveraineté industrielle en montrant la fragilité de notre économie dépendant d’approvisionnements étrangers sur des produits essentiels pour la vie de la nation. Dès lors, la réinstallation ou le développement de sites de production sur notre territoire s’avèrent essentiels.
8 Bien entendu, cette réindustrialisation ne se décrète pas, mais elle se provoque en remédiant aux causes à l’origine de la chute de l’emploi industriel dans notre pays. Elle passe au niveau national par la défense de nos champions nationaux qui structurent le tissu industriel de nos régions. De ce point de vue, la présence en Occitanie de leaders tels qu’Airbus ou Pierre Fabre constitue un atout essentiel qu’il faut défendre et une fondation sur laquelle il faut construire.
9 Il s’agit d’abord de préparer l’avenir en anticipant les mutations technologiques et économiques et en investissant de façon ciblée dans les secteurs porteurs : c’est le cas en préparant d’ores et déjà l’aviation décarbonée, en développant les énergies renouvelables, en investissant dans la recherche de nouvelles thérapies… Les entreprises occitanes les plus innovantes sont déjà impliquées dans les programmes nationaux lancés par le Gouvernement (France 2030, programme d’investissements d’avenir), d’autres, notamment les ETI, doivent encore se positionner sur les méthodes de production nouvelles qui seront celles de l’industrie de demain. Ces développements industriels vont de pair avec l’anticipation des besoins en matière de nouvelles compétences des salariés. Trop souvent des entreprises, qui souhaitent se développer, sont freinées par des difficultés de recrutement liées à l’absence de compétences sur les zones d’emploi.
10 Il convient aussi de faire jouer la solidarité au sein des filières afin d’éviter une pression accrue sur des sous-traitants qui s’est montrée délétère à long terme dans certains secteurs. Cela passe par l’amélioration de la relation client / fournisseur et en particulier par la réduction du crédit interentreprises. Cela nécessite l’accompagnement des petites entreprises pour rendre les filières plus compétitives au moyen de plus d’automatisation et de digitalisation et avec une industrie plus respectueuse de l’environnement. La structuration plus forte des filières pourra entraîner aussi une consolidation par des regroupements d’entreprises. Il faudra l’accepter pour disposer d’ETI plus robustes et résilientes.
11 La mobilisation des partenariats bancaires s’avère absolument nécessaire pour améliorer la situation financière, notamment en haut de bilan, et préserver la capacité d’investissement des entreprises, bien qu’elles soient déjà fortement endettées. Cette fragilité financière rend les entreprises particulièrement vulnérables face au risque de prédation par des acteurs venus d’autres continents qui viendraient racheter à bas prix les savoir-faire industriels régionaux.
12 Enfin, la capacité d’adaptation des outils de production à la variabilité de la demande est aussi primordiale. Dans ce cadre, le dispositif d’activité partielle déjà largement utilisé pendant la crise Covid devrait pouvoir être maintenu quand nécessaire, voire simplifié, pour protéger les emplois, adapter la production temporairement, pour mieux rebondir au moment de la reprise.
Les territoires comme facteur clé
13 L’enjeu de la réindustrialisation n’est pas seulement celui de la souveraineté industrielle, rappelée par les crises que nous subissons. Les emplois industriels sont avant tout un facteur de prospérité et d’équilibre social des territoires. En Occitanie, le lien entre absence d’industrie et pauvreté est évident dans les départements méditerranéens. Contrairement à des idées reçues, l’industrie rémunère mieux que d’autres secteurs économiques et les emplois y sont mieux protégés par un historique d’acquis sociaux. Les territoires seront donc les premiers bénéficiaires du redéveloppement industriel.
14 Mais ils ont surtout un rôle fondamental à jouer pour favoriser l’investissement industriel, en installant un écosystème propice : par le développement des infrastructures de communication, par la mise en place d’une offre de formations sur des compétences nouvelles répondant aux besoins des entreprises, par le soutien aux laboratoires de recherches et la mise en place de dispositifs favorables à l’innovation technologique et à la création de start-ups.
15 Le rôle des acteurs territoriaux a montré son efficacité dans le dispositif des territoires d’industrie. L’Occitanie en compte dix. Ils ont fédéré, autour de l’objectif commun de la réindustrialisation, les acteurs d’un territoire pour reconnaitre l’histoire industrielle et les savoir-faire locaux, financer de nouveaux projets et développer des partenariats.
16 Il semble qu’une vraie prise de conscience ait eu lieu sur la nécessité de protéger et de développer l’industrie sur nos territoires. Une réelle dynamique est enclenchée en Occitanie avec d’ores et déjà des annonces porteuses d’espoir qui veulent positionner la région sur des secteurs d’avenir : comme par exemple le projet Genvia à Béziers qui résulte d’une collaboration entre partenaires publics et privés qui va permettre la création d’une filière complète en France pour la production et l’utilisation en masse d’hydrogène décarboné à un prix compétitif. C’est aussi visible dans la mobilisation des industriels de l’aéronautique pour développer l’avion vert ou des équipementiers automobiles présents en région qui se mobilisent autour du véhicule autonome et connecté, électrique, propre et économe en développant des technologies en électronique embarquée. Cette dynamique s’appuiera sur les femmes et les hommes riches de leur histoire industrielle et forts de leur savoir-faire maintes fois démontré.