La Planche des Belles Filles
- Par Yves Krattinger
Pages 51 à 53
Citer cet article
- KRATTINGER, Yves,
- Krattinger, Yves.
- Krattinger, Y.
https://doi.org/10.3917/admi.268.0051
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- Krattinger, Yves.
- KRATTINGER, Yves,
https://doi.org/10.3917/admi.268.0051
La Planche des Belles Filles a permis au département de la Haute-Saône de se positionner comme organisateur de grands événements dont les succès profitent à l’ensemble du territoire.
1 La Planche des Belles Filles n’est pas apparue comme par enchantement sur les hauteurs des Vosges du Sud quand elle a accueilli sa première arrivée d’étape du Tour de France en 2012. Comme tout lieu montagnard, son éloignement des emplacements plus peuplés a historiquement fait du sommet de La Planche des Belles Filles un berceau de légendes. La plus connue bien sûr : celle dont l’objet est de donner une acceptation romanesque à son nom en lui donnant une signification historique remontant à la guerre de Trente Ans. Que des jeunes filles s’y soient suicidées pour échapper aux mercenaires suédois ou non, l’existence même d’une telle mythologie place La Planche au cœur des croyances et des traditions locales, c’est un endroit aimé des gens qui le connaissent, précieux pour la mémoire collective.
2 Bien sûr avec le temps, cette mystique s’est transformée parallèlement au monde qui l’entoure. Aux entreprises minières et agricoles ont succédé les maquisards, dont la valeur héroïque s’est alliée parfaitement au mythe incarné par La Planche des Belles Filles. En devenant une station de ski dans les années soixante-dix, elle s’est ancrée dans un rôle sportif, économique et de loisirs, et c’est à travers ce prisme que les multiples arrivées du Tour de France lui redonneront sa qualité légendaire, en transcendant le local pour devenir mondialement célèbre.
3 Quand je suis devenu président du département de la Haute-Saône en 2001, La Planche des Belles Filles recevait déjà des courses cyclistes. Notamment, la Cyclosportive des 3 Ballons y célébrait déjà de belles arrivées avec une fréquentation toujours nombreuse. Cette manifestation était indéniablement un succès et c’était un plaisir de m’y rendre pour remettre des coupes et célébrer un accomplissement haut-saônois remarquable. Sa belle notoriété dans la partie vosgienne du département avait fait tout d’abord de cette course un événement assez local, mais c’est grâce à la qualité de son organisation que la raideur de la montée de La Planche des Belles Filles a pu retenir l’attention des représentants du Tour de France lorsqu’ils préparaient leur première venue en Haute-Saône.
4 Que la Cyclosportive des 3 Ballons puisse être qualifiée de « grand événement » ou non, sa conséquence économique la plus importante à ce jour a bel et bien été de faire venir le Tour de France à La Planche des Belles Filles et ainsi de lancer la machine qui a fait de cette station de ski départementale une arrivée mythique pour tous les amateurs de vélo du monde.
5 Il est en effet difficile, quelles que soient les circonstances, de chiffrer la totalité des retombées économiques de manifestations sportives, mais il est clair que pour la Haute-Saône, les conséquences de la venue du Tour de France au sommet de La Planche des Belles Filles sont incommensurables. Le monde du tourisme haut-saônois a en effet indéniablement vu son nombre de visiteurs augmenter et ses bénéfices faire de même, mais il est difficile de départager sur tout le public reçu dans le département depuis 2012, lesquels l’ont fait car ils ont vu La Planche des Belles Filles sur leur écran de télévision, ou lesquels en ont entendu parler grâce à des amis amateurs de vélo. Les grandes manifestations sportives, en plus de mécaniquement faire venir du monde au moment où elles se déroulent, font aussi fonction de publicité pour toute la durée de l’événement, ainsi que pendant la période y menant et souvent par après également. La Planche des Belles Filles a pour force la particularité de sa montée, qui permet, après qu’une course y soit passée, que l’on continue à parler d’elle plus longtemps que pour d’autres sites.
La foule encourage les coureurs lors du passage du Tour de France dans la montée de La Planche des Belles Filles
La foule encourage les coureurs lors du passage du Tour de France dans la montée de La Planche des Belles Filles
6 Sans le dénivelé ni l’aura mystérieuse prêtée par le nom si particulier de « La Planche des Belles Filles », le Tour de France serait tout de même venu en Haute-Saône. Il est tout à fait inutile de spéculer sur ce qui aurait pu se passer, mais difficile d’imaginer qu’une arrivée en plaine ou un contre-la-montre dans les collines auraient eu le même impact. La politique que j’ai menée pour faire de la Haute-Saône un territoire vélo, reconnu pour sa capacité d’organisateur de grands événements, notamment sportifs, aurait bien entendu encore été d’actualité mais aurait sans doute pris beaucoup plus de temps. En effet, nos boucles cyclables et nos vélo-routes ont bénéficié d’une vraie impulsion, et peu à peu nous avons été reconnus nationalement comme un lieu incontournable pour les amateurs de la petite reine, quel que soit leur niveau. Notre offre variée et qualitative, qui inclut également un grand nombre d’hébergements et d’établissements où il est possible de venir en vélo, nous a permis d’être le premier département labellisé « Terre de Cyclisme ».
7 Bien sûr, la Grande Boucle n’a pas changé la Haute-Saône du jour au lendemain. Cependant, elle a permis de changer l’image de notre département – autant du point de vue des Haut-Saônois que du reste du monde – plus rapidement que cela aurait été possible sans et suffisamment pour que nombre d’autres évolutions voient le jour. Il était en effet manifeste que quel que soit l’afflux de touristes ou de capitaux extérieurs, il était impossible sur le long terme de capitaliser sur cette nouvelle notoriété sans opérer simultanément un changement des états d’esprits à l’intérieur du territoire.
8 L’organisation de grands événements permet aux habitants de participer pleinement à la promotion de leur propre territoire, de s’approprier et d’intérioriser ses succès. De même, comme cela a été le cas pour le Tour de France, l’organisation de grandes manifestations sportives nourrit un cercle vertueux : la venue d’étapes de courses ou de championnats promeut le département et donne aussi envie à d’autres organisateurs de faire étape en Haute-Saône.
9 Ainsi, les courses réputées que La Planche des Belles Filles accueille se sont multipliées chaque année. Cela a bien sûr en premier lieu bénéficié à la station elle-même, où de nombreux investissements ont été opérés, avec par exemple l’installation d’une antenne téléphonique ou la création d’un parc « accrobranche ». Aujourd’hui, La Planche des Belles Filles est connue internationalement et est un réel atout touristique pour notre territoire. Cela est vrai même en dehors de la pratique cycliste ou du ski.
La Planche des Belles Filles sous la neige
La Planche des Belles Filles sous la neige
10 De la même manière, c’est une vallée profondément marquée par la désindustrialisation et le chômage qui profite progressivement de cette renaissance en vivant une nécessaire redynamisation. Les collectivités, les acteurs professionnels et plus largement la population partagent les choix politiques que nous avons faits vis-à-vis de La Planche et ont très vite compris les enjeux du développement touristique du secteur.
11 La politique que nous avons conduite en parallèle a permis au reste du territoire de profiter de cette notoriété. En premier lieu, il était important que d’autres sites emblématiques du département puissent être mis en avant aux côtés de La Planche, afin d’apporter une meilleure cohérence à l’image départementale. Cela a pu être fait en variant les parcours, en proposant d’autres communes haut-saônoises pour le passage du Tour, ou tout simplement en les montrant aux téléspectateurs lors des étapes arrivant à La Planche. Cela a pu être le cas pour le plateau des Mille Étangs, les thermes de Luxeuil-les-Bains, le musée de la montagne de Château-Lambert, la Chapelle Le Corbusier à Ronchamp, ou encore la Grande Pile, tourbière unique au monde… Ainsi c’est toute la Haute-Saône qui est mise à l’honneur, donnant un contexte territorial à La Planche des Belles Filles.
12 Ensuite, pour qu’un maximum d’acteurs puissent bénéficier des retombées de l’organisation de grands événements sportifs, il est nécessaire que le plus possible d’entre eux y soient associés dès le départ. En effet, au fil des années, en agissant dans différents secteurs, nous ne nous sommes pas contentés de fédérer le monde du tourisme ou du sport. Avec la création de la marque territoriale « Haute-Saône la Course en Tête », c’est un ensemble d’acteurs économiques – publics ou privés – qui ont pu être rassemblés derrière une image de la Haute-Saône renouvelée et fortifiée par l’organisation régulière sur notre territoire de manifestations à l’envergure extra-départementale.
13 Ces manifestations sportives remplissent idéalement les deux objectifs de faire connaître le département au-delà de ses frontières, ainsi que de rendre ses habitants fiers de leur territoire. Les investissements que nous avons opérés à La Planche des Belles Filles ont payé, en grande partie parce qu’ils étaient accompagnés d’autres investissements importants dans le reste du département. Même en 2020, nous avons réussi à recevoir une étape du Tour de France – un contre-la-montre historique – de même que les Championnats de France Avenir de Cyclisme sur route, adoucissant ainsi une année moralement difficile pour tous.
14 L’organisation d’événements sportifs d’envergure ne palliera jamais toutes les problématiques auxquelles un territoire rural tel que le nôtre reste confronté, mais contribue sans aucun doute à la grandeur de la Haute-Saône.