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Le maréchal Pétain, ou le procès de l'armistice

Pages 337 à 380

Citer ce chapitre


  • Amson, C.,
  • Amson, D.,
  • Moore, J.-G.
  • et Janville, T.
(2007). Le maréchal Pétain, ou le procès de l'armistice. Les grands procès : Préface de Jacques Vergès (p. 337-380). Presses Universitaires de France. https://droit.cairn.info/les-grands-proces--9782130558309-page-337?lang=fr.

  • Amson, Charles.,
  • et al.
« Le maréchal Pétain, ou le procès de l'armistice ». Les grands procès Préface de Jacques Vergès, Presses Universitaires de France, 2007. p.337-380. CAIRN.INFO, droit.cairn.info/les-grands-proces--9782130558309-page-337?lang=fr.

  • AMSON, Charles,
  • AMSON, Daniel,
  • MOORE, Jean-Gaston
  • et JANVILLE, Thomas,
2007. Le maréchal Pétain, ou le procès de l'armistice. In :
  • AMSON, Daniel,
  • MOORE, Jean-Gaston,
  • AMSON, Charles,
  • Coordination par JANVILLE, Thomas,
Les grands procès Préface de Jacques Vergès. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Questions judiciaires, p.337-380. URL : https://droit.cairn.info/les-grands-proces--9782130558309-page-337?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Le récit de ce procès historique bénéficie ici de l’inestimable apport des souvenirs personnels de Jean-Gaston Moore, qui en est l’un des derniers grands témoins.
  • [2]
    Le dernier exemple en date avait été le procès devant les tribunaux militaires du maréchal Bazaine, en 1873. Hostile au nouvel ordre républicain qui poursuivait la guerre après la déchéance du Second Empire, Bazaine s’était rendu à l’armée allemande en septembre 1870, ce qui fut considéré comme un acte de trahison. Sa condamnation à mort sera toutefois commuée en une peine de vingt ans de prison par le maréchal Mac-Mahon, président de la jeune IIIe République.
  • [3]
    Notamment, il fut ainsi élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1919, puis en 1929 membre de l’Académie française, où il succéda au maréchal Foch.
  • [4]
    Lors de sa déposition, Reynaud rappellera du reste que la majorité parlementaire qui avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain – par la loi du 10 juillet 1940 – était issue du Front populaire, et était composée notamment au Sénat d’une majorité radicale-socialiste.
  • [5]
    Voir notamment son article paru dans la revue Historia, en août 1965, p. 229, et ses articles divers.
  • [6]
    Diligenté par le régime de Vichy, ce procès mit ainsi en accusation plusieurs anciens présidents du Conseil (Léon Blum, Édouard Daladier, Paul Reynaud) et hommes politiques de premier plan (comme Georges Mandel), mais également plusieurs militaires (principalement le général Gamelin). Peu après son ouverture le 19 février 1942, le procès n’avança cependant guère dans le sens espéré par les dirigeants de Vichy : ainsi, Blum souligna que c’était sous sa présidence du Conseil que le budget des armées avait été le plus important, alors que celui-ci avait été réduit par les gouvernements auxquels avaient pris part Laval ou Pétain. Bien plus encore, les débats mirent rapidement en évidence que la défaite était essentiellement imputable au haut commandement militaire, tandis que l’armistice pouvait apparaître comme militairement prématuré. Exaspéré par un procès dans lequel les accusateurs se trouvaient eux-mêmes mis en difficulté, Hitler exigea qu’il y fût mis un terme, d’autant qu’il attendait lui-même de ce procès la démonstration de ce que c’étaient les alliés eux-mêmes qui avaient agressé l’Allemagne. De fait, les audiences cessèrent brutalement, « de concert », le 14 avril 1942.
  • [7]
    Redevenu président de la Chambre en 1935, il s’était abstenu de voter les pleins pouvoirs à Pétain.
  • [8]
    Jules Jeanneney fut président du Sénat à partir de 1932.
  • [9]
    Voir notamment en ce sens Philippe Bourdrel, « Le procès de Pétain », revue Miroir de l’Histoire, septembre 1965, p. 55.
  • [10]
    Sur Robert Aron, Y., outre son histoire de Vichy, ses articles dans L’Aurore (en particulier, 29 novembre 1954).
  • [11]
    Les Empires allemand, russe, austro-hongrois et ottoman.
  • [12]
    En 1932, l’Allemagne avait du reste obtenu de la Société des nations le droit de se réarmer : la France s’opposant à la mise en œuvre effective de ces nouvelles prérogatives, le nouveau chancelier Hitler se retira de la sdn, et entama un réarmement clandestin.
  • [13]
    Signé le 23 août 1939, le pacte Molotov-Ribbentrop fut un véritable coup de tonnerre, d’autant que les communistes français, pacifistes depuis 1936, avaient abandonné cette attitude pour promouvoir la lutte contre le fascisme. Face à l’attitude du parti qui officiellement s’alignait sur Moscou, le gouvernement Daladier réagit et obtint des députés communistes le vote des crédits de guerre, avant de dissoudre le Parti communiste le 26 septembre 1939. Mobilisé, Thorez déserta sur l’ordre de Moscou et quitta la France pour l’URSS. Il n’y rentrera qu’en 1944, amnistié par le général de Gaulle.
  • [14]
    Voir sur ces questions « La drôle de guerre des communistes », in Historia, « L’année 1940 », novembre 1990, p. 65.
  • [15]
    Ceux-ci seront du reste conservés jusqu’aux environs des années 1965-1967.
  • [16]
    Il y avait en 1940 sur le territoire français environ 165 000 Juifs étrangers, dont 65 000 à Paris et 100 000 en zone non occupée (voir sur ce point l’étude exhaustive de Jean-Marc Varaut dans Le procès posthume, in Le procès Pétain, 1945-1995, Paris, Perrin, 1995, p. 421 et s.).
  • [17]
    Il est du reste rapporté que les villes frontalières françaises continuèrent à recevoir sans interruption l’électricité produite par les centrales allemandes…
  • [18]
    Du très large avis des experts militaires et des historiens, l’absence alors totale de divisions blindées et d’équipements antichars dans les troupes allemandes stationnées dans l’ouest du pays permet d’affirmer qu’une offensive énergique et résolue des troupes françaises n’avait en réalité aucune chance d’être stoppée, et aurait sans doute mené à une unique – et décisive – bataille au cœur de l’Allemagne. Le pari de l’inertie qu’avait risqué Hitler en dégarnissant son front ouest, malgré la très grande inquiétude de son état-major, aura ainsi été couronné de succès.
  • [19]
    Le 17 octobre, les dernières troupes françaises quitteront le territoire allemand. Elles ne reviendront y combattre qu’en mars 1945.
  • [20]
    Contrairement à une opinion malheureusement trop répandue, l’armée française se sera battue avec acharnement : elle eut à déplorer 90 000 morts en quarante jours de combat, ce qui représente l’équivalent des plus fortes pertes mensuelles pendant la guerre de 1914-1918. Près de Laon, un fait d’armes du colonel de Gaulle, qui dirigeait la 4e division cuirassée, lui vaudra du reste le grade de général.
  • [21]
    Sur ces journées tragiques, voir Robert Aron, « Trois jours terribles en 1940 », Historia, octobre 1976, p. 47.
  • [22]
    Du côté allemand, les pertes étaient en comparaison infimes, puisque ceux-ci n’eurent à déplorer qu’environ 10 000 tués et 42 000 blessés.
  • [23]
    Lors de la réunion du comité de guerre du 25 mai, Pétain proposa l’armistice, ce à quoi Weygand répondit qu’il s’agissait par nature d’une question « interalliée ».
  • [24]
    Ce texte de Monnet prévoyait de fondre en un seul les deux pays, avec la mise en place d’un État doté d’un gouvernement, d’une armée, et d’une citoyenneté unique. Curiosité méconnue de l’histoire du droit international, le texte disposait ainsi : « At the most fateful moment in the history of the modern world, the Governments of the United Kingdom and the French Republic […] declare that France and Great Britain shall no longer be two Nations but one […]. Every citizen of France will enjoy immediatly citizenship of Geat Britain, every British subject will become citizen of France […]. »
  • [25]
    Le texte reçut le 16 juin tout à la fois l’accord de Churchill, de Reynaud, et du reste de De Gaulle (ce dernier avait alors été envoyé par Reynaud à Londres pour tenter à nouveau d’obtenir de Churchill l’autorisation de conclure une paix séparée avec l’Allemagne). L’accord sera cependant repoussé par le gouvernement français – et notamment Pétain –, et quelques heures plus tard Reynaud sera démissionnaire.
  • [26]
    Jean Monnet, Mémoires, Paris, Fayard, 1976, p. 35.
  • [27]
    Voir sur ces deux journées décisives la revue Historia, février 1974, p. 68 et s. ; ainsi que L’armistice de juin 1940, textes réunis par J.-F. Chiappe (comprenant notamment des écrits de Robert Aron, Baudoin, Benoist-Méchin, maréchal Juin, général de Gaulle (Mémoires), Weygand, Lebrun, Raynaud, Rommel, etc.), revue Histoire pour tous, juin 1960, p. 140 et s.
  • [28]
    Selon l’ancien directeur des affaires politiques aux Affaires étrangères, qui témoignera lors du procès de Pétain, la Belgique – qui avait capitulé le 28 mai 1940 – demandera en vain en juillet 1940 à passer du régime de la capitulation à celui de l’armistice. Réfugié en zone libre, le gouvernement belge, par l’entremise de notre délégation à Wiesbaden, en fut chargé. Elle n’eut pas de succès.
  • [29]
    Que les flottes françaises et britanniques protégeaient du reste alors très lourdement.
  • [30]
    Il s’agissait de la division Rhin et Danube.
  • [31]
    Selon l’armistice, la France était autorisée à avoir une armée de 137 000 hommes. En novembre 1942, la France en comptait 200 000.
  • [32]
    Voir notamment sur ce point Philippe Masson, « La France de l’été 1940 », Historia, numéro hors série no 39, p. 5 et s.
  • [33]
    Écarté du pouvoir en 1935, il considérait que son éviction avait eu pour conséquence de jeter Hitler dans les bras de Mussolini, et avait ainsi permis l’annexion de l’Autriche et de ses suites. Laval estimait avoir à prendre sa revanche politique, et la défaite lui en donna l’occasion.
  • [34]
    Pierre Masse fut un martyr, déporté en juillet-août 1941 malgré ses titres militaires et civils, et sa lettre de protestation adressée à Pétain. Selon nos sources, Pierre Masse avait été dénoncé par un de ses confrères, Donenker. Celui que l’on croyait être le dénonciateur avait été condamné à mort à la Libération, mais fut gracié sur intervention de Frédéric Jaffré, notre éminent confrère, par le général de Gaulle.
  • [35]
    Tous ceux qui avaient, auparavant, demandé asile avaient été refoulés, y compris Laval qui, à bord d’un avion, gagna l’Espagne.
  • [36]
    D’après Jean Vartier, « Le maréchal Pétain rentre en France », revue Histoire pour tous, février 1972, p. 371.
  • [37]
    Voir sur ce point Robert Aron, « Le procès du maréchal Pétain », Historia, août 1965, p. 228. Comme le relève l’historien, pour l’accusation, « ce jugement était celui d’un flagrant délit. Il demeurait superflu d’étudier à fond le dossier ».
  • [38]
    Et ce malgré les décisions prises par le GPRF sur un plan juridique, comme l’ordonnance rétablissant la légalité républicaine d’août 1944.
  • [39]
    À propos du président Mongibeaux, il convient de souligner que douze de ses collègues pressentis avant lui avaient refusé la mission de présider la Haute Cour. Atteint d’un mal inexorable dont il souffrait, ce haut magistrat des plus remarquables accepta. Un magistrat du parquet qui l’avait bien connu, écrit néanmoins à son propos dans des mémoires inédites : « Il m’a été précisé par un témoin de l’époque que le président Mongibeaux, dont de 1930 à 1934 j’avais connu personnellement l’exigeante conscience professionnelle, avait présidé les deux procès [Pétain et Laval], avec la même désinvolture que s’il se fût agi d’un vol de lapin. Il n’avait même pas lu les pièces du dossier, se contentant de parcourir le réquisitoire définitif où il se trouvait résumé. Ainsi, c’est un malade, maintenu en fonctions par charité en raison de l’excellence de ses services passés, qui est responsable devant l’Histoire des lacunes et des insuffisances qui ont privé les débats d’une part de la lumière qui aurait dû les inonder. Ce malade pourtant, lorsqu’il était encore sain de corps et d’esprit, avait été un bon et loyal magistrat qu’admiraient et respectaient tous ceux qui étaient en rapport avec lui. »
  • [40]
    Voir supra.
  • [41]
    D’après Gabriel Delattre, « J’étais premier juré du procès Pétain », Histoire pour tous, avril 1964, p. 496.
  • [42]
    Pétrus Favre, socialiste, était comme l’avocat Gabriel Delattre juré parlementaire au procès Pétain, choisi par l’assemblée consultative. Comme ce dernier, il a également violé le secret des délibérations dix-neuf ans après les faits (Un témoin raconte, Saint-Étienne, Delmas, 1962) : tous deux – ainsi que la revue Histoire pour tous – furent du reste relaxés des poursuites intentées sur ce chef, le 28 mars 1966.
  • [43]
    Gabriel Delattre, « J’étais premier juré du procès Pétain », Histoire pour tous, avril 1964, art. cité.
  • [44]
    Isorni ajoutera du reste : « Geo London [l’un des plus grands journalistes et chroniqueurs de l’entre-deux-guerres et des armées qui suivirent la Libération] vint me confier que le Premier président [Mongibeaux], toujours hostile à la peine de mort, faisait demander au bâtonnier Payen de renoncer à prendre la parole, [et] qu’il était de l’intérêt du Maréchal que la Haute Cour délibérât dans l’atmosphère d’amour et d’apaisement que j’avais réussi à créer. »
  • [45]
    Me Yves-Frédéric Jaffré est l’un des avocats de Laval qui soit encore survivant. Témoin et partie de grands procès de l’histoire contemporaine, il est notamment l’auteur d’un ouvrage sur les tribunaux d’exception, précédemment cité. Il est également le dépositaire de secrets qui appartiennent désormais à l’histoire, comme l’illustre son ouvrage Il y a cinquante ans, Pierre Laval : le procès qui n’a pas eu lieu, Paris, Albin Michel, 1995.
  • [46]
    D’après Jean Schlumberger, Le procès Pétain, Paris, Gallimard, 1947, p. 53.
  • [47]
    D’après Jean-Marc Varaut, Le procès posthume, in Le procès Pétain, 1945-1995, Paris, Perrin, 1995, op. cit.
  • [48]
    Le propos était donc que la République n’avait pas cessé d’être le régime constituant de la France. S’il est vrai que les bustes de la République étaient demeurés et que les décisions de justice restaient toujours rendues selon la formule « La République française, au nom du peuple français », cette logique juridique stricte, n’avait aucune chance d’aboutir. L’Histoire, plus forte que le droit, exigeait que la légitimité républicaine ait cessé le 17 juin, après la nomination du maréchal Pétain par Albert Lebrun et la demande d’armistice, selon l’usage de nos cours et tribunaux, l’incident est joint au fond.
  • [49]
    Comme en particulier du Moulin de La Barthète ou encore Rochat.
  • [50]
    Ce que déplorera et constatera du reste Louis Nogués, devenu président de la Haute Cour siégeant au Sénat.
  • [51]
    Un incident violent mit d’ailleurs en cause le procureur général Mornet, qui s’était adressé à la presse trois mois avant la première audience, le 28 avril 1945, ce qui exigea l’intervention du bâtonnier Jacques Charpentier.
  • [52]
    Les débats dactylographiés, déposition des témoins, réquisitoires, plaidoiries, représentaient en tout quelque 492 pages. Celles des témoins 404 pages, dont 153 pour l’accusation, 200 pour la défense, et l’audition de Laval – que nous classons à part – 34 pages.
  • [53]
    Par la suite, Reynaud avait du reste lui-même accepté, de la part du Maréchal, une ambassade à Washington.
  • [54]
    Daladier oublia néanmoins qu’il avait voté contre la prolongation du service militaire à deux ans avec Léon Blum le 15 mars 1938, après le référendum sur la Sarre qui s’était soldé par un vote à 90 % en faveur de l’Allemagne (v. Liliane Creté, « Le front populaire », Miroir de l’histoire, décembre 1982, p. 56).
  • [55]
    Voir « Le procès de Riom », textes réunis par Louis Saurel, Histoire pour tous, mai 1969, p. 41.
  • [56]
    Dont le vice-président Camille Chautemps, homme politique clé de la IIIe République, ancien président du Conseil, haut dignitaire de la franc-maçonnerie (et qui avait du reste été mis en cause dans l’affaire Stavisky examinée dans le présent ouvrage).
  • [57]
    Environ 137 000 hommes.
  • [58]
    Il est vrai que de telles opérations étaient organisées, ainsi qu’il m’a été donné de le constater indirectement, en assurant comme jeune avocat commis d’office la défense d’un dénommé Colombel. En consultant son dossier rue Boissy d’Anglas au secrétariat des Cours de justice, quel ne fut pas mon étonnement en lisant que Colombel détenu avait été condamné à mort pour espionnage et intelligence avec l’ennemi en temps de guerre, en mars ou avril 1942 par le tribunal militaire de Lyon. Je rendis visite à mon « client » à la prison. Il m’expliqua ce que confirmait la consultation du dossier : en 1940-1941, alors qu’il se trouvait démobilisé et sans travail à Toulon, il fut contacté par des agents allemands en zone non occupée. Il eut la faiblesse de travailler pour leur compte, en les informant à leur demande du trafic maritime entre la métropole et l’Afrique du Nord et du transport de matériel de guerre, en oubliant que l’armistice n’était qu’une suspension d’armes. L’ayant réalisé, je compris les raisons de sa condamnation, mais je n’imaginais pas que nos services secrets avaient continué leur travail après l’armistice. Peu de temps après, sur question du député Joseph Denais, une réponse du garde des Sceaux établissait qu’il y avait eu pendant cette période – juillet 1940 - novembre 1942 – environ entre 600 à 700 condamnations à des peines de mort, dont certaines furent commuées en de lourdes peines de prison. Au procès en Haute Cour du secrétaire général du ministère de la Justice, Dayras, ce sujet fut du reste évoqué. Après novembre 1942, les Allemands exigèrent en effet que l’on procéda – au cas par cas – à la révision des procès des condamnés pour intelligence avec l’ennemi : une commission que Dayras présida du 17 juin au 4 décembre 1943 fut du reste créée à cet effet, pour absoudre ou gracier les traîtres condamnés après l’armistice par les tribunaux français pour intelligence avec l’ennemi (et plus précisément pour les avoir renseignés « sur nos états-majors, nos dépôts de troupes et de matériel de guerre, notre aviation, notre gendarmerie, nos camps de jeunesse, les mouvements de nos navires, nos envois de troupe en Afrique du Nord, nos défenses terrestres de la métropole » ; voir sur ce point Bernard Morice, Du maréchal Ney au général Nogues : les procès de haute justice au palais du Luxembourg, Paris, France Empire, 1972, p. 434 et plus spécialement p. 436 et s.).
  • [59]
    Même le général Keitel considéra plus tard qu’accorder l’armistice avait été une erreur de la part des Allemands.
  • [60]
    La colère d’Hitler devant le refus de Franco fut du reste rapportée par l’interprète Schmitt dans ses Mémoires.
  • [61]
    Léon Blum n’en avait pas même été le témoin, il regretta que Paris fût déclaré ville ouverte. Il en allait de même pour Michel Clemenceau, qui fut néanmoins d’une grande violence à l’égard de l’accusé auquel – notamment en qualité d’ami de Georges Mandel – il portait une haine viscérale. En revanche, il rendit hommage au rôle joué par des fonctionnaires en place, qui dans l’ombre desservaient l’occupant (ce qui lui avait permis de rendre visite à Georges Mandel).
  • [62]
    Lequel s’évada après avoir été fait prisonnier.
  • [63]
    Général de Gaulle, Mémoires de guerre, t. III : Le salut.
  • [64]
    Y.-F. Jaffré, Les tribunaux d’exception de la Cour de Riom à la Cour de sûreté de l’État (1940-1962), Paris, Nouvelles Éditions latines, 1963, p. 116.
  • [65]
    Il le perçut semble-t-il dès la fin de l’année 1942.
  • [66]
    Celui-ci, professeur de droit constitutionnel reconnu, aurait eu Michel Debré pour élève. Ce projet – qui ne vit jamais le jour – inspira semble-t-il le futur Premier ministre et la Constitution de 1958.
  • [67]
    Ce fut la satellisation du régime, avec des ultras comme Déat, et plus tard Darnand en janvier 1944, nommé ministre de l’Intérieur. Pétain donna finalement satisfaction aux tenants de la constitution d’un gouvernement national-socialiste, et accepta le contrôle de la police par la milice (fin 1943 - janvier 1944). Le sursaut avait été la dernière chance du Maréchal de se démettre dans l’honneur.
  • [68]
    Voir Adrien Dansette, « La rencontre Herriot-Laval », Miroir de l’histoire, juillet-août 1969, p. 29.
  • [69]
    La veille un témoin de la défense, Charles Trochu – ancien combattant des corps francs avant de repartir combattre en Afrique –, avait déclaré que Pétain, après les fusillades de Châteaubriand, avait voulu se constituer prisonnier sur la ligne de démarcation, et que l’on avait somme toute confié le pouvoir à un novice de 87 ans.
  • [70]
    D’après Claude Grenelle, « Ce qui s’est dit à Montoire », in Historia, « Vichy s’affole », mars 1967, p. 104.
  • [71]
    Voir sur ce point notamment Historia, décembre 1956, p. 417.
  • [72]
    Une fois rentré dans son wagon, Hitler aurait trépigné de rage en disant : « Ce nabot m’a roulé ! » De fait, Franco lui aurait déclaré : « Si vos armées entrent, souvenez-vous de l’accueil qui fut réservé à Napoléon. » Hitler avait proposé à Franco une alliance immédiate, offrant Gibraltar à l’Espagne. Rusé, Franco posa à Hitler des conditions impossibles à satisfaire : blé, armement lourd, notamment. Ils ne parvinrent pas à se rapprocher, et, bien au contraire, leurs relations en furent refroidies. Rappelons que l’Espagne fut dès 1940 un passage obligé de ceux voulant rejoindre les Alliés. Ce fut le cas de Jean Moulin le 12 septembre 1942, qui après avoir reçu à Marseille un visa du consul américain, entra en Espagne puis gagna Lisbonne.
  • [73]
    Ces diverses préoccupations animaient alors véritablement les Français, ainsi que le montre notamment un article du colonel Rémy dans la revue Historama, en février 1974.
  • [74]
    Voir Historia, novembre 1960, p. 546.
  • [75]
    L’aéroport de Vichy eut jusqu’au débarquement des lignes régulières.
  • [76]
    Outre les débats, on peut prendre connaissance du contenu de ceux-ci dans le procès en Haute Cour de Jacques Chevalier, où ce dernier comparut en tant que ministre de Vichy (voir Bernard Morice, Du maréchal Ney au général Nogues : les procès de haute justice au palais du Luxembourg, op. cit., p. 507).
  • [77]
    Voir sur ce point Jean-Marc Varaut, Le procès posthume, in Le procès Pétain, 1945-1995, op. cit., p. 526 et s.
  • [78]
    Laval revint brièvement sur le sujet, lorsque furent évoqués les événements qui avaient opposé Bousquet à Oberg et Knochen à la fin de l’année 1943, à propos de la consultation des listes d’israélites français établies dans les préfectures. Un préfet qui avait refusé aux autorités allemandes d’en prendre connaissance avait en effet interrogé à ce sujet son supérieur hiérarchique, Bousquet. Celui-ci confirma sèchement le refus le 26 novembre 1943, dans une réponse dépourvue d’ambiguïté. Bousquet sera arrêté et déporté à son tour avec le général de la Porte du Theil, un ami du Maréchal et qui fut le chef des chantiers de jeunesse. C’est alors que Darnand fut nommé, en janvier 1944, secrétaire général au maintien de l’ordre : la police passait dès lors sous les ordres de la milice et de la Gestapo, d’où l’hécatombe qui commença en janvier 1944, et dont fut notamment victime Geneviève de Gaulle.
  • [79]
    Il convient de rappeler ici plusieurs dépositions émouvantes. Tout d’abord, celle de Mme Ernest Psichiari, qui imputa aux hésitations et aux équivoques du Maréchal la mort de son fils, décédé dans les combats ayant opposé les forces françaises d’Afrique du Nord avec les Américains avant la cessation des combats. Par ailleurs, Me Arrighi (il n’était pas encore bâtonnier) et Marcel Paul évoquèrent leur déportation, et furent les seuls témoins cités sur ce chef. Le bâtonnier Arrighi avait vu son fils – également avocat – fusillé sous ses yeux. Sa déposition fut superbe. La déposition de Marcel Paul était celle d’un militant communiste engagé, qui avait été déporté : son attitude au cours de celle-ci suscita des remous, et un procès tenu en 1978 devant le TGI de Versailles – et rapporté à l’époque dans la Gazette du Palais – en témoignera par la suite.
  • [80]
    Leary quitta Vichy lors du rappel de Laval, le 18 avril 1942. Il faut rappeler que les États-Unis n’avaient basculé dans la guerre qu’en décembre 1941, après Pearl Harbor, mais qu’en novembre 1940 Roosevelt s’était engagé lors de sa réélection à ne pas entrer en guerre : du reste, la polémique subsiste encore aujourd’hui sur le point de savoir si l’attaque japonaise n’était pas une réaction attendue – et voulue – du gouvernement américain.
  • [81]
    Le général Georges partit à Alger le 10 novembre 1942. Il sera ministre sous le général de Gaulle.
  • [82]
    Ce fut du reste également après coup l’opinion des militaires allemands (voir sur ce point l’ouvrage de Bernard Schnetzler, Les erreurs stratégiques du IIIe Reich pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Economica, 3e éd., 2006).
  • [83]
    Ceux-ci reprendront du reste par la suite la lutte contre l’Axe aux côtés des Alliés.
  • [84]
    Ces dispositifs ont fourni aux aviateurs alliés un appoint de première importance, qui a fait de la participation à la reprise de la lutte tout autre chose qu’un geste symbolique.
  • [85]
    Le général Dentz fut condamné à mort de ce chef et mourut en prison.
  • [86]
    En août 1942, une tentative de débarquement à Dieppe – l’opération Jubilee – fut menée par les Alliés, sous la forme d’un simple raid de 10 000 hommes. L’opération se solda par un cuisant échec, ce qui laisse à penser qu’elle n’était tout au plus conçue que comme une simple diversion, et non comme une tentative sérieuse pour établir une tête de pont dans le nord de la France.
  • [87]
    À la vérité, son hésitation tint surtout au fait qu’il y avait en France un fort parti de la collaboration avec l’Allemagne, comprenant des personnalités politiques françaises, mais également de la société civile comme le savant Georges Claude ou l’académicien Abel, Bonnard, Henri Béraud, Drieu La Rochelle, Robert Brasillach, Alphonse de Chateaubriand, notamment. Ceux-ci remplissaient les salles bondées du Vel d’Hiv ou de Wagram, tandis que divers politiques allant de Philippe Herriot (extrême droite) à Marcel Déat (socialiste), Jacques Droriot (ex-secrétaire général du Parti communiste) étaient prêts à prendre le pouvoir et ce, sans compter Joseph Darnand et combien d’autres. Ces extrémistes voulaient que la France déclare la guerre aux Alliés, et il est fort possible que si Pétain avait écouté le général Bergeret – et d’autres – et s’était rendu en Afrique du Nord, les premiers auraient pris le pouvoir et déclaré la guerre aux Alliés, selon le vœu d’Hitler.
  • [88]
    En 1947, Edmond Michel le proposa au général de corps d’armée par une décision spéciale.
  • [89]
    Weygand, interdit de départ en Afrique du Nord, séjourna à Cannes où le Maréchal le fit chercher par avion pour Vichy, à la suite du débarquement. Il conseilla à celui-ci de partir en Afrique du Nord, mais lui aussi se vit opposer une réponse négative. Weygand fut surtout considéré comme le général à abattre, en raison des soupçons pesant sur lui s’agissant de la réorganisation de l’armée d’Afrique, d’où son rappel et son « interdit » en Afrique du Nord. Il fut envoyé en Allemagne au château d’Itter, où il retrouvera notamment Paul Reynaud. Le maréchal Keitel, qui croyait au sentiment anti-allemand de Weygand, avait du reste l’intention de le faire exécuter : ce fut d’ailleurs un point capital de l’accusation retenue à Nuremberg contre Keitel, après la déposition citée par l’accusation américaine (voir sur ce point « Keitel a cherché à assassiner Weygand », Histoire pour tous, février 1968, p. 347).
  • [90]
    Yves Bouthillier, comme d’autres anciens ministres cités, fut déporté. Le général Picquenday témoigne du travail en profondeur mis en œuvre sur son ordre à Vichy : cacher, camoufler du matériel de guerre. C’est sous le ministère de Bouthillier – avant sa démission en avril 1942, lors du retour de Laval – que fut supprimé pour la détermination du revenu imposable la prise en considération du montant de l’impôt payé l’année précédente, droit reconnu jusqu’en 1941. Il s’agissait bien sûr d’une mesure temporaire dictée par le temps de guerre, de la pénurie, afin de lutter contre l’inflation. Mais nous savons que cette décision est devenue définitive.
  • [91]
    François Martin que j’ai connu comme avocat, que j’ai admiré en plaidant à ses côtés dans des grands procès, devint un ami, ainsi que son fils également avocat, puis magistrat. J’ai, grâce à ce dernier, son « dossier » de cette époque, avec ses protestations et ses messages.
  • [92]
    De Brinon fut un partisan actif de la collaboration avec l’Allemagne. Il ne cessa de trahir les efforts des fonctionnaires, les partisans du double jeu. Il fut un « traître » et condamné à mort de ce chef, et exécuté.
  • [93]
    Notre confrère Gabriel Delattre, avocat juré, le dit fort bien (« J’étais premier juré au procès Pétain », Histoire pour tous, avril 1964, p. 496-497).
  • [94]
    Comme parmi les contemporains de l’époque, Moro, Baudet, Tixier, Aujol, Gautrat, Floriot, même Raymond Hubert (l’avocat de Sacha Guitry), ainsi que de nombreux autres.
  • [95]
    Rien ne le destinait à ce rôle qui marqua sa vie et sa future carrière. Dans ses Mémoires, il rappelle que fils d’émigré italien, fraîchement naturalisé, il tombait sous l’application des lois raciales de 1940-1941, qui ne s’appliquaient pas qu’aux Juifs : il était frappé de l’interdiction d’exercer, et cessait d’être avocat. La loi cependant comportait des exceptions, permettant notamment sur proposition du conseil de l’Ordre d’être relevé de cette incapacité de français de fraîche date. Le conseil demanda qu’il en fût relevé en raison de sa qualité de premier secrétaire, ce qui lui fut accordé. Jacques Isorni, avec l’accord de ses pairs, ne cessa d’ailleurs de plaider, sans attendre cette autorisation. Il le dit au Maréchal étonné qui lui répondit : « La prochaine fois, je veillerai à ce que ce ne soit pas. » Il s’établit entre les deux hommes des rapports filiaux.
  • [96]
    Rappelons qu’en marge de la condamnation à mort en appel du général de Gaulle en 1941, Pétain avait lui-même écrit : « Bien entendu, à ne pas exécuter. »
  • [97]
    Dès 1922, le maréchal Pétain s’attacha à son état-major le capitaine de Gaulle, dont il appréciait notamment la plume, les qualités littéraires. Le Maréchal préparait un livre sur l’armée française, en particulier Le soldat français de la Grande Guerre. De Gaulle en tenait la plume. Les feuillets rédigés par ses soins révèlent son application.
    Le plan de rédaction avait été mis au point par le général Laure (il fit partie en 1940 du cabinet de Pétain). Les feuillets que nous avons consultés sont minutieusement annotés par le maréchal Pétain : corrections des termes, ponctuation, appréciations sont en marge. C’était le maître (Pétain) qui corrigeait l’élève.
    Celui-ci eut le front de publier le texte sous sa signature : La France et son armée, par Charles de Gaulle. Selon la formule du Canard enchaîné du 7 mars 1973 (p. 3) et du 17 mars 1973 intitulé « De Gaulle était un nègre », il commit le crime de lèse-majesté, d’où la rupture entre les deux hommes.
    Ces faits ne furent connus dans leur détail qu’à l’occasion d’un jugement du tribunal de grande instance de Paris du 8 mai 1969, opposant un journaliste, Jean Pouget, du Figaro et son éditeur, les Éditions Plon, qui, sur « pression », refusèrent, comme plus tard un autre, de publier son livre : Un certain capitaine de Gaulle.
    Ces faits furent portés à la connaissance de Jacques Isorni.
    Les héritiers de Pétain déposèrent une plainte, avec constitution de partie civile, le 9 novembre 1972. Il s’agissait de Mme Odette Stern, veuve de Hérain, ayant pour conseil Me Gérard Dubrigny, avocat à la Cour de Paris, ancien secrétaire de la Conférence, qui suivit ce dossier au pénal et au civil.
    L’instruction en fut confiée à M. Jean Pascal qui finit sa carrière comme président de la Chambre d’accusation de la Cour de Paris. C’est lui qui instruisit l’affaire Barbie sur renvoi de cassation.

Le procès de Philippe Pétain n’est certes pas dans notre longue histoire le premier d’un maréchal de France, mais revêt en lui-même une portée tout à fait exceptionnelle. Fêté, admiré et respecté par l’ensemble de la classe politique de droite comme de gauche, le maréchal Pétain était l’objet du respect unanime du peuple français, durant l’entre-deux-guerres. Ainsi, le choix de faire appel à lui comme recours durant la période la plus tragique de notre histoire, comme bouclier contre l’envahisseur et le nazisme, n’apparaît a priori pas inconsidéré : le vainqueur de Verdun n’impressionnait-il pas Hitler lui-même, qui était lui aussi habité par le souvenir de la Grande Guerre ? C’est du reste le président du Conseil Paul Reynaud lui-même qui, après l’avoir fait entrer à son gouvernement en tant que vice-président du Conseil le 17 mai 1940, invitera lors de sa démission le 16 juin le président de la République Albert Lebrun à faire appel à lui comme président du Conseil. Revenant sur l’entrée du maréchal Pétain dans son gouvernement alors que l’armée était en déroute, Paul Reynaud déposera en ces termes le lundi 23 juillet 1945, lors du procès :
Que pouvais-je faire ? J’ai pris, Messieurs, trois décisions. Pour pouvoir changer de commandement, j’ai pris moi-même le ministère de la Guerre, M. Daladier prenant ma place aux Affaires étrangères, j’ai décidé de remplacer le général Gamelin par le général Weygand, de faire entrer le maréchal Pétain dans mon gouvernement, et enfin de donner à M…


Date de mise en ligne : 01/07/2014

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