Chapitre d’ouvrage

Le droit dans l’or du Rhin de Richard Wagner

Pages 161 à 168

Citer ce chapitre


  • Wachsmann, P.
(2008). Le droit dans l’or du Rhin de Richard Wagner. Dans
  • M. Touzeil-Divina
  • et G. Koubi
Droit et opéra (p. 161-168). Presses universitaires juridiques de Poitiers. https://droit.cairn.info/droit-et-opera--9782275028002-page-161?lang=fr.

  • Wachsmann, Patrick.
« Le droit dans l’or du Rhin de Richard Wagner ». Droit et opéra, Presses universitaires juridiques de Poitiers, 2008. p.161-168. CAIRN.INFO, droit.cairn.info/droit-et-opera--9782275028002-page-161?lang=fr.

  • WACHSMANN, Patrick,
2008. Le droit dans l’or du Rhin de Richard Wagner. In :
  • TOUZEIL-DIVINA, Mathieu
  • et KOUBI, Geneviève,
Droit et opéra. Presses universitaires juridiques de Poitiers. Actes & Colloques, p.161-168. URL : https://droit.cairn.info/droit-et-opera--9782275028002-page-161?lang=fr.

Notes

  • [1]
    L’Anneau du Nibelung de Richard Wagner à la lumière du droit pénal allemand.
  • [2]
    Barthes Roland, Sade, Fourier, Loyola, Seuil, 1971, p. 41. Barthes souligne qu’en interdisant l’œuvre de Sade, la société « ne voit dans l’œuvre de Sade que l’appel du référent ; pour elle, le mot n’est qu’une vitre qui donne sur le réel » (ibid.).
  • [3]
    La haute signification du droit dans les poèmes dramatiques de Richard Wagner, Bayreuth, 1973.
  • [4]
    « Kein Recht an ihm schwörst du schwatzend dir zu » (« Ton bavardage n’a établi aucun droit sur lui » - il s’agit de l’anneau). Le mot est employé dans son sens subjectif, comme c’est le cas habituel dans les livrets d’opéra.
    Partant à la chasse aux occurrences du mot, on peut citer Die Walküre, de Wagner également (« mein Recht », dit Fricka à l’acte II, pour exiger la punition de l’atteinte faite aux lois du mariage, dont elle est garante), Iphigénie en Aulide de Gluck, Norma de Bellini (nous remercions Mme Bruguière de nous avoir indiqué cette référence lors de la journée du 14 décembre 2007), Beatrice di Tenda du même compositeur, Arabella de Richard Strauss, à chaque fois dans le sens de droit subjectif. Le Fidelio de Beethoven est le seul à faire apparaître les deux sens du mot : subjectif, lorsque Pizzaro reproche à Rocco de s’être autorisé à laisser les prisonniers respirer à l’air libre (« welche Rechte legst du dir frevelnd selber bei ? » - « quels droits t’es-tu coupablement octroyé ? »), objectif, mais dans une perspective nettement jusnaturaliste, lorsque Leonore proclame sa foi dans Dieu et le droit (« Ich hab auf Gott und Recht Vertrauen »). En dehors de Fidelio, le droit objectif n’apparaît, à notre connaissance, que dans deux cas : Lohengrin de Wagner, dans lequel il est invoqué de manière perverse par Telramund, à un moment où nul champion ne s’est encore présenté pour Elsa : « Auf meiner Seite bleibt das Recht ! » - « le droit reste de mon côté ! » et – mais en un sens évidemment encore plus dépourvu de rigueur juridique que précédemment – Schneewittchen de Heinz Holliger où l’héroïne proclame « Recht ist milde » (« le droit est doux »), en réponse à la « loi de colère » qu’on invoque contre elle.
  • [5]
    Traité, contrat, convention : Vertrag désigne tout ce qui relève du synallagmatisme. On peut prendre le mot au sens d’engagement juridique, quelle que soit d’ailleurs la source (contractuelle ou non) de cet engagement.
  • [6]
    Cela était bien montré dans la mise en scène de Patrice Chéreau réalisée à Bayreuth pour le centenaire de la création du Ring (disponible sur DVD, Deutsche Gramophon).
  • [7]
    Surveiller et punir. Naissance de la prison, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1975, p. 52.
  • [8]
    Foucault M., op. cit., p. 203.

Pour avoir écrit un petit livre intitulé Richard Wagners Ring des Nibelungen im Lichte des deutschen Strafrechts, le magistrat Ernst von Pidde eut quelques ennuis après l’arrivée au pouvoir en Allemagne du plus tristement célèbre des wagnériens. Hostile à Wagner, Pidde s’était livré dans cet ouvrage à l’étrange exercice consistant à envisager les actions décrites dans le Ring à la lumière du droit pénal contemporain et à distribuer, en conséquence, les peines encourues par les auteurs de meurtres, vols, escroqueries et autres infractions qui parsèment le prologue et les trois journées du cycle.
Plus étrange encore : il se trouva un auteur pour combattre avec véhémence la démarche de Pidde, lui reprochant son anachronisme, soulignant l’intérêt que Wagner portait à l’ancien droit germanique et entreprenant, en conséquence, d’examiner l’action à la lumière de celui-ci. L’opuscule de Gerhard Mattern est empreint des mêmes faiblesses méthodologiques que celui de Pidde : il traite le contenu d’une œuvre d’art comme on le ferait de comportements réels, se place, pour reprendre l’analyse de Barthes à propos de Sade, du côté de la mimesis au lieu d’envisager la sémiosis. Son intitulé nous paraît, toutefois, éclairant : Die grosse Bedeutung des Rechts in den Bühnendichtungen Richard Wagners.Das Rheingold confirme ce point de vue. D’abord, le fait n’est pas si fréquent, le mot droit y est employé par Wotan, en réplique à la tentative d’Alberich pour s’opposer à la sommation qui lui est faite d’avoir à livrer son anneau au roi des dieux…


Date de mise en ligne : 12/08/2025

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