Article de revue

Droit électoral

Projet de réforme électorale prospective en droit constitutionnel ou la pratique du Best Loser System et du système proportionnel

Pages 431 à 445

Citer cet article


  • Parsad Gunputh, R.
(2009). Droit électoral Projet de réforme électorale prospective en droit constitutionnel ou la pratique du Best Loser System et du système proportionnel. Revue française de droit constitutionnel, 78(2), 431-445. https://doi.org/10.3917/rfdc.078.0431.

  • Parsad Gunputh, Rajendra.
« Droit électoral : Projet de réforme électorale prospective en droit constitutionnel ou la pratique du Best Loser System et du système proportionnel ». Revue française de droit constitutionnel, 2009/2 n° 78, 2009. p.431-445. CAIRN.INFO, droit.cairn.info/revue-francaise-de-droit-constitutionnel-2009-2-page-431?lang=fr.

  • PARSAD GUNPUTH, Rajendra,
2009. Droit électoral Projet de réforme électorale prospective en droit constitutionnel ou la pratique du Best Loser System et du système proportionnel. Revue française de droit constitutionnel, 2009/2 n° 78, p.431-445. DOI : 10.3917/rfdc.078.0431. URL : https://droit.cairn.info/revue-francaise-de-droit-constitutionnel-2009-2-page-431?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfdc.078.0431


Notes

  • [1]
    Selon J.-L. Mouralis, professeur de droit privé à l’Université de Maurice et d’Aix, la représentation proportionnelle n’est pas assez stable pour la jeune République de l’île Maurice.
  • [2]
    Selon le jugement rendu par la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Mathieu-Mohin v. Clerfayt 1987 et ceci selon l’article 3 du Protocole I de la Convention européenne des droits de l’homme.
  • [3]
    Source : Thomas Hylland Eriksen, US and Then in Modern Societies-Ethnicity and Nationalism in Mauritius, Trinidad and beyond, Scandinavian University Press, 1992; A. J.Christopher (1992), Ethnicity, community and the census in Mauritius, 1830-1990, The Geographical Journal, vol. 158, March 1992.
  • [4]
    Sous contrôle de l’empire britannique de 1815 à 1968, l’île Maurice connaîtra un système électoral proche du modèle britannique dont elle s’est inspirée.
  • [5]
    Selon l’affaire Duval v. François 1982 MR 84 et Narain v. Electoral Supervisory Commissioner & Ors 2005 SCJ 159 – vu que les dispositions de la Constitution et son annexe I sont d’ordre impératif et non supplétif. Dans l’affaire Parvez Carrimkhan v. Tin Hon Lew Chin & Ors 2000 SCJ 264, le demandeur s’est interrogé sur l’identité réelle du défendeur avec possibilité réelle d’une falsification afin de jouir du BLS ?
  • [6]
    Dans chaque circonscription de l’île Maurice (20 au total et 2 à Rodrigues), les trois premiers candidats ou Three First Past The Post sont retenus. Ce modèle est calqué sur le modèle britannique First Past The Post, mais avec la différence que le TFPTP est rongé dans sa totalité par le pluralisme ethnique. Le quatrième candidat n’est pas retenu même si l’écart, dans la plupart des cas, n’est pas très important avec le troisième candidat.
  • [7]
    Source : Stonehouse Report in Sessional Paper No.3 of 1966; Report of the Banwell Commission on the Electoral System with despatch to the Secretary of State, Sessional Paper No.5 of 1966; A.S.Simmons (1992), Modern Mauritius : The politics of decolonisation, Bloomington, The Indiana University Press ; Pr. de Smith, The New Commonwealth and its Constitutions, p. 117.
  • [8]
    L’article 16 (3) de la Constitution de l’île Maurice traduite de l’anglais par le professeur L. Favoreu et inspirée des grands textes fondamentaux relatifs aux droits de l’homme, prévoit que : « Dans le présent article, l’expression « discriminatoire » signifie : accorder un traitement différent à des personnes différentes, ces différences étant dues uniquement ou principalement à l’application de critères de race, de caste, de lieu d’origine, d’opinion politique, de couleur ou de croyance, en vertu desquels ces personnes sont soumises à des incapacités ou des restrictions auxquelles ne sont pas soumises les personnes ne répondant pas à ces critères, ou encore accorder des privilèges et avantages qui ne sont pas accordés aux personnes répondant à d’autres critères ».
  • [9]
    Sir Seewoosagur Ramgoolam, Sir Gaëtan Duval et Sir Abdool Razack Mohamed. Ce dernier insista pour que le BLS soit conforme à la Constitution mauricienne – article 31(2) mais dans l’ensemble ils ont tous accepté à l’unanimité le rapport Stonehouse.
  • [10]
    Indépendante et démocratique, elle survit pendant quelques décennies comme une véritable monarchie constitutionnelle de 1968 à 1992 puis devint définitivement une République le 12 mars 1992.
  • [11]
    Pire, qui aurait pu imaginer qu’un parti politique puisse élire tous ses candidats, au nombre de 3, dans les 20 districts du pays ainsi que 2 élus à l’île Rodrigues ? L’île Maurice a subi une douloureuse expérience en 1982 avec 60 élus d’une part et zéro de l’autre. Qui formera l’opposition ? Le gouvernement britannique propose à l’île Maurice, toujours sous monarchie constitutionnelle, le Best Loser System qui permet de repêcher 8 candidats malheureux, battus aux élections, selon leur appartenance ethnique mais comment s’y prendre quand on sait qu’ils ne sont pas élus par le peuple ?
  • [12]
    Les principaux partis politiques sont : le Parti Travailliste (PTr), le Mouvement Militant Mauricien ( MMM ), le Mouvement Socialiste Mauricien ( MSM ), le Parti Mauricien Xavier Duval ( PMXD ) de Xavier Duval et le Parti Mauricien Social Démocrate ( PMSD ) de Maurice Allet.
  • [13]
    Au début, Sir Malcolm Trustam-Eve a proposé 40 circonscriptions avec 40 élus selon le FPTP (Source : Trustam-Eve Commission, Sessional Paper No.1 of 1958, Report of the Mauritius Electoral Boundary Commission).
  • [14]
    C’est le cas du Mexique, du Lesotho ou de la Nouvelle-Zélande. Fidji, avec le pluralisme ethnique, connaît une instabilité politique sans précédent avec le coup d’État de décembre 2006.
  • [15]
    Pour certains États tels que les États-Unis d’Amérique aucune discrimination n’existe à partir du moment que la représentation entre blancs et noirs est juste et équitable – Gaffney v. Cummings 421 US 735; Beer v. United States 425 US 130 et City of Richmond v. United States 422 US 358.
  • [16]
    L’abolition de l’esclavage en 1833 provoque une invasion des Asiatiques venus de Chine ou de l’Inde, pour la plupart, pour compenser la manque de main-d’œuvre sur l’île.
  • [17]
    A. J.Christopher (1992), Ethnicity, community and the census in Mauritius, 1830-1990, The Geographical Journal, vol. 158, mars 1992.
  • [18]
    Selon le professeur Louis Favoreu, rédacteur de la Constitution mauricienne dans sa traduction française, et directeur de thèse de M. Jacques Colom, « La justice constitutionnelle dans les États du nouveau Commonwealth : le cas de l’île Maurice », Presses Universitaires d’Aix-Marseille, Economica, collection Droit public positif, 243 p., p. 6 (préface).
  • [19]
    Pourtant la Cour suprême des États-Unis estime dans l’affaire Mobile v. Bolden 446 US 45 1980 que les minorités ethniques ne sont pas préjudiciables dans un système électoral où plusieurs candidats sont élus dans une même circonscription.
  • [20]
    Signataire des nombreuses conventions telles que la Convention internationale sur les droits civiques et politiques ou la Déclaration des droits des personnes appartenant aux minorités ethniques (art.1 du UNDM ) l’île Maurice se trouve malgré tout dans un étau depuis 1968 : des candidats, en raison de leur appartenance ethnique, sont souvent sous-représen-tés au Parlement mauricien or un parti politique peut briguer un suffrage avoisinant les 40 % des votes et perd quand même les élections car il n’a pas la majorité qualifiée.
  • [21]
    David Chapman, Alternative Electoral System, A review of Consensual Electoral System (Democracy Design Forum).
  • [22]
    En 2002 il a fait une étude et a proposé le Projet Sachs sous la forme d’un rapport (source : Report of the Commission on Constitutional and Electoral Reform 2001/2002 - Sachs Report).
  • [23]
    Le Dr N. Ramgoolam, qui aux élections de 2005 est devenu, à nouveau, le Premier ministre de la jeune République de l’île Maurice, prendra-t-il en considération le rapport Sachs tel qu’il fut proposé et mis en chantier par l’ex-Premier ministre, P. Bérenger ?
  • [24]
    Le « Projet Sachs » n’apporte rien de nouveau sauf une Party List où figurent trente députés additionnels parmi lesquels six députés femmes.
  • [25]
    Il s’agit ici du Dr N. Ramgoolam qui perd les élections en 2000 mais revient à nouveau au pouvoir suite aux dernières élections de 2005 pour un mandat qui durera 5 ans.
  • [26]
    La République de l’île Maurice est reconnue universellement pour le respect des droits fondamentaux et elle peut être fière de l’admiration dont jouit sa vie démocratique sur le plan régional et international. Cependant, les chiffres que propose le sondage de la commission Sachs sont alarmants pour la jeune démocratie mauricienne puisque l’île Maurice se place en queue de peloton. Ce sondage précise le pourcentage de femmes parlementaires dans ses pays membres avec en tête l’Afrique du Sud avec 29,8%; le Mozambique avec 28,4%, les Seychelles avec 24%; la Tanzanie avec 16,3 % : l’Angola avec 15,1%; la Namibie avec 14,1 %; le Zimbabwe avec 14 %; le Lesotho avec 10,3 %; la Zambie avec 10,1 %, Maurice avec 7,6 % et le Swaziland avec 7,3 % (Source : rapport Sachs).
  • [27]
    Pour éviter le séparatisme ethnique, Fiji présente une autre formule dite communal rolls : chaque communauté (la majorité indigène, la population générale et la minorité d’origine indienne avec 37 % de la population) a sa propre liste électorale et ce système lui permet de ne voter que pour le candidat de sa communauté. En Nouvelle-Zélande, les Maorais ont le choix : soit de se présenter comme candidat sur la liste électorale nationale soit sur une liste réservée aux Maorais mais, si le Maorais choisit cette liste, une condition s’impose toutefois : cinq Maorais seulement seront élus au Parlement. Le Liban prévoit la « Liste mixte », les « Sièges réservés », comme en Inde ou au Pakistan, voire en Colombie ou en Croatie (des sièges sont réservés pour la minorité qui comporte les Hongrois, Italiens, Slovaques, Tchèques, Allemands et Autrichiens). Maurice a son BLS.
  • [28]
    L’article 5 (1) de l’annexe 1 de la Constitution prévoit que : « En vue d’assurer une représentation équitable et adéquate de chaque communauté, huit sièges à l’Assemblée, en sus des 62 sièges des représentants des circonscriptions, sont autant que possible attribués à des candidats appartenant à des partis et qui s’étant présentés à l’élection générale n’ont cependant pas été élus comme représentants de circonscriptions ».
  • [29]
    Mais vu que la communauté hindoue est majoritaire (51 % de la population), il est très probable qu’elle soit finalement sur-représentée au Parlement et un an plus tard, après l’Accord de Londres de 1957, le secrétaire d’État britannique Alan Lennox Boyd recommande au gouverneur de l’île Maurice, Sir Robert Scott de repêcher des candidats malheureux (12 au total) selon le critère ethnique et communautaire afin de ne pas frustrer la jeune communauté mauricienne (Source : article 17 du Mauritius (Constitution) Order in Council 1958). Le Gouverneur général, à sa discrétion, peut nommer trois candidats supplémentaires, ce qui ramène le total à 15, mais il n’a jamais eu recours à ce pouvoir discrétionnaire (source : section 25 du Mauritius (Constitution) Order in Council 1964). Finalement la commission Banwell recommande que l’île Maurice ait finalement 20 circonscriptions, soit 3 candidats élus par circonscription, 2 à Rodrigue et 8 Best Losers. Ce sont les premières ébauches du BLS, l’ancêtre de la Party List (infra).
  • [30]
    Si nécessaire, le gouvernement de Singapour peut recourir au BLS alors qu’en Équateur, le parti classé second aux élections législatives obtient 50 % des votes de celui qui est classé premier et obtient un siège au Parlement.
  • [31]
    Narrain & Ors. v. Electoral Commissioner & Ors 2005 SCJ 159 : dans cette affaire certains candidats aux élections législatives ont refusé de divulguer des informations relatives à la religion qu’ils pratiquent, jugeant qu’ils sont, avant toute chose, des Mauriciens, mais le Full Bench de la Cour suprême rejette leur pétition au motif que tout d’abord l’article 3 (1) de l’annexe 1 de la Constitution est d’ordre impératif et que deuxièmement c’est un des critères retenus pour l’allocation des Best Losers selon les modalités prévues à l’article 5 (1) de l’annexe 1 de la Constitution.
  • [32]
    Dans le sondage de 1972 (supra), les Mauriciens Tamouls d’origine et du sud de l’Inde déclarent qu’ils font partie de la « Population générale » et non des « Hindous » – Parvez Carrrimkhan v. Tin How Lew Chin & Ors 2000 SCJ 264. Cette stratégie est flagrante mais aisée à comprendre : les Mauriciens Tamouls d’origine pourraient se faire attribuer quelques « sièges de la controverse ».
  • [33]
    Mais il y a depuis toujours 20 circonscriptions et seuls les trois premiers candidats seront retenus. Les perdants doivent attendre la décision de la Electoral Supervision Commission qui est la seule institution qui a compétence pour allouer ces sièges et en toute discrétion – Roussety v. The Electoral Supervisory Commission & The DPP 1982. Dans cette affaire le ESC décide de n’allouer aucun siège au Best Losers. Les contestataires peuvent intenter, par voie de pétition, une action devant la Cour suprême qui est la seule juridiction compétente pour trancher les litiges.
  • [34]
    Article 3 (4) de l’annexe 1 de la Constitution : « Aux fins de la présente annexe, la population de Maurice est considérée comme comprenant une communauté hindoue, une communauté musulmane et une communauté sino-mauricienne ; toute personne qui, par son mode de vie, ne peut être considérée comme appartenant à l’une de ces trois communautés, est réputée appartenir à la population générale, laquelle forme elle-même une quatrième communauté ». Cette section est compatible avec la Regulation 12 du National Assembly Élections Regulations 1968.
  • [35]
    Tout candidat doit indiquer la religion qu’il pratique, sinon le Commissaire électoral rejette sa demande si les formalités ne sont pas remplies.
  • [36]
    Selon Pierre Dinan (journal Week-End du 10 juillet 2005, page 30).
  • [37]
    L’article 5 (3) de l’annexe 1 de la Constitution prévoit que : « Chacun des 4 premiers des 8 sièges est, dans toute la mesure du possible, attribué au candidat non élu le mieux placé, s’il en existe, membre d’un parti et relevant de la communauté appropriée, quel que soit le parti auquel il appartient ».
  • [38]
    Selon le sondage de 1972, la population de l’île Maurice est composée de 428 348 Hindous ; 137 173 musulmans ; 261 439 personnes font partie de la population générale et 24 373 personnes sont des Sino-Mauriciens (Source : The 1972 Housing and Population census of Mauritius, 1976, MEPD ).
  • [39]
    « Que pensent nos chers observateurs de la SADC de cet anachronisme ? » selon Pierre Dinan (journal Week-End du 10 juillet 2005).
  • [40]
    Source : Henri Leclézio, People and Politics, Allister Macmillan’s Illustrated (Collingridge 1914), selon Thomas Hylland Eriksen, US and Them in Modern Societeis-Ethnicity and Nationalism in Mauritius, Trinidad and beyond, Scandinavian University Press, 1992.
  • [41]
    Certains leaders n’ont que des regrets : ils ont perdu dans leurs circonscriptions respectives alors qu’ils n’ont pas soutenu le projet Sachs quand ils étaient au pouvoir.
  • [42]
    Le Parlement ne comprend actuellement que 70 membres, les Best Losers compris, mais si le projet Sachs devient une réalité, le Parlement devrait comprendre 100 députés. Sur la Party List, six femmes doivent figurer parmi les douze premiers candidats. La voie est tracée, mais elle est animée de peu d’ambitions car, de toute façon, la présence féminine au Parlement reste très faible, aux alentours de 6 % alors qu’on est toujours loin des 30 % souhaités par le Gouvernement mauricien.
  • [43]
    Dans les années soixante-dix, Sir Gaëtan Duval a été longtemps le chef de file de la population générale au Parlement et Sir Seewoosagur Ramgoolam représentait le Premier ministre de tous les Hindous. A l’aube du troisième millénaire, rien n’a changé pour autant.
  • [44]
    C’est-à-dire la liberté d’expression (article 12 de la Constitution), la liberté de réunion et d’association (article 13 de la Constitution) ou la protection contre toutes les formes de discrimination (article 16 de la Constitution).
  • [45]
    Selon le chef juge Rault dans l’affaire Mahboob v. Government of Mauritius 1982 MR 130.
  • [46]
    Narrain & Ors v. Electoral Supervisory Commissioner & Ors 2005 SCJ 159.
  • [47]
    Article 3 (1) de l’annexe 1 de la Constitution : « Tout candidat à une élection générale des membres de l’Assemblée doit déclarer, dans les conditions qui peuvent être prescrites, à quelle communauté il appartient. Cette communauté est mentionnée dans l’avis publié de son investiture ».
  • [48]
    Chaque circonscription contient un nombre inégal d’habitants, or l’arrêt Baker v. Carr 1962 et Wesberry v. Sanders 376 US 1 1964 affirme, cependant, que cet écart doit être plus ou moins égal, et une délimitation des circonscriptions repose sur des « bases essentiellement démographiques », selon le Conseil constitutionnel français, dans la décision concernant l’« Evolution de la Nouvelle-Calédonie » du 8 août 1985, sinon l’allocation des sièges est anticonstitutionnelle. Si l’écart est important, le vote de chaque citoyen est dans une proportion inégale, cf. New York City BD of Estimate v. Morris 489 US 688 (1989).
  • [49]
    Pour accélérer le processus, on prévoit très prochainement le comptage électronique. Même si les élections générales se déroulent dans une atmosphère saine, juste et équitable avec un petit air de fête nationale et au rythme du séga mauricien, la carte d’électeur est inconnue à l’île Maurice, ce qui explique que des candidats malheureux demandent un recomptage des votes car le contrôle n’est pas strict : le vote par procuration (by proxy), car des Mauriciens se trouvent en France ou en Grande-Bretagne entre autres, et le vote des personnes… décédées sont les principales causes de ce recomptage. Dans la plupart des cas, la carte d’identité n’est pas exigée pendant l’accomplissement de l’acte civique.
  • [50]
    Congrès de Bangkok, 1965, commission I, article 1-10 sur les « Exigences fondamentales d’un régime représentatif selon la primauté du droit ».
  • [51]
    Selon une décision rendue par la Cour suprême des États-Unis dans l’affaire Department of Commerce v. Montana 503 US 442 1992.
  • [52]
    3 députés dans chaque circonscription, ce qui fait un total de 60, plus 2 députés de Rodrigues plus 8 Best Losers et les 30 députés élus sur la Party List.
  • [53]
    Selon le quotidien L’Express, « Arrêtons le viol », 1er mars 1998.
  • [54]
    Il est coutumier à l’île Maurice de trouver des partis politiques avec… un seul candidat. Ces partis indépendants prolifèrent d’année en année.
  • [55]
    Selon les juges de la Cour suprême dans l’affaire Duval (Parti Mauricien Social Démocrate) v. François 1982 MR 82. L’article 5(1) de l’annexe 1 de la Constitution stipule que : « En vue d’assurer une représentation équitable et adéquate de chaque communauté, 8 sièges à l’Assemblée, en sus des 62 sièges des représentants des circonscriptions, sont autant que possible attribués à des candidats appartenant à des partis et qui s’étant présentés à l’élection générale n’ont cependant pas été élus comme représentants de circonscriptions ». C’est le Commissaire électoral qui décide s’il faut ou non attribuer des Best Losers, selon les juges de la Cour suprême dans l’affaire Roussety v. The Electoral Supervisory Commission & The DPP 1982 MR 208.
  • [56]
    Après coalition avec des partis tels que le Parti Travailliste (PTr) ou le Mouvement Socialiste Mauricien ( MSM ) d’Aneerood Jugnauth, actuellement Président de la République de Maurice, le Parti Socialiste Mauricien ( PSM ) et le Independent Forward Bloc (IFB) ont fini par disparaître de la scène politique locale. Raison évoquée : une pression très forte, après les coalitions, des différents partis provoquant des éclatements internes.
  • [57]
    Le séparatisme ethnique existe dans certains États américains où la population juive, noire ou blanche est en nombre supérieur mais aucune discrimination n’existe si la représentation est juste : United Jewish Organisations v. Carey 430 US 144 (1977); Allen v. State Board of Élections 393 US 144 confirmé dans Beer v. United States 425 US 130.
  • [58]
    Rouge-Bleu-Jaune-Vert.
« J’espère qu’il y aura un vote libre au Parlement afin de permettre à chaque député d’exprimer le fond de sa pensée. La distinction réside dans la différence entre le consensus et la capitulation. »
(Jérôme Boulle).

1Les réformes électorales suscitent craintes et passions mais elles provoquent aussi des incertitudes dans pratiquement tous les États démocratiques [2] du monde [3], laïcs ou non.

2Le système électoral mauricien [4] est basé sur le pluralisme ethnique : l’article 3 de l’annexe I de la Constitution (au titre des « Communautés ») ainsi que le paragraphe 4(c) du National Assembly Élections Regulations 1968 (Regulation 12) mentionnent explicitement que chaque candidat aux élections générales doit dévoiler la communauté [5] à laquelle il appartient et la religion qu’il pratique sur sa déclaration de candidature !

3Qu’en est-il si un candidat refuse de mentionner une telle déclaration sur le formulaire de candidature au motif qu’il est Mauricien ou qu’il ne pratique aucune religion ? Le commissaire électoral rejette sa déclaration de candidature !

4Est-ce une atteinte à la démocratie et à la souveraineté nationale ou est-ce une atteinte aux droits de l’homme ? En tout cas, il réveille le communalisme qui sommeille en chaque mauricien. Les émeutes de 1992 et la destruction des sites religieux ne sont pas un reflet de la vie mauricienne qui est connue pour son calme et son apaisement social. Les tensions sociales deviennent plus palpables et le climat politique, une véritable poudrière. Rien n’est étonnant dans un système électoral qui repose sur un seul faible pilier : le pluralisme ethnique.

5Ainsi, le Three First Past The Post (TFPTP) [6] et le Best Loser System (BLS) ont été établis selon l’Accord de Londres [7] de 1957 provoquant injustice [8], iniquité et révolte. Sir Malcolm Trustam-Eve a présidé la commission mise sur pied avec l’Accord de Londres de 1957 afin de trouver un consensus « on grounds of political principle and party rather than on race and religion » suivi de la Conférence de 1961 qui a provoqué de vraies discussions sur le système électoral mauricien. Ian Macleod dépêcha le professeur De Smith, éminent professeur et chercheur en droit constitutionnel, à l’île Maurice comme Commissaire constitutionnel et N. Anthony Greenwood, secrétaire d’État pour les colonies britanniques, le précéda en 1965 pour mettre sur pied une conférence, la Conférence de Lancaster de septembre 1965, mais le gouvernement britannique a su nommer rapidement une autre commission, la commission Banwell de 1966 qui n’a rencontré que des obstacles et des difficultés. C’est le 4 juillet 1966 que John Stonehouse fut dépêché à l’île Maurice sur ordre du gouvernement britannique pour faire des recommandations sur l’institution du Best Loser System, tel qu’il est actuellement, mais ce système a connu des imperfections et des injustices : certains candidats battus, avec souvent très peu d’écart sur les trois premiers nommés, ne peuvent plus prétendre à un siège au Parlement selon le BLS alors que pas mal de perdants ont pu être finalement parlementaires et ceci en faisant jouer leur appartenance ethnique sauf les principaux leaders politiques [9].

6Le Best Loser System (BLS) permet alors au « meilleur perdant » d’occuper un siège au Parlement selon des règles impératives bien précises (article 5 de l’annexe 1 de la Constitution). Il assure, toutefois, une représentation presque adéquate de toutes les sections des communautés mauriciennes. Néanmoins, le Best-Loser System est souvent contesté dans la mesure où un candidat battu aux élections, ne pourrait par conséquent pas ne pas être retenu comme best-loser en raison de son appartenance ethnique, même si celle-ci est déjà sur-représentée au Parlement. Selon le BLS, on cherche le candidat non pas par hasard, mais celui qui représente « la communauté la plus appropriée ». Deuxièmement, le BLS provoque un malaise profond entre les différentes communautés puisqu’il est basé sur une seule étiquette : l’appartenance ethnique ; et le BLS est attribué au meilleur perdant quand le leader du même parti ne peut être élu alors qu’il pourrait être de la même communauté.

7Une formation politique peut-elle rafler 100% des sièges avec seulement 55 % des voix alors que le parti adverse peut avoir recueilli 45 % des voix mais ne remporte aucun siège au Parlement ?

8C’est un peu la triste réalité actuelle. L’île Maurice [10] a subi une douloureuse expérience dans le passé avec le fameux 60-0 [11], où un parti politique [12] a fait élire ses trois candidats dans les 20 circonscriptions [13], et on comprend avec certitude pourquoi des États démocratiques au système électoral comparable au nôtre ont connu des révoltes partisanes [14].

9Cela explique pourquoi l’île Maurice est actuellement à la recherche d’un système électoral juste et équitable [15], qui pourra satisfaire à la fois une société [16] riche en diversités culturelle, ethnique [17] et communautaire et « bâtir un droit original qui a su faire la synthèse de divers apports au sein d’un État qui est l’une des rares démocraties du monde en développement [18] ».

10Ainsi, la menace d’une réforme électorale n’est pas loin et est plus pressante que jamais, car il est indéniable qu’une injustice électorale s’est installée depuis 1957 dans la mesure où les ethnies minoritaires [19], ainsi que les députés femmes, sont peu représentés ou pas représentés du tout, alors que la plupart des conventions [20] dont Maurice est signataire sont contre la discrimination raciale, ethnique ou toute forme de discrimination contre la femme.

11La sauvegarde [21] de l’intégrité de différentes races, groupes sociaux, des hommes et des femmes contre le traitement injuste et inégal est un droit légitime pour toute une communauté.

12Un recensement officiel, en date de 1972, confirme que les Mauriciens de religion hindoue constituent près de 53% de la population, talonnés de très loin par la population générale qui est de 30% en moyenne, alors que les musulmans représentent 15% et les Sino-Mauriciens sont en minorité avec 2 %.

13Pour se faire élire avec une facilité déconcertante les partis s’engagent, dans leurs intérêts propres, dans des coalitions partisanes où toutes les permutations sont possibles, mais leur durée de vie est très courte. Raison de cet échec : le fauteuil du Premier ministre de la République de l’île Maurice, sujet de toutes les convoitises ; et très souvent les deux leaders d’une coalition ont des idées divergentes qui provoquent une cassure, mais cette cassure est aussi de très courte durée car, à l’île Maurice, et en politique, les ennemis d’hier sont toujours des amis de demain.

14Une approche holistique de la discrimination et du déni d’opportunités égales est donc importante : malgré la régularité des élections, le système électoral mauricien est plus défaillant que jamais.

15Devant une multitude d’obstacles, on se demande ce qu’il faut faire pour corriger cette imperfection ? En 2002, le gouvernement mauricien a trouvé un consensus, dans une première étape, en faisant appel à une expertise totalement étrangère et impartiale. Il a recommandé au juge Albie Sachs [22], membre de la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud, de mettre sur pied une commission nationale capable de rendre un rapport, sous forme de projet, expliquant le disproportionnement des votes recueillis par les différents partis en liste, d’introduire dans les limites du possible une bonne dose de proportionnalité, afin de permettre qu’il y ait un plus grand nombre de femmes parlementaires et, même si on ne pourra jamais interdire le séparatisme ethnique, de permettre qu’un parti qui n’a pas le support des trois quarts ou même de la moitié des votants puisse passer des amendements constitutionnels.

16Ce projet visionnaire préconise des députés additionnels sur une Party List établie longtemps à l’avance. Par conséquent, il entraîne une révision de la Constitution qui doit être amendée afin d’inclure les nouvelles mesures, mais un écueil se présente au lendemain des discussions : l’amendement de certains articles de la Constitution nécessite les voix des trois quarts au moins ou de tous les membres de l’Assemblée nationale. Mais soit le chef de l’opposition [23] n’est pas prêt à donner son accord, soit il est toujours indécis sur la position à prendre.

17L’instauration d’un Select Committee, qui a relayé le rapport Sachs[24] en 2004, perd toute sa crédibilité en précisant que le FPTP et le BLS seront maintenus. Est-ce que c’est du pareil au même ou est-ce que la réforme fait deux pas en avant et deux pas en arrière ?

18Le Proportional Representation System (PR), ou « système proportionnel » au service du séparatisme ethnique tel qu’il est prévu dans le projet Sachs, peut se résumer en une simple question d’attribution de sièges additionnels, mais combien compliquée.

19Entre communalisme ethnique et diversité religieuse, la réforme du système électoral mauricien est certainement la plus mal aimée de la classe politique. Une étude s’avère donc nécessaire mais l’objectif est d’éclairer les nombreuses zones d’ombre qui entourent « le système proportionnel », qui comprend aussi bien des avantages et des inconvénients, avant son entrée en vigueur si jamais toutefois il est accepté à l’unanimité, ce qui est fort probable.

20Ce projet a pour finalité de dégager deux recommandations principales dans l’attribution des sièges supplémentaires : une qui permet à des candidats malheureux de siéger quand même au Parlement grâce aux « sièges de la controverse » d’une part (I) et, ensuite, une autre qui permet une représentation plus juste des candidats selon leur appartenance ethnique ou la Party List (II) d’autre part.

I – LES SIÈGES DE LA CONTROVERSE

21Des candidats malheureux, battus aux élections législatives, peuvent néanmoins être députés au Parlement mauricien et conserver ainsi un siège temporaire de cinq ans en toute légitimité.

22Quoi qu’il en soit, ces « sièges de la controverse » existeront en droit mauricien et seront possibles soit grâce à la représentation proportionnelle féminine (A) soit selon la représentation proportionnelle communale ou BLS qui persistera même si le projet Sachs entre en vigueur (B) .

A – LA REPRÉSENTATION PROPORTIONNELLE FÉMININE

23La Constitution de la jeune République de l’île Maurice n’a jamais été si bouleversée depuis 1997. Le Premier ministre [25] a signé au nom du Gouvernement mauricien la Déclaration de la Communauté de Développement d’Afrique Australe (la SADC) stipulant dans son Gender and Development que le Parlement mauricien devra compter en 2005 au moins 30 % de députés femmes.

24Dans cette région de la SADC, l’île Maurice est un modèle de développement aussi bien sur le plan social qu’économique, mais elle est très loin d’être fière de la représentation des députés femmes au Parlement mauricien.

25Aux dernières élections de 2005, selon le rapport Sachs, la représentation des femmes dans les instances politiques et de décision est en chute libre, malgré l’engagement du chef de l’État mauricien; le pourcentage [26] de femmes au Parlement mauricien est tombé de 7,6% à 5,6 %, ce qui est le taux le plus bas parmi les pays membres de la SADC.

26On déplore immédiatement cette sous-représentation féminine au Parlement mauricien mais aux grands maux les grands remèdes : pour augmenter la représentation des députés femmes au Parlement, la commission Sachs propose plusieurs options : exiger des partis politiques l’alignement d’au moins une femme candidate dans les circonscriptions, sinon présenter une femme candidate pour chaque trois candidats présentés sur la liste des personnes éligibles à la représentation proportionnelle ou, à la limite, accorder un bonus financier aux formations alignant davantage de femmes d’une part, et d’autre part le gouvernement en place a proposé un Select Committee qui est chargé d’étudier l’introduction de la représentation proportionnelle dans le système électoral avec une recommandation dans son annexe A, pour que, parmi les 12 premiers sièges sur les 30 députés désignés, 6 sièges reviennent aux députés femmes mais ce nombre, jugé insuffisant, constitue une discrimination positive à l’égard de la femme et provoque une dissension profonde sur la parité et le partenariat.

27La proposition du Select Committee constitue un effort dans ce sens, mais ce n’est qu’un effort minime. À part le rapport Sachs qui n’est pas contesté, l’idée motrice véhiculée actuellement dans l’hémicycle est que la liste des femmes retenues pour une éventuelle investiture politique doit être augmentée car, dans le passé, peu de femmes ont été retenues par leurs partis respectifs. On se demande alors s’il ne s’agit pas plus d’une question de confiance que d’investiture politique.

28Pour combattre toute forme de discrimination contre les femmes, le législateur mauricien a promulgué certains textes de lois tels que l’Equal Opportunity Act alors que l’île Maurice est signataire de la Convention internationale pour l’élimination de toute forme de discrimination raciale de 1969 ainsi que de la Convention pour l’élimination de toute forme de discrimination contre la femme (CEDAW). L’adoption de cette Convention est un grand pas en avant pour les femmes mauriciennes et elle assure plus d’égalité en droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels des femmes. Le Sex Discrimination Act est conforme à certaines dispositions du CEDAW, prévoit l’élimination de toute forme de harcèlement sexuel sur le lieu de travail et protège l’individu contre toutes les formes de discrimination fondées sur le sexe, le statut marital, la grossesse au travail, l’éducation, l’approvisionnement alimentaire, les services et facilités, le logement, la répartition des biens, l’association sportive et l’appartenance aux clubs.

29Si le projet du système de proportionnalité entre en vigueur, des doutes persistent quant à son efficacité : est-il vrai que les députés femmes seront choisies par leurs partis respectifs mais qu’elles ne seront par contre pas mandatées par le peuple qu’elles sont supposées représenter.

30Ce système perd aussi une partie de sa crédibilité quand on sait que la représentation féminine au Parlement ne se résume pas à une question numérique ou à se vanter dans des instances internationales que les femmes mauriciennes sont proportionnellement représentées au Parlement, mais qu’elles sont tout d’abord mandatées par le peuple qui est certainement la pierre angulaire de tous les systèmes démocratiques. Deuxièmement, ce système prévoit une limite de 6 députés femmes qui siègeront au Parlement alors que l’Assemblée nationale dans sa nouvelle version passera à 100 parlementaires. On peut prévoir un taux de 10% et on est toujours loin des 30 % préconisés. Ce taux est nettement inférieur à la moyenne des pays de la SADC qui comptent en moyenne 25 % de députés femmes.

31Pour corriger ce déséquilibre, mais très loin des comptes électoraux, il est souhaitable que plus de femmes rejoignent des formations politiques si elles veulent être parlementaires.

32Finalement, les 6 sièges supplémentaires réservés aux députés femmes semblent être plus un signe d’encouragement à faire de la politique active et à leur épanouissement politique qu’à se placer en tête de peloton afin de satisfaire les exigences de la SADC.

B – LA REPRÉSENTATION PROPORTIONNELLE COMMUNALE [27]

33Le BLS[28] permet au « meilleur perdant » d’avoir un siège au Parlement, mais cette représentation peut porter atteinte à l’unité nationale [29] car l’attribution du siège de Best Loser est calculée selon l’appartenance ethnique [30] ou communautaire [31] alors que le slogan local, prôné à la fois par le Gouvernement et l’opposition, est celui de « l’unité nationale » [32] pour tous les citoyens de la République de l’île Maurice.

34L’Accord de Londres de 1957 a divisé, mais sans jamais réunir, l’île Maurice et les Mauriciens en promulguant le Mauritius (Constitution) Order in Council de 1958 qui prévoit que 40 [33] circonscriptions éliront chacune un représentant ; l’inconvénient est qu’il divise aussitôt les Mauriciens en quatre communautés [34] bien distinctes : les Hindous, la Population générale, les Musulmans et les Sino-Mauriciens. Cet Accord de Londres, qui aboutit indirectement au Best Loser System, est contesté car il évite certaine difficulté substantielle qui est celle de l’appartenance communale [35] entre autre.

35Un autre obstacle majeur a été la sous-représentation : certaines communautés, telles que les Sino-Mauriciens qui avoisinent les 2 % de la population, sont peu représentés au Parlement. Il est concevable alors d’attribuer huit sièges supplémentaires aux meilleurs perdants car, en tant que minorité ethnique, ils ont peu de chance d’être élus aux élections législatives.

36Les huit sièges à pouvoir seront attribués selon le « principe de séparatisme ethnique » et non sur mérite, mais les nominations restent à la discrétion de la Electoral Supervisory Commission. En effet, son mode de fonctionnement est plutôt complexe [36] : le candidat perdant doit appartenir à une des nombreuses communautés, qui est, évidemment, la moins représentée au Parlement. En regroupant les députés selon les quatre communautés du pays, on arrive à calculer la moyenne d’électeurs par député quand la population de chacune des communautés est divisée par son nombre de députés. Si cette moyenne est plutôt élevée, cette communauté est moins bien représentée. On lui attribue alors un siège de Best Loser afin qu’au moins un candidat de cette communauté soit représenté au Parlement. Quatre [37] sièges supplémentaires sont ainsi alloués. Sur les quatre sièges restant, deux sont attribués à des candidats battus mais appartenant aux communautés sous-représentées et les deux autres sont attribués aux membres de l’opposition, mais le critère de sélection retenu est leur appartenance politique et le pourcentage de votes obtenus.

37Dans les vingt circonscriptions de l’île, seuls les trois premiers candidats sont retenus selon les TFPTP. Un quatrième candidat peut ne pas être retenu même s’il a plus de votes qu’un candidat Best Loser, vu que ce dernier appartient à une ethnie qui est déjà sous-représentée au Parlement. En outre, il faut appartenir à une « communauté appropriée », soit une communauté qui est la moins représentée au Parlement selon un sondage datant de 1972 [38] mais dont les chiffres, qui sont largement dépassés et à contre-temps, sont toujours utilisés dans les élections contemporaines [39].

38Ce critère est toutefois contraire à l’article 26 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, mais pour pallier cette sous-représentativité, on fait toujours appel au Best Loser System, en l’absence de tout autre mode alternatif, et ceci malgré ses défauts et ses inconvénients.

II – LES SIÈGES DE LA PARTY LIST

39Le système électoral mauricien est basé sur le modèle britannique du First Past The Post (FPTP), mais ce système de FPTP contient une perversité inhérente créant à chaque élection législative un déséquilibre sans précédent puisque ce système favorise certaines communautés d’une part, alors que les ethnies représentant 2% de la population (les Sino-Mauriciens par exemple) n’arrivent plus à élire des candidats de leur communauté, et que le Parlement se retrouve finalement avec des députés qui sont pour la plupart des Hindous ou de la Population générale (c’est-à-dire ceux/celles qui ne sont ni Hindou(e)s, Musulman(e)s ou Sino-Mauricien(ne)s). Pour corriger cette injustice, l’Accord de Londres de 1957 a prévu le BLS pour justifier une représentation équitable malgré les failles du système [40].

40Vu le nombre d’inégalités du système décrié et pour faire oublier le Best Loser System, des réformes électorales s’avèrent nécessaires pour corriger les injustices. Rappelons que le Best Loser System a existé depuis l’Accord de Londres de 1957 jusqu’à nos jours mais les remèdes proposés sont peu convaincants : tantôt on propose la représentation proportionnelle féminine (supra) et tantôt la proportionnalité selon une Party List mais cette Party List fera-t-elle l’unanimité ? Une chose est sûre : le projet de Party List offre des avantages (A) mais des controverses subsistent (B).

A – LA PARTY LIST DANS LA REPRÉSENTATION PROPORTIONNELLE

41Il est vrai que les communautés majoritaires occupent la plupart des sièges mais, à l’inverse, les ethnies minoritaires sont très peu représentées voire pas du tout, alors que le mode alternatif ne fera jamais l’unanimité non plus ; mais l’objectif de la Party List est d’atteindre un seuil capable d’assurer un certain équilibre entre l’équité et la stabilité qui permettra à un État démocratique de fonctionner en toute légitimité.

42Légitime parce que le système électoral actuel prévoit, à part le Best Loser System, le système de Three First Past The Post (TFPTP) : les trois candidats élus dans chaque circonscription, qui sont au nombre de vingt, avec deux élus à Rodrigues, ce qui amène au total de soixante deux députés. Cette partie de la réforme n’est pas tout à fait nouvelle, mais l’idée est bonne car, dans une vraie démocratie parlementaire, ce sont les premiers arrivés qui doivent être retenus dans une élection dite free and fair.

43Le système électoral actuel rencontre souvent des leaders déchus : ils ne sont pas retenus par l’électorat alors que les candidats qui sont membres de leurs partis respectifs sont élus. Ils sont exclus du Parlement et restent un peu à l’écart des projets des lois qui sont soumis à l’Assemblée nationale mais le projet Sachs dans son rapport permet à un parti qui passe le cap de 10 % de conserver un siège à son leader. Cette grande nouveauté est à la limite une proposition correcte et évite l’exclusion des présidents [41] des partis de la vie parlementaire. À l’inverse, si le leader n’est pas élu, il se fait représenter in extremis, après un débat houleux, par un intermédiaire au Parlement qui joue alors le rôle de chef de l’opposition. Souvent ce rôle lui convient, souvent pas.

44Le projet Sachs n’est pas innovateur : le FPTP et le BLS sont maintenus et tendent à rendre le séparatisme ethnique un peu plus passif. La grande nouveauté réside dans la Party List qui prévoit une extension [42] du nombre de députés.

45Pour gagner les élections législatives à l’île Maurice, la formule n’est ni simple ni compliquée. Les différents leaders des différents partis ont compris que l’union fait la force, mais ils sont condamnés aux coalitions politiques où chaque parti offre, telle une offrande, aux noms de leur leader[43] politique, une partie de leur communauté pour constituer la majorité. Du coup, la Party List encourage la création de nouvelles formations politiques et est tout à fait conforme aux droits [44] de l’homme tels qu’ils sont énumérés dans la Constitution.

B – CONTROVERSES DE LA PARTY LIST DANS LA REPRÉSENTATION PROPORTIONNELLE

46Selon le rapport Sachs, le système de FPTP est disproportionné puisqu’un parti peut se faire balayer en dépit du fait d’avoir recueilli un nombre substantiel de voix.

47Le projet Sachs propose une dose de représentation proportionnelle ou Proportional Representation (PR) afin de corriger ce déséquilibre posé par le système FPTP. À cela s’ajoute une liste des meilleurs perdants, le nombre de huit sièges est maintenu, selon le Best Loser System tel qu’il a été proposé par l’Accord de Londres de 1957, qui fut introduit le 4 juillet 1966 par John Stonehouse à Maurice.

48Si le Best Loser System est défectueux, c’est au législateur d’apporter des solutions et non au juge [45]. Le rôle de la Cour suprême, très stricte sur l’application de la séparation des pouvoirs, consiste à interpréter des lois et celui du législateur à légiférer. Le 11 juin 2005, le juge Balancy avait statué [46], à la suite d’une contestation déposée au nom de 11 membres de Rezistans ek Alternativ, que nul n’est tenu de dévoiler la communauté [47] à laquelle il appartient au moment de faire acte de candidature à une élection générale, mais le Full Bench, constitué de trois juges dont le chef juge, la Cour suprême a annulé la décision du juge Balancy au motif que la divulgation de l’appartenance ethnique est intimement liée à la formule d’attribution de sièges de Best Losers.

49Une fois n’est pas coutume, le Best Loser System est très loin de l’« unité nationale » où soit disant tous les Mauriciens sont égaux et où chaque parcelle de la République appartient à tous les Mauriciens sans exception.

50Pour que le projet Sachs ne soit pas abandonné, il faut l’accord de tous les parlementaires afin d’amender la Constitution; or certains partis, dans la crainte de nuire ensuite aux intérêts particuliers, ne sont pas prêts à entamer des discussions. On a proposé plusieurs options : une dose de représentation proportionnelle, la non-élimination du Best Loser System et la conservation du FPTP entre autres, mais la finalité reste la même : une représentation proportionnelle selon le rapport Sachs.

51Il va de soi que trois candidats seront élus dans les vingt circonscriptions [48] de l’île mais, si le projet Sachs entre en application, il faut compter cette fois-ci deux bulletins de vote : un qui est traditionnel et l’autre qui comprend une liste soumise d’avance par chaque parti, de 30 candidats chacune. C’est la Party List et son ancêtre est le BLS. L’électeur mauricien votera, désormais, deux fois : une de la façon la plus traditionnelle où il élit ses trois candidats puis, ensuite, pour un parti à partir de la Party List. Le dépouillement [49] sera, évidemment, compté séparément. Les trois candidats sont élus selon le FPTP system mais le dépouillement du second bulletin se fera au niveau des circonscriptions pour déterminer le nombre d’électeurs qui ont voté pour chaque parti, sauf pour ceux qui ont eu moins de 10 %, sur la Party List pour l’allocation des 30 sièges additionnels.

52Si la Party List se fait selon le sondage officiel effectué en 1972, on découvre que le nombre d’électeurs dans chaque circonscription est complètement disproportionné. Selon la Commission internationale des juristes[50] : « Lorsque les élections ont lieu par circonscription, le découpage des circonscriptions électorales et la répartition des sièges devront être révisés périodiquement, de manière à assurer, dans la mesure du possible, que chaque bulletin de vote possède le même pouvoir ». Dans le cas contraire, il s’agit d’un vol [51].

53Le Parlement accueillera alors 100 [52] députés de toutes les communautés confondues. Avec les divergences politiques basées sur des problèmes castéistes, communautaires et ethniques, certains projets de lois ne seront pas adoptés si facilement et des députés changeront de camp et la majorité basculera d’un camp à un autre : « L’expérience prouve que le partenaire minoritaire d’une alliance au pouvoir devient rapidement le valet du parti dominant. Ainsi, on ne peut compter sur lui pour jouer le rôle de contre-pouvoir. Ce qui rend d’autant plus nécessaire l’existence d’une opposition authentique si on veut éviter les viols répétitifs de la démocratie » [53].

54Cette instabilité politique provoquera des élections anticipées au quotidien.

55Une analyse profonde du rapport Sachs indique finalement que le FPTP et le BLS seront toujours maintenus mais seront différents du système électoral actuel dans la mesure où il existera une liste additionnelle ou Party List de 30 députés supplémentaires.

56Le projet Sachs avec à la fois son FPTP, le BLS et la Party List suscite craintes et confusions : les 30 députés additionnels peuvent changer les données politiques et législatives et faire tout basculer au moment des votes parlementaires. Quoi qu’il en soit, il est très probable que les partis indépendants [54] disparaîtront et ne participeront plus aux votes parlementaires : pour jouir du BLS une clause du projet Sachs prévoit que tout candidat doit appartenir à un parti [55]. La Party List encourage la création de nouvelles formations politiques mais trop de formations politiques tuent [56] d’autres formations politiques et il est très probable que chaque parti ne pourra réunir la majorité absolue ou sinon, à l’inverse, les cassures politiques seront inévitables.

57Un système électoral efficace est celui qui tend à réunir les partis et le peuple, mais celui qui prévaut actuellement à Maurice menace directement la société plurielle mauricienne. Les candidats élus d’une Party List auront tendance à ne représenter que trop les circonscriptions où ils seront élus et à garder leurs fiefs pour les prochaines élections. Ce système s’éloigne techniquement de la représentation nationale.

58Depuis 2002, le Gouvernement mauricien s’active pour trouver une solution concernant le système électoral local. Le projet Albie Sachs, qui prévoit la Party List, qui est en réalité une extension du Best Loser System, est actuellement en chantier, mais la lumière est au bout du tunnel. Le Gouvernement mauricien et l’opposition ne trouvent pas véritablement un consensus bilatéral sur le système électoral malgré les inconvénients du FPTP et du BLS. Les divergences politiques sont, par la même occasion, difficiles à gérer dans un pays dominé par sa diversité religieuse et ethnique d’une part, et d’autre part certains politiciens cherchent à maximiser un nombre plus important de députés au Parlement et d’autres préfèrent un avantage politique même si c’est à court terme.

59Avec le rapport Sachs, expertise étrangère dans le but de trouver un consensus, il ne faut pas jeter l’eau du bain et le bébé avec car il faut retenir l’essentiel de ce rapport et éliminer tout ce qui ne correspond pas au système électoral mauricien. Une réforme électorale, c’est comme bâtir une cathédrale : il faut non seulement des bâtisseurs mais de la foi. Il faut du temps, du dialogue et un terrain d’entente entre tous les partis concernés.

60D’autres pays [57] démocratiques pourront ne pas rencontrer les mêmes obstacles que l’île Maurice car les enjeux sont différents et, dès le début, l’Accord de Londres de 1957 a insisté pour que l’île Maurice soit divisée en communautés et que chaque candidat doive divulguer son identité à travers la religion qu’il pratique. En 2006, la plaie n’est pas cicatrisée pour autant mais, à part les propositions du rapport Sachs, le système électoral mauricien ne connaît pas véritablement d’autres alternatives.

61Et d’autres alternatives, s’il y en a, ne sauront être parfaites : l’île Maurice est condamnée à vivre dans l’iniquité et l’injustice mais un certain nombre de politiciens s’en réjouiront quand même quand on sait que le bonheur des uns fait le malheur des autres.

62Les ethnies minoritaires ou les députés femmes sauront de quoi on parle car à l’île Maurice, en faisant du système proportionnel son cheval de Troie, l’ennemi est déjà dans le camp adverse. Sans être pessimiste, l’île Maurice a encore devant elle quelques nouveaux obstacles à franchir avant de trouver la réforme électorale la plus appropriée.

63Quoi qu’il en soit le pavillon quadricolore [58] flotte très haut dans le ciel mauricien mais les observateurs de la SADC, omniprésents pendant la période électorale, sont loin de se douter de ce qui se trame tout bas.


Date de mise en ligne : 03/07/2009

https://doi.org/10.3917/rfdc.078.0431